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Bertrand Planes

Art - 19 janvier 2017

Et si la vérité était ailleurs ?

Bertrand Planes est un artiste plasticien et programmeur né en 1975 à Perpignan, vivant et travaillant à Paris.
Imprégné autant d’art que de science il a multiplié les collaborations : Le Bon Marché, CNRS, Citroën, SFR, le BHV… tout comme la création en 1999 de la griffe Emmaüs au côté de Barbara Vaysse.
Explorateur-né, il questionne la relativité du réel, et cherche à extraire l’essence des choses : ce qui les constitue en dehors du carcan des mots et de leur définition emboîtante.
Ses expériences, bienveillantes et généreuses, permettent, au-delà de la simple monstration, de faire émerger le concept emboîté, de changer le regard, de dissoudre les illusions mais surtout d’incarner une nouvelle conscience en matérialisant des abstractions. Il sonde le présent, parodie l’apparence, questionne la finalité des choses en altérant leurs exigences fonctionnelles, commerciales ou sociales et nous montre comment sortir des jupons de nos croyances tellement bien ancrées que l’on oublie qu’elles ne sont qu’un conditionnement.
Ses interrogations, dégagées de l’impératif d’une réponse, pourraient alors être une sorte de proposition à sortir de nous-même pour finalement nous retrouver.
Les chemins de son voyage intérieur scrutent toutes les strates du réel pour tenter d’y trouver la paix, celle, contagieuse et loin de l’angoisse de la finitude qu’il définit comme une absence de questionnement. Une dimension inconnue du champ de la conscience, assez éloignée de l’hémisphère gauche, empreinte de la beauté du monde parce que capable de s’émerveiller, et qui, paradoxalement en doublant la surface de l’horizon ne pourrait plus subir d’altération puisque se renouvelant sans cesse, comme une sorte mouvement perpétuel.

Pourriez-vous nous raconter votre parcours ? Comment passe-t-on du code à l’art ?

J’ai connu les ordinateurs enfant, à l’aube de l’informatique personnelle. Mon père avait acheté un Commodore Vic 20 que l’on devait brancher sur une télévision par le câble d’antenne et qui n’avait comme puissance pas plus je pense qu’un pèse personne électronique d’aujourd’hui. J’étais le seul gamin à avoir cela chez moi. J’avais 9 ans et à l’arrivée de cette machine, je me souviens de mon énorme déception : l’ordinateur ne répondait à aucune question, il était totalement vide. Je m’amusais alors à le remplir des heures durant des lignes de codes du manuel puis à constater le résultat (tout à fait minime) sur l’écran. Et dès lors, en suivant l’évolution des machines, l’ordinateur est resté à mes côtés.

À 12 ou 13 ans, je me souviens avoir eu une cassure très nette avec le monde et le code est devenu peu à peu un sas entre l’extérieur et moi. Après l’Amstrad, je suis passé à l’Amiga. Je me suis construit, quelques années durant, avec les opérations logiques et les instructions du processeur Motorola 68000. Je programmais alors en langage machine, je pratiquais ce que l’on appelait à l’époque le demomaking. Une pratique issue du hacking qui consistait à détourner le code pour créer des effets visuels inédits. Je restais à l’intérieur de ma chambre, loin du soleil. Au lycée, quand j’y allais, je ne pensais qu’à mettre au point mon algorithme de reconnaissance d’écriture ou optimiser mes routines de rotation d’image…. J’avais toujours sur moi cette bible, un guide de poche avec les instructions et le nombre de cycles requis pour leur exécution. Le noir de l’écran était devenu l’espace infini d’un monde déterministe et quantifié dans lequel j’étais tout autant un explorateur qu’un réfugié.

Quelques années plus tard, il y a eu un autre un cap difficile : j’étais confronté à un fort déséquilibre dû au fait (et je l’ai compris par la suite) que j’interagissais avec le monde extérieur quasi uniquement avec des chiffres, ou du moins, avec un biais profondément déterministe. Je ne sais pas vraiment comment cela s’est passé, j’ai presque tout arrêté du jour au lendemain, mon instinct de survie a pris le dessus sur mes peurs, j’ai lâché mes ordinateurs. Une machine différente, le PC envahissait alors les foyers et les bureaux avec une tout autre philosophie de l’informatique, il y a eu aussi Stéphanie, bref, tout cela a fait que j’ai remis un pied dehors, et à 19 ans je suis retourné au soleil.

J’ai dû travailler deux ans, puis je suis enfin rentré à l’École des Beaux-Arts de Grenoble, jusqu’au DNSEP que j’ai obtenu avec les félicitations. Pour la première fois depuis 7 ans, je me sentais à ma place. J’ai dans ce temps de gestation, qui n’a pas de prix et que propose ce type d’étude, cherché plus ou moins consciemment à compléter ce diptyque 0 et 1 par une tierce partie, celle qui m’avait manqué. J’ai alors « choisi » de redonner une place aux intuitions. J’ai en effet retrouvé un équilibre entre le rationnel de mes chiffres et le sensible du monde, entre la raison et l’instinct, le numérique et l’analogique en comprenant que mon erreur était d’avoir essayé de les opposer. Depuis mes travaux font coexister les deux.

Comment on passe du code à l’art ? Que ce soit geek ou artiste, il y a dans les deux cas une position commune sur le monde : une certaine distance, une position d’observateur très souvent subie. Le code a aussi pour vocation de se manifester principalement sur un écran, il y a dès lors un lien naturel entre code et image.  Finalement si j’étais journaliste et que j’avais le sens du titre je dirais qu’un geek c’est simplement un artiste « 2.0. »

Quelles sont vos influences ?

J’avoue me nourrir principalement de mes propres expériences. Je ne sais pas si c’est courageux ou lâche mais je ne pense pas, par exemple, que l’on puisse lire sur la route de Kerouak tout en étant sur la route justement, et disons que pour l’heure, je fais ce choix d’être sur la route. J’écoute aussi les vieilles personnes qui ont cette faculté de transmettre l’expérience d’une vie et ce sans toujours utiliser les mots. J’ajouterais que je suis fasciné par toutes les créations qui découlent d’un besoin : l’art brut particulièrement, et d’une autre façon l’esthétique étrange des exposés power point des scientifiques ! Je suis aussi touché par l’abstraction que généraient les vieilles machines et qui est due, d’une façon générale, à une extrême simplicité technique, ce qu’on appelle le 8bits, la basse définition… qui laisse une jolie place à l’imaginaire. Enfin, s’il ne devait rester qu’une chose : je garderais simplement la nature qui semble déjà tout contenir.

Cette origine a-t- elle une influence dans le choix des outils technologiques ?

Mon passé de geek y est pour beaucoup, je crois que j’ai la chance d’avoir utilisé des outils qui sont aujourd’hui encore plus d’actualité qu’à mon époque et j’ai eu cette expérience qui m’a fait pénétrer intimement et assez profondément dans la machine. J’essaye aujourd’hui de partager ma vision de notre monde au travers de cette expérience. C’est un fait : notre temps est constitué en grande partie de cette matière informatique, alors je l’utilise d’une part comme un champ lexical partagé par tous, mais aussi comme le sujet d’une critique : car bien que toujours fasciné par ce matériau je suis sans illusion quant à ses vertus. Je ne crois pas que l’ordinateur seul puisse nous apporter le salut. Pire, je crains que ne s’instaure déjà un rapport de force entre l’humain et la machine. La machine prend trop de place à mon sens et je veux préserver l’humain.

Quel est votre regard sur la science ?

C’est un des milieux dont je me sens le plus proche ; je me retrouve dans ce besoin d’exploration et suis très souvent touché humainement par les chercheurs que je rencontre. Mais comme la machine, la science emprunte la voie de la raison des chiffres et de la quantification pour porter un regard sur le monde. Dans un tel modèle tout ce qui échappe à la quantification n’entre pas dans l’équation, c’est évidemment un gros problème pour la validité du résultat dès lors que ce résultat prétend toucher des choses de fond. Mais c’est un outil que je pense nécessaire et qui propose un modèle de réalité valable dans un certain cadre. Je regrette juste que pour l’heure, en dernier recours nous fassions appel presque exclusivement à la science, d’oublier de considérer que le résultat offert par celle-ci n’est qu’une proposition parmi d’autres et peut nous éloigner d’une forme de vérité.

Il y a aussi cette sacralisation de la question qui me dérange, parce qu’elle pousse à trouver coûte que coûte des réponses. Je crois en ce moment beaucoup aux vertus de l’inconnu, et suis près à faire cet effort consistant à accepter de ne pas savoir plus que de celui consistant à combler à tout prix le vide environnant.

Par ailleurs, il y a un lien filial entre la science et l’industrie technique, cette dernière bénéficie grandement de l’image positive que la science a auprès du public. Mais elle se réduit de plus en plus à un moyen de fournir de nouveaux produits de consommation, très souvent des gadgets dont nous n’avons pas l’utilité. Pire elle génère pour des bienfaits minimes beaucoup de désagréments. Le plus amusant c’est qu’une fois dans l’impasse on fait appel à cette même science et cette même industrie pour proposer de nouvelles solutions. Je pense à l’effet à grande échelle du dégagement de gaz. Aujourd’hui, confronté à ce fameux problème du réchauffement, on sollicite une nouvelle fois l’industrie pour nous offrir une énergie propre. Prenons comme exemple les éoliennes qui transforment l’énergie cinétique du vent en électricité. A priori cela est louable. Mais on se retrouve en fait dans la même configuration : on ne pense encore qu’à petite échelle. Si l’énergie cinétique du vent est transformée, le vent après le passage dans l’éolienne sera d’une moindre intensité. Amusons-nous maintenant à penser à grande échelle : c’est le vent lui-même que l’on met en péril. On voit bien que ce n’est pas de produit qu’il faut changer mais de pensée et donc de méthode, et puis enfin, c’est l’industrie elle-même qui a besoin d’électricité finalement pas le monde organique.

Dans une interview précédente avec Albertine Meunier, elle nous expliquait que le “Hack” par définition “transforme un objet, un mécanisme, pour en faire autre chose.” Selon cette définition, pourrait-on parler de votre démarche en terme de “Hacking” ?

Oui tout à fait, le demomaking que je pratiquais adolescent et dont je m’inspire encore aujourd’hui découle directement du hacking qui consistait à l’époque à casser la protection des logiciels afin de pouvoir les copier. C’est parce que les hackers en apposant leur pseudo lors du chargement du programme cracké ont commencé à y ajouter aussi des effets visuels que le demomaking est né. Il s’agissait alors de programmer suivant les règles et usages de la programmation mais d’une façon raffinée et légèrement déviante afin de produire quelque chose de graphiquement et techniquement nouveau, de faire la démonstration de sa maîtrise de la machine. Une chose caractéristique : le software (le logiciel) pouvait alors parfois même supplanter le hardware (l’électronique). C’est-à-dire qu’on pouvait faire des choses que même les concepteurs de l’ordinateur n’envisageaient pas (comme accéder à plus de couleurs ou afficher sur des zones non accessibles de l’écran)

Malheureusement, quand le PC est arrivé, on est entré dans l’ère de la consommation : il s’agissait à l’origine d’une machine avec peu de qualité si ce n’est celle d’assurer la compatibilité d’un modèle à l’autre. Cela a été un véritable tournant dans l’informatique : si l’on avait besoin de meilleurs résultats, de plus d’efficacité, il était devenu plus simple d’acheter un nouveau modèle plus puissant que d’optimiser les programmes. Même si la philosophie de l’optimisation semble révolue, je m’efforce autant que possible aujourd’hui à regarder le monde qui m’entoure avec ces mêmes yeux.

Quelle est la place de l’absurde dans votre démarche

Grande, si l’on considère que l’absurde c’est la raison qui a été hacké.

La technologie, Internet, ont-ils réussi à déplacer le réel ? À modifier sa perception ?

Ma position est que le réel est un concept assez relatif : il a sûrement autant de réalités que de gens sur terre. Certains groupes partagent une réalité, mais à l’échelle individuelle ce choix se fait certainement par défaut, à la fois parce qu’il est culturel et aussi parce qu’il n’y a pas de chemin tracé vers notre propre réalité : imaginons par exemple un peuple vivant depuis des générations sur un immense bateau sans jamais avoir imaginé pouvoir le quitter, il faudrait alors beaucoup de force, ou bien un accident pour qu’un individu puisse constater qu’il est aussi possible de nager.

Internet, les nouvelles technologies peuvent favoriser l’apparition d’autres réalités en faisant la démonstration que d’autres réalités existent. Mais l’écueil est que cela fasse émerger une réalité en fonction de profits et d’intérêts détenus par les sociétés de développement, et au détriment de réalités plus marginales et tout autant légitimes. C’est celles-ci que j’essaye de défendre.

On peut aussi parler de réalité augmentée mais là franchement je pense qu’on saute des étapes : il y a une quantité incroyable de choses et d’univers à disposition, à découvrir de façon tangible avec tous nos sens et gratuitement sans avoir besoin ni d’un port USB ni d’électricité !

En ce sens, vos œuvres peuvent-elles être qualifiées d’expérience ? Une expérience possiblement libératrice ?

Oui complètement, à mon sens d’ailleurs, transmettre une expérience est le rôle de l’Art, partager sans passer par les mots. Il y a évidemment une grande différence entre parler d’une chose et vivre cette chose.

Peut-on faire un parallèle entre cette expérience proposée, ce questionnement et la griffe de vêtement Emmaüs que vous avez créé avec Barbara Vaysse ?

Tout à fait, Emmaüs était une démonstration, une mise en pratique de concepts que nous pressentions viables :

Emmaüs c’était une griffe amovible qui exploitait la matière vestimentaire non utilisée de l’association en la soumettant à des stylistes pour qu’ils la modifient. Ces créations étaient ensuite présentées lors d’un « défilé-performance » et enfin mises à la vente au profit d’Emmaüs international. C’est un projet de diplôme de troisième année des Beaux-Arts réalisé avec mon amie Barbara Vaysse.

Il y avait tout d’abord une revendication, sous forme d’un regard particulier sur la notion de marque : Emmaüs c’était à la fois une non-marque et une méta marque: sa première manifestation d’ailleurs était un scotch noir amovible disposé à l’endroit où se trouvent généralement les logos, cette griffe regroupait toutes les marques et se voulait au-delà de tout schéma de profit ou de cloisonnement identitaire. Je me souviens avoir eu cette image : les marques sont des pixels, des unités cloisonnées qui morcellent notre territoire, et me souviens avoir voulu avec ce projet Emmaüs permettre suffisamment de recul pour offrir un regard sur l’ensemble de l’image que ces pixels généraient.

Un autre point important est qu’il y avait aussi une approche particulière de la création : il s’agissait de créer à partir d’un produit, un vêtement existant et non pas à partir d’un rouleau de tissu. on retrouve cette volonté de détournement, d’optimisation. Utiliser quelque chose d’existant pour le sublimer : c’est du demomaking en somme, tout autant que du recyclage au sens contemporain du terme.

Il faut savoir qu’à l’époque, en 98, le vintage n’existait pas, s’habiller à Emmaüs c’était pour les démunis, mais quelque chose était dans l’air, le livre No Logo de Noemi Klein allait sortir un an plus tard… Notre volonté était de faire une démonstration, pas du profit. Autant Martin Hirsch, le président d’Emmaüs de l’époque que moi-même étions d’accord sur le principe : si La Griffe Emmaüs est ravalée par le système, on arrête tout. On a finalement arrêté quand il était devenu question de faire un corner dans un grand magasin parisien.

D’ailleurs, pour parler de libération : votre œuvre “Life Clock” 2004-2008 dont la révolution est basée sur l’espérance de vie de 84 ans et datée de 7 à 77 ans comme les jeux de société, est-elle une façon de se détacher de l’angoisse de mort et de vivre sa vie pleinement en se confrontant au temps parcouru et à celui restant ?

Oui il y a ce postulat simple dans cette pièce : on ne profite bien de la vie qu’en étant pleinement conscient de sa finitude. Cette pièce je l’ai faite pour moi initialement. Ma grand-mère me conseillait de profiter de la vie, d’autres de relativiser ou me prévenaient que le temps passe vite, je comprenais cela mais sans arriver à le vivre pleinement. Je me disais que c’était sûrement une chose évidente à un âge permettant le recul d’une vie. Et j’ai donc essayé d’anticiper ce moment et de vivre prématurément ces expériences. J’ai voulu aussi casser tout ce qui nous donne l’illusion d’éternité, notamment ces montres qui dans un infini recommencement indiquent jour après jour les mêmes heures. J’ai alors décidé de faire une horloge basée sur une échelle de temps plus grande.

J’ai alors décidé de détourner une horloge standard, de celles que l’on trouverait chez-soi et pour son fonctionnement j’ai eu une approche finalement très rationnelle. Il s’agissait tout d’abord de définir quelle serait son échelle, j’ai pour cela décidé de me baser sur l’espérance de vie maximale sur la terre, c’était à l’époque 83,8 ans et ce, pour les femmes scandinaves. Je l’ai alors arrondi à 84 et j’ai ensuite décidé de morceler l’horloge en différentes étapes pour permettre une lecture d’ensemble claire, cela tout en étant le plus universel possible. J’ai vite remarqué que 7 ans, 14 ans, l’âge de raison, 21 l’âge adulte, 42 ans revenaient très souvent quelles que soient les cultures, ce sont tous des multiples de 7. J’ai constaté enfin qu’en divisant 84 par 12, le nombre d’heures d’une horloge nous tombions sur le 7. J’ai alors tout naturellement préservé les 12 segments déjà présents sur l’horloge et représentant une heure pour les appliquer à une vie, mais cette fois en étapes de 7 ans. Je ne m’attendais pas à ce que cette horloge ait tant de succès, elle est présente dans plusieurs collections et fait régulièrement le tour du monde. Je reçois aussi souvent des mails de personnes voulant l’acquérir, je compte donc, dès que j’aurai un peu de temps, faire en grande série une version plus abordable que je mettrais à disposition sur mon site.

Peut-on le définir comme l’expérience par anticipation du “rien” comme “plus jamais” et nulle part” ? Est-ce une clé du “ici” et “maintenant” ?

J’aime me dire que tout, réellement tout a une fin, même les choses très longues. Il est question ici de l’expérience de la finitude des choses, et avec Life Clock je parle particulièrement de nos vies. Donc oui la mort est bien présente, et avec elle -pour certains tout du moins, ce « rien » et ce « plus jamais » Mais on est jamais plus vivant, « ici » et « maintenant » que quand on se confronte à la mort.

La mort peut évoquer le néant, le vide et la solitude, et il est amusant de noter que notre tendance tout au long de nos vies est de remplir justement ce vide, nous avons inventé pour cela cette notion de bien et de propriété, nous fuyons la solitude en généralisant ce concept de « liens » avec les autres au point de mettre au point des outils puissants comme les réseaux sociaux.

Le temps, l’espace sont-ils pour vous des matériaux malléables ?

Oui bien entendu, mais ils sont aussi les piliers d’une réalité partagées et en ce sens sont pratiques et difficilement remis en cause, il semblerait qu’il faille mieux les laisser tels quels. Mais le jeu consistant à les transformer pour notre bien-être, à notre échelle est bien évidemment possible et efficace. En somme, si je reprends mon image précédente : il n’est pas nécessaire de détruire le bateau pour sauter à l’eau.

Cette poésie que vous extrayez est-elle une matérialisation de la perception intime qu’en changeant le regard, une autre façon de vivre, de fonctionner ou même un nouveau modèle de société seraient possibles ?

Ce que l’on appelle la poésie ne pourrait-elle pas être la manifestation d’un « ailleurs » dont les mots nous manques pour la décrire ? Je pense que oui. Concernant le langage, heureusement qu’en sortant du champ des règles grammaticales habituelles on arrive parfois à aller bien plus loin que ce que les mots peuvent théoriquement permettre… ça me rappelle le code informatique utilisé de façon détournée. En ce sens aussi le demomaking est sans doute une forme de poésie aussi et révèle l’existence d’autres modèles. Cette pratique d’ailleurs ne s’applique pas qu’aux langages, mais aussi au fonctionnement des objets, aux méthodes, aux valeurs, aux échelles, et dans tous ces cas bien sûr il est affaire de regard. Mais pour changer son regard sur l’ensemble des choses il faut assumer que ces choses soient toutes « malléables » ou relatives, et particulièrement celles qui nous soutiennent ou nous préservent du vide, et cela peut faire peur.

Quels sont vos projets à court ou long terme ?

À long terme je compte bien ne plus avoir de projet !  Même si je me sens à ma place dans ce processus de recherche, sur ce chemin un peu précaire et fait de doutes, j’ai le désir enfoui d’arriver au terme de ce voyage : c’est à dire de trouver ce que je cherche, d’arriver à me satisfaire totalement du monde dans l’état. Je préfère les personnes qui ne disent rien que les autres, j’aimerai en faire partie un jour.

Mais je n’en suis pas là et, à plus court terme, je serai cet été résident à la Villa Kujoyama à Kyoto, pour une recherche sur la robotique anthropomorphe avec plusieurs laboratoires universitaires. Je prépare aussi une exposition à la galerie Tesukayama à Osaka et des interventions et ateliers au Japon, dont une table ronde sur l’Intelligence Artificielle à Tokyo. Il y a aussi  Stereocosmos avec le Club Astronomique de Marrakech, un projet poétique lié à l’espace et au temps voué à nous permettre de percevoir les étoiles avec la possibilité de les situer en profondeur. Je travaille aussi toujours à l’élaboration de cette île en plastique sur le lac Léman  (www.goo.gl/ETmhK2) . Et puis une exposition solo genevoise chez ma galeriste Laurence Bernard  se prépare, ainsi qu’à plus court terme City Summits : un projet d’exploration urbaine avec Wild Project, Emilie Mazeau, Camille de Bayser et Laurent Boudier… peut-être un record à Paris dans le courant de l’année.

bertrandplanes.com

Vidéo : Sans titre, 2013

Propos recueillis par CocoVonGollum

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