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Bruno Roque

Culture - 9 juin 2016

Uma nova vida !

Ce danseur d’origine portugaise termine sa carrière au sein de la Compagnie des Ballets de Monte-Carlo et amorce une nouvelle vie en tant que chorégraphe.

Cette reconversion ne s’est pas faite en un jour, bien au contraire il s’y prépare depuis 2012 dans le cadre du projet jeunes chorégraphes/jeunes scénographes des Ballets de Monte-Carlo et en collaborant avec d’autres créateurs. Un talent prometteur à suivre… Et bon vent !
Entretien avec Bruno Roque.

Comment est née et s’est développée ta vocation de danseur puis de chorégraphe ?

C’est curieux mais les deux sont arrivés un peu par hasard.

Pour ce qui est du danseur, ma mère venait de reprendre des études en théâtre à l’École Supérieure de théâtre et de cinéma de Lisbonne. Le soir elle travaillait pour gagner de l’argent. Aussi elle m’a proposé d’intégrer le Conservatoire de danse (qui se trouvait dans le même lieu) pour que nous puissions nous voir plus souvent. J’avais alors presque 14 ans. Dès mon premier cours de danse, mon appétit pour les arts scéniques et la danse, ne m’a plus quitté. Pour ce qui est de la chorégraphie, je pensais que ce n’était pas pour moi. Mais quand Jean-Christophe Maillot m’a donné l’opportunité de participer aux Imprévus des Ballets de Monte-Carlo dans le cadre du projet jeunes chorégraphes/jeunes scénographes en partenariat avec l’École Supérieure d’Arts Plastiques de la Ville de Monaco, je me suis dit : si tu ne le fais pas maintenant, tu ne le feras jamais ! Je ne voulais pas avoir de regrets et j’ai découvert que la création chorégraphique m’était indispensable.

Quel rapport entretenez-vous avec le territoire Monégasque ? 

La première fois où j’ai rencontré ce territoire, j’avais 16 ans. Je venais faire un stage avec Marika Besobrasova à l’Académie de Danse Princesse Grace. Hors des horaires du stage, je profitai de la mer, de me balader dans la ville. Je me sentais comme dans un endroit idyllique. Je me rappelle même avoir été très impressionné de l’aménagement floral toujours parfait, présent dans toute la trame urbaine de ce pays. Moi qui venais de Lisbonne, à une époque où la ville était encore très usée, Monaco me semblait être comme un décor de cinéma mais réel. Dix ans plus tard, je me suis installé en proximité de Monaco, à Cap-d’Ail car je venais d’intégrer la compagnie des Ballets de Monte-Carlo. Et bien sûr mon regard avait évolué. J’étais plus critique et quelque peu utopique vis-à-vis des conditions sociales en comparaison avec le reste du monde. Mais petit à petit ma compréhension de ce territoire si particulier, s’est offerte à moi avec toute sa complexité et la richesse de son histoire culturelle vis-à-vis de la danse, comme par exemple avec les ballets Russes de Diaghilev.

D’où vient ce rapport entre le mouvement, le rythme, la narration et l’image dans tes créations chorégraphiques ?

Enfant, j’étais fasciné par les comédies musicales qui passaient à la télévision et tout particulièrement celles de Gene Kelly. Ma mère m’amenait régulièrement voir des pièces de théâtre. J’ai toujours eu une passion dévorante pour le cinéma et j’ai aussi pratiqué le karaté à un haut niveau.

Toutes ces expériences ont tout naturellement, influencées ma conception très empirique de la chorégraphie. 

Comment élabores-tu ces croisements comme par exemple dans Crimes exemplaires ?

Je commence à élaborer des phrases chorégraphiques en sélectionnant des musiques en m’appuyant sur leurs rythmes et leurs atmosphères. Elles me permettent de construire des images liées aux problématiques que j’aborde dans mes créations. Pour Crimes exemplaires, le travail d’écriture à partir du texte de Max Aub que j’ai découvert la première fois, adapté dans une pièce de théâtre, m’a permis de trouver un bel équilibre dans mes croisements. Mon travail est très imagé presque vidéographique et la série de scénettes que ce texte propose, a vraiment dynamisé mon langage chorégraphique. Bien sûr, c’est aussi un travail collectif où plasticiens, vidéastes, créateurs lumières, danseurs, techniciens, costumiers enrichissent de leurs savoir-faire mon travail d’auteur. 

Actuellement quels sont tes projets en tant que danseur-chorégraphe ?

Je viens de finir deux créations. En mars, j’ai réalisé Aparente-Mente pour l’École de Danse du Conservatoire National à Lisbonne où j’ai fait ma formation. J’ai travaillé avec des jeunes danseurs sur la question des apparences et des préjugés : pourquoi nous avons une tendance à coller rapidement des étiquettes sur les personnes que l’on croise ? Comment dans ces moments-là, on ne se donne pas l’opportunité de s’ouvrir à la rencontre alors qu’elle nous permettrait de les voir plus justement ? Et ce mois-ci, j’ai créé Mother-F, une forme courte, dans le cadre des Imprévus aux Ateliers des Ballets de Monte-Carlo dont la thématique générale s’appuyait sur le travail du cinéaste Pier Paolo Pasolini. Pour ma part, je me suis surtout intéressé à la figure maternelle qu’il traite dans son film Mama Roma. Mais j’ai plutôt voulu porter mon regard sur sa personnalité complexe de femme. Avec ces derniers projets, je suis comme en train de finir ma formation de chorégraphe et d’affiner mon travail chorégraphique. Pour l’heure, je termine ma carrière de danseur tout en restant encore lié aux Ballets de Monte-Carlo puisque Jean-Christophe Maillot me donne l’opportunité de remonter deux de ses créations au Canada et aux États-Unis à l’automne prochain. Et le 02 juillet à 20h, je vais participer à une création expérimentale de Charlène Dray intitulée Antre deux avec Gaëtan Morlotti qui croise l’éthologie et la danse, dans les Jardins du Musée International de la Parfumerie de Grasse (en partenariat avec le Théâtre de Grasse et le Monaco dance forum).

urlz.fr
balletsdemontecarlo.com
lelogoscope.com/bruno-roque

Photos : © Alice Blangero – Ballets de Monte-Carlo

Propos recueillis par Agnès Roux

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