Patrice Poch

Book - 6 juillet 2015

Toute une époque !

Patrice Poch adolescent découvre l’univers du punk-rock, ses codes, sur scène et dans la rue. Très vite, l’imagerie, l’image vont constituer le fondement de son travail d’artiste urbain qui cherche à fondre le dessin dans la Cité. Pochoirs, affiches, collages, autant d’interventions éphémères vouées à disparaître progressivement. Comme tout. Comme tous les visages, les corps que la photographie fige. Sur un mur, dans les pages d’un livre.
Bloody Belgium montre l’univers de ce genre musical qu’est le punk-rock belge des années 1977-1983 précisément, à travers les photographies-portraits de Luc Lacroix et les peintures de Poch. Ce sont des gens qui racontent une histoire muette et musicale, qui racontent un mode de vie où résonne le « do it yourself ».
Patrice Poch laisse ainsi une trace de ces gens qui ont vécu une époque révolue, une trace de son travail qu’il appose dans les rues mais que l’on peut voir aussi en galeries. Finalement il questionne la mémoire qui ne serait qu’une succession de flashs (même photographiques), d’instantanés fugaces où l’on croise des personnages-personnes que l’on voit vivre pour un moment.

Présente-toi, parle-nous de ton parcours.

J’ai commencé par le pochoir en 1988 à Meaux, en banlieue parisienne. J’ai toujours été attiré par ce médium dès mes premiers contacts avec le Punk-rock en 1986. Lors d’un passage à Paris, j’ai trouvé le livre  » Pochoirs à la une  » aux Éditions Parallèles, ce fut le déclic. Dans ma cité je voyais aussi pas mal de graffitis comme les tags des UNITY FORCE BAND, DEVIL IN THE MIX… Je tombe alors à l’école sur un article dans le magazine ACTUEL à propos du Hip-Hop et l’article est illustré par des peintures des CTK (Crime Time King)… je me prends une claque. Avec deux bombes, je fais mon premier graffiti durant l’été 1989.
Début des années 90, je multiplie à un rythme quasi stakhanoviste les peintures sur les murs et les trains franciliens. À cette époque, l’Europe est alors le terrain de jeu d’une « internationale » du graffiti. Je voyage, me confronte à d’autres cultures et d’autres artistes.
Fin 1998, je commence à peindre à l’acrylique dans les rues de Paris avec Honet, Stak (Olivier Kosta-Théfaine) et So6 (Simon Bernheim). On décide de faire des logotypes pour sortir de la masse de tags présents sur les murs. En 2000, on se retrouve à faire la première exposition (Post graffiti) dans le genre qui pose un peu les bases de ce qu’on pourrait appeler de nos jours le Street Art avec Honet, Stak, So6, RcF1, Blek le rat, Zeus, Invader, André et moi à la galerie Tiphaine à Paris.
Début 2000, je quitte Paris pour Rennes, une ambiance qui me replonge dans mon adolescence. Là, je commence alors un travail sur le Punk-Rock basé sur la représentation de personnages réalisés à l’acrylique et grandeur nature, ensuite collés dans les rues. Ouvrant ainsi un dialogue et une interaction avec le spectateur. Anachroniques, les personnages que je représente sont les acteurs ayant contribué à l’effervescence de la scène Punk-Rock fin 70 début 80 en France et en Belgique. Fidèle aux codes iconographiques chers à mes jeunes années, j’idéalise les instantanés d’une époque révolue où, perfecto rimait avec chaîne de vélo, subutex avec triplex.

Quelles sont tes influences, tes « modèles » en ce qui concerne tes interventions dans la rue ?

Mes références en la matière sont Ernest Pignon-Ernest et Blek Le Rat qui sont à mon avis les premiers à avoir fait des peintures/sérigraphies (Ernest Pignon Ernest) et des pochoirs (Blek le Rat) grandeur nature dans la rue. Pour eux, la motivation principale de leur travail est sans doute la conscience sociale, la volonté d’amener l’art au peuple, de l’inclure dans le décor des villes. Je peux m’inscrire dans cette mouvance. J’adore aussi le travail d’un pochoiriste comme Marie Rouffet qui a fait beaucoup de choses dans les années 80 à Paris. Les personnages que je colle dans la rue sont des peintures à l’acrylique qui ressemblent à des pochoirs mais n’en sont pas. Je procède ainsi avec les personnages que je peins en rapport à la scène Punk Rock. Je travaille à partir de photos. J’ai choisi cette technique de la peinture acrylique pour avoir des personnages uniques, qui ne pouvaient être reproduits plusieurs fois, pour les mettre en situation et que les gens les croisent dans la rue à un instant précis.
Après, pour mon travail de galerie, je réalise des pochoirs et des peintures qui ne représentent pas forcément des gens.

Tu dis appartenir à l’art urbain, venir du graffiti, l’appellation « street art » te dérange ? Le graffiti dénature-t-il l’espace urbain ?

Je n’aime pas trop le terme « Street art » qui est un peu trop fourre-tout.
Le côté interdit m’a plu quand j’ai commencé dans le graffiti. Là, maintenant, dans mes interventions urbaines, même si je ne demande pas souvent l’autorisation, cela reste beaucoup plus « gentil » car il s’agit de collages… donc très éphémères. Pour ce qui est de dénaturer l’espace public ou urbain, c’est très aléatoire et très subjectif… comme dans tout, il y a du bon et du moins bon.

Comment as-tu découvert la scène punk belge ? Tu te focalises sur le punk-rock belge, qu’a-t-il de différent avec le mouvement français?

Ma rencontre avec le Punk Rock belge remonte à mon adolescence où je découvre à la fin des années 80 le groupe Zyclome A. Par la suite, lors de nombreux voyages en Belgique, je continue de découvrir une multitude de groupes. Mon travail ne se focalise pas uniquement sur la scène belge, c’est pour moi une suite logique de mon intérêt porté à la scène Punk Rock en France. Il y a peu de différences entre les deux, à part peut-être, un accès plus facile avec l’Angleterre pour les Belges. Peut-être que l’influence anglaise est plus marquée en Belgique.

Explique-nous le projet « Bloody Belgium » : est-ce à la fois une exposition et le titre du livre?

Fin 2010, je rencontre Elzo Durt et je lui propose de travailler sur une exposition autour du Punk Rock belge. Ce projet s’appellera « Bloody Belgium ». Je peins alors des collages et pochoirs sur le thème de la scène punk rock belge, période 1976-1986. Elzo, lui, réalise des photomontages en noir et blanc. Notre projet aboutit, en mai 2011, avec une exposition chez Hectoliter, une galerie bruxelloise. En bouquet final, deux concerts organisés par Elzo avec The Kids, Contingent, Love Gang SS, Le Prince Harry et Périphérique Est.
Lors de mes recherches d’archives sur la scène Punk belge, j’ai fait la connaissance de Luc Lacroix. Son travail m’a beaucoup aidé pour l’exposition chez Hectoliter avec Elzo. Nous nous sommes vus à Bruxelles le lendemain du vernissage. Découvrant alors l’ampleur de son travail photographique, je lui propose de réaliser un livre avec Elzo et moi qui porterait le nom de l’exposition « Bloody Belgium ». Ce qui m’a plu dans ses photos, hormis leur qualité, c’est le fait qu’il ait suivi ses amis pendant six ans, chose assez rare à cette époque dans ce milieu. Ce ne sont pas de simples photos de concerts Punk mais une vraie tranche de vie dans la région wallonne. Dans la continuité de ce premier projet chez Hectoliter, je voulais faire une autre exposition plus complète et j’ai donc proposé à Luc de nous rejoindre. Après de longues prospections pour un lieu intéressé par notre projet, la Galerie du Jour à Paris s’est montrée très réceptive et c’est en avril 2014 que la suite de l’exposition Bloody Belgium voit le jour. Malheureusement sans Elzo qui, surchargé de travail, doit abandonner le projet.

Avez-vous des nouvelles de ceux et celles qui apparaissent sur les photos de Luc Lacroix, (clichés pris entre 1977 et 1983)?

Luc est toujours en contact avec certains. Moi de mon coté, j’ai cherché à prendre contact avec ceux qui ne l’étaient plus trop avec Luc. J’en ai retrouvés quelques- uns et je pense que pas mal de ces personnes seront présentent au vernissage de l’exposition « Bloody Belgium » à Liège à la Galerie Cental, le vendredi 6 février.

Parle-nous du livre que vous publiez à compte d’auteur : quel est con contenu? Comment y sont exploitées les photos de Luc Lacroix? Est-ce un travail où tu confrontes ses photos et du texte? Ya-t-il une intention documentaire?

Ce livre est soutenu par L’Œil d’Horus, une maison d’édition parisienne que je remercie au passage. Son contenu est majoritairement axé sur le travail photographique de Luc Lacroix. J’ai essayé de respecter la chronologie des photos. Mes peintures sont placées en réponse aux photos quand cela est possible. J’ai essayé aussi de réaliser des affiches de concerts comme si j’avais été le « graphiste » des groupes à l’époque. Je n’ai pas seulement travaillé à partir des archives de Luc, je me suis aussi documenté sur d’autres groupes qui m’intéressent comme Contingent, Demodex, X-pulsion, Pigz et j’en passe. Cet ouvrage n’a pas vocation de bible du Punk Rock belge, il n’est absolument pas exhaustif.

Où peut-on trouver votre livre?

Nous faisons la distribution nous même, donc cela va être assez aléatoire. Il y aura un site sur lequel il sera commandable courant Février : bloody-belgium.com

Quelle est ton actualité? Tes projets à venir?

Dans la continuité de mon travail de plasticien, j’ai monté un petit label « Poch Records » pour sortir quelques disques qui n’ont pas eu la chance de voir le jour à l’époque. Les prochaines sorties sont : Contingent (groupe bruxellois qui à enregistré un fabuleux album en 1981, qui sortira pendant que nous écrivons ces lignes) et ensuite un groupe de St Malo en France : Mr Hyde qui a existé de 1979 à 1981.
Ensuite différents projets d’expositions et interventions murales en France… à suivre sur mon blog « week end sauvage »

Playlist que nous avons demandée à l’artiste. Après des choix déchirants, il propose une sélection de 12 morceaux. Cette playlist est une sorte de billet d’humeur, la musique du moment qu’il écoute, elle n’a pas la prétention d’être représentative de la musique punk rock du moment !

patrice-poch.com


Propos recueillis par Virginie Jux

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