Hervé Van der Straeten

Design - 21 septembre 2016

Le temps, luxe contemporain

Hervé Van der Straeten est un designer français vivant à Paris. En 2007, il a reçu la distinction « Entreprise du Patrimoine Vivant » du Ministère de la Culture pour l’excellence de ses savoir-faire artisanaux et, en 2008, il fut nommé Chevalier des Arts et des Lettres.
Jouant avec les contrastes et les complémentarités, il crée, avec une liberté absolue, des tensions alchimiques entre la ligne et la courbe, la densité et la légèreté. Le périple créatif, affranchi des contraintes du temps, se mue en fluidité d’où s’exaltent le plaisir et la passion.
On comprend alors, comme l’affirmait, en 1917, Piet Mondrian dans la revue De Stijl qu’il publiait aux côtés de Theo Van Doesburg que “l’art est un moyen aussi exact que les mathématiques d’atteindre l’état d’harmonie idéal.”
La Galerie Flore présente l’exposition “Profusion” d’Hervé Van der Straeten au Hangar H18 du 7 septembre au 8 octobre 2016.

Pourriez-vous nous parler de votre parcours ?

Formé à l’école des Beaux-Arts en peinture à Paris, j’ai commencé à créer des bijoux en 1985, et je suis passé de façon très naturelle à la création d’objets en bronze, de mobilier, de miroirs, de lustres. Toute cette énergie et cette envie créative ont pris une certaine dimension qui s’est caractérisée par l’ouverture en 1999 de cette galerie qui abrite mon univers. Dès l’ouverture, mon travail a dialogué avec celui d’artistes invités à chaque nouvelle exposition.

Existe-t-il une différence, un lien entre les bijoux et le design ?

Il n’y a aucune différence entre dessiner un bijou et un meuble ou un lustre. Le bijou m’a permis d’appréhender en petit ce que je crée aujourd’hui en grand et puis peut-être d’intégrer quelque chose de plus précieux dans mon travail.

Quelles sont vos influences ?

Je suis très curieux de nature et mes sources d’inspirations sont très variées, elles vont de l’architecture, à l’art contemporain, aux arts décoratifs. Le travail de Gerrit Rietveld, Pier Luigi Nervi ou Tom Friedman sont autant de sources d’inspiration. Mes voyages au Japon constituent aussi une des principales influences de mon esthétique.

Comment définiriez-vous vos créations ?

L’exposition Profusion organisée par Flore de Brantes au hangar H18 donne une vision complète de mes pistes créatives. On y retrouve le mouvement, le dialogue entre matières, la précision et le dynamisme de la ligne, et bien sûr la qualité d’exécution des pièces. Celles-ci sont fortes, élégantes, épurées, surprenantes, tout à la fois.

Créez-vous uniquement des pièces uniques ?

Je réalise principalement des séries limitées, mais aussi des pièces uniques. Tout dépend du projet. Certaines pièces nécessitent des centaines, voire des milliers d’heures.

Comment réussissez-vous à conjuguer passé et présent dans vos créations ?

Mon travail est la conjugaison d’une façon moderne de créer et traditionnelle de fabriquer. J’ai mes propres ateliers d’ébénisterie et de bronze aux portes de Paris où je suis entouré de collaborateurs exigeants perpétuant un certain savoir-faire appliqué au design.

Vous avez dessiné le flacon “J’adore” de Dior, des bijoux, du mobilier et ouvert votre propre galerie en 1999, la liberté née-t-elle de la diversité des pratiques, d’un regard plus global sur ce qui nous entoure ?

Il est très stimulant de passer d’une pratique à une autre, d’avoir parfois énormément de contraintes, mais aussi d’être confronté à la page blanche que constitue la création de chaque nouvelle exposition dans ma galerie du Marais, à Paris. Il est primordial pour moi de pouvoir travailler sur différentes typologies d’objets.

Comment travaillez-vous ? À quel moment débute la ligne ?

Tout se passe dans mes carnets de croquis, les idées et les dessins se développent comme une écriture automatique. Vient ensuite l’élaboration qui doit garder l’énergie contenue  dans les premières esquisses.

Quel est votre rapport à la matière ? Comment intervient-elle dans votre processus créatif ?

J’aime ce qui dure, je me tourne donc souvent vers des matières fortes comme le bronze, l’ébène ou l’acier, qui peuvent se mélanger à d’autres plus douces comme la laque ou le parchemin. Ainsi la douceur du parchemin contraste avec la force du bronze des chevets Combinaison.

Le temps, luxe contemporain, fait partie intégrante de vos œuvres, mais au-delà des considérables heures de travail, que raconte-t-il d’autre que la préciosité ? Pourrait-on parler de poésie ?

Effectivement ma démarche est anachronique, à une époque où tout doit aller vite, je prends le temps nécessaire à la création de mes pièces, et le processus créatif donne autant de plaisir que la pièce réalisée.

À chaque étape de mon processus d’élaboration intervient la prise en considération de détails qui feront de mes meubles des créations s’inscrivant dans le temps. Mes pièces sont faites pour durer et leur facture nouvelle leur donne un supplément d’âme.

Y a-t-il un projet qui vous fasse rêver ?

J’aimerais encore changer d’échelle et concevoir une maison, un bâtiment.

Quels sont vos projets ?

Comme chaque année je vais exposer plusieurs créations au PAD de Londres en octobre ; ce sera l’occasion de retrouver nos clients anglais et internationaux. Ensuite Ralph Pucci organise à partir du 11 novembre dans sa galerie de New York une exposition de quarante de mes pièces. Puis Flore de Brantes exposera une sélection de mes pièces les plus exceptionnelles à la TEFAF de Maastricht en mars 2017. J’ai par ailleurs commencé à travailler sur ma prochaine exposition qui sera exposée dans ma galerie du Maris à Paris fin 2017.

vanderstraeten.fr
galerieflore.com
h18.be

Propos recueillis par CocoVonGollum

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