Marc Hollander

Musique - 24 février 2016

Snakes & ladders #1

Premier épisode des Interviews de Fortune Collective.
Défrichant les territoires sauvages d’une musique décomplexée et avant gardiste se jouant des genres et des frontières, le label Crammed Discs cultive depuis bien longtemps un esprit d’ouverture qu’il a souvent mis en pratique auprès d’artistes de tous horizons.
Année après année, disque après disque, Marc Hollander développe un sens aiguisé de l’altérité qui rime avec diversité. D’Aksak Maboul à Tuxedomoon, en passant par Yasmine Hamdan et Bebel Gilberto, Marc a su trouver les raccourcis de ce jeu de l’oie et a bien voulu répondre à nos questions, on le confesse parfois un peu farfelues.
Rencontre avec MARC HOLLANDER fondateur de CRAMMED DISCS.

Case 4
Fortune Collective : Un groupe dont tu aimerais nous parler ? (500 points)

Marc Hollander : Fiou, pas évident, c’est comme un parent qui devrait choisir un enfant.
Je peux parler de OY parce qu’ils sont en train de préparer leur nouvel album.
C’est le projet d’une fille dont le père est ghanéen et la mère suisse-allemande, le mélange du feu et de la glace (rires). Leur album précédent était inspiré d’un voyage en Afrique où ils avaient enregistré beaucoup de sons provenant par exemple d’une machine à laver, de taxis, des proverbes, etc… Puis ils s’en étaient servis pour faire des rythmiques. Ça donne une musique électronique avec une superbe voix.

Pour le nouvel album c’est autre chose, on n’est pas obligé de les croire, mais ce qu’ils nous disent, c’est qu’ils sont partis dans l’espace et se sont retrouvés par accident sur une planète qui s’appelle Space Diaspora où les gens sont étranges, ils font de la musique avec leurs vêtements, ils ont des poils sur le corps qui vibrent, quelque chose à la Jonathan Swift « Le Voyage de Gulliver » qui utilise la fantaisie pour parler de notre monde.
Musicalement il y a un côté épique, des refrains massifs avec des voix superposées. Parallèlement à cela on sortira des remixes dont notamment un de Clap! Clap!

Case 8
Fortune Collective : C’est juste 1000 points, tu peux relancer.

Case 14
Fortune Collective : Décidément, encore 200 points pour toi. relance encore

Case 15
Fortune Collective : Un conseil pour les vieux ? Question à 200 points

Marc Hollander : Tu veux dire pour les plus vieux que moi ? Il n’y a pas plus vieux que moi.
Un conseil pour les vieux serait de ne pas se considérer comme vieux. C’est une illusion de se considérer comme cela. À l’âge que j’ai, il y a quelques temps tu étais mort ou en tout cas à la retraite.
Là par exemple je crois que j’ai le même âge que vous.

Fortune Collective : On fait un sprint ?

Marc Hollander : Peut-être, ouais, c’est vrai qu’à un moment donné l’organisme ne suit plus (pleurs) mais tant que le reste fonctionne, que tu t’amuses et que tu es passionné par quelque chose, il n’y a pas de raison de se ranger sur une voie de garage.

Case 19
Fortune Collective : Que feras-tu après l’interview ? pour 1000 points

Quand j’aurai terminé l’interview j’irai faire un peu de musique chez moi avec mes claviers, synthés et orgues : Je suis adepte des orgues Farfisa de 1970 ce qui est peut-être, par ailleurs, être à l’origine de problèmes de dos parce que c’est super lourd, pour revenir à la question précédente (rires).
Anecdote : Mon orgue d’origine, acheté à l’automne 69, est toujours là mais il a des petites maladies, du coup j’en ai racheté un autre mais, avec deux claviers, qui est donc encore plus lourd !
Et puis en ce moment je suis en train d’apprendre à utiliser un logiciel de musique, il n’est jamais trop tard!

Case 25
Fortune Collective : 200 points, next !

Case 26
Fortune Collective : Et boum, case 34 par l’échelle : Que signifie « Crammed » ?

Marc Hollander : Plein… comme « plein à craquer », pas alcoolique hein ! mais plein comme un tiroir dans lequel il y aurait des choses  diverses. La vraie explication est que quand j’ai auto-produit le deuxième album d’Aksak Maboul il fallait mettre un nom de label et je ne savais pas quoi trouver alors j’ai pris mon prénom à l’envers « cram » et donc les disques « de Marc » ce qui a donné Crammed, mais je ne pensais pas me lancer vraiment dans un label à ce moment-là sinon je n’aurais pas fait quelque chose d’aussi égo-centré, c’était juste une idée de dernière minute. Mais bon à la fois ça décrit bien, c’est un tiroir qui est plein à craquer de choses hétéroclites, on fait de l’anti-branding. C’est peu courant parce qu’en général un label indépendant suit une direction avec un son, un style, etc… et se construit comme cela un following.
Moi je n’arrive pas à faire ça, c’est ce qui fait que le label n’a pas une image claire pour beaucoup de monde. Selon les époques, les gens croient qu’on est un label de world music ou de musique électronique…

Mais peut-être que l’effet secondaire de cet éclectisme est notre longévité.
Dans les années 80 on avait une étiquette plutôt post new-wave, arty à travers des groupes comme Tuxedomoon, Minimal Compact, Colin Newman de Wire, John Lurie avec les B.O de Stranger Than Paradise et Down by Law qui sont des créations emblématiques de cette époque.
Pourtant, au même moment on faisait déjà des expériences électro-africaines avec Zazou Bikaye qui ont sorti un disque devenu culte dans le circuit souterrain.
Après il y a eu l’arrivée de la house et de la techno où l’on a sorti des choses qui nous plaisaient. Ce qui nous a d’abord valu les critiques des fans romantiques du label à l’époque. Ils nous disaient « quoi? mais c’est de la merde, vous êtes fous de sortir des trucs comme ça. » Ce sont les mêmes qui ont finalement rejoint la ligne artistique du label quelques temps plus tard, donc je pense qu’il est bien de ne pas coller à une image, s’enfermer dans une case.

Case 39
Fortune Collective : 500 points ! Ferme les yeux, dans quel pays aimerais-tu te retrouver en les rouvrant ?

Marc Hollander : Mmmh, en Belgique, je suis bien là où je suis mais, si on était en été, j’aurais dit « les Alpes ». Je résiste difficilement à l’appel des cimes quand la belle saison revient. J’aime aussi la mer mais la montagne m’exalte plus. Il y a un massif que j’aime et que je connais bien en Suisse et qui semble se renouveler constamment, avec des endroits où tu n’es pas encore allé et que tu convoites, aller là pour voir à quoi ressemble l’endroit où tu es et ce qu’il y a de l’autre côté. Et puis c’est fascinant au niveau sonore, les réverbs, les échos…

Case 41
Fortune Collective : 100 points

Case 44
Fortune Collective : Double points. Quel est ton synthé favori ?  tu nous en a déjà un peu parlé.

Marc Hollander : Non pas tout a fait, tout à l’heure je vous ai parlé d’orgues bien que faire la distinction entre synthés et orgues, c’est un peu artificiel car finalement tout est électronique.
J’utilise un petit MicroKorg, pour faire quelques sons…, et j’ai un petit Casio blanc depuis le début des années 80 que j’utilise toujours sur scène et qui tient bien la route.
Je n’ai pas la référence de mémoire là, mais j’ai récemment regardé si on pouvait en trouver d’occasion, et il est super cher parce qu’il a une petite boite à rythme avec une basse automatique qui a servi pour un tube de reggae.
En fait la référence est dans le disque Ex-Futur Album d’Aksak Maboul. J’y ai mis la liste de tout ce que j’avais utilisé.
Pour les geeks… (Marc fouille dans son ordinateur).
Sur le disque inachevé en 1983 et terminé en 2014, il y avait un Farfisa Professional, un petit orgue italien Armon modèle Bunny, qui a un son très rigolo. Une Roland TR-808, une TB-303, un Juno-60 et un Yamaha CS01 avec de super sons de basses. Plus ça et là, quelques sons provenant d’outils de (sur)production apparus vers la fin de ces sessions.
Il est vraiment à la charnière ce disque. En fait quand tu écoutes les premiers trucs qu’on a enregistré c’est beaucoup plus lo-fi. Puis sont arrivés les DX7, Linn Drum, Emulator et on n’a pas pu terminer l’album…

Un groupe comme Human League par exemple symbolise bien cette époque charnière. Leurs premiers albums sont assez expérimentaux ; puis tout à coup ils ont fait un truc pop avec des rythmes qui tapent en utilisant le gros son des Linn Drum. On a aussi cru que nous faisions un album de pop, ce son était excitant et maintenant je le déteste.
Il y a toujours des vagues comme ça…
Aujourd’hui, on redécouvre des choses que moi j’ai connues à l’époque, et que je trouvais horrible.

Enfin, quand tu es fan de musique depuis longtemps, il y a des choses que tu as écoutées, tu préférerais que personne ne sache que tu les as écoutées (rires).
Pourtant, 20, 30 ans après, des gens très cool s’y intéressent et trouvent que tout s’égalise, que tout devient génial. On voit ça dans l’engouement pour les années 80, on porte aux nues les pires trucs au coté des choses bien, de mon point de vue.
Mais tout ça c’est un effet de perspective. ça n’a pas beaucoup d’importance, ce sont juste des observations…

Case 46
Fortune Collective :  L’artiste chez Crammed qui a rapporté le plus de $, pour 100 points

Probablement Bebel Gilberto. Un million d’albums. On l’a sorti en 2000 et les ventes n’ont cessé de croître pendant encore trois ans. Une major n’aurait pas pu le faire… Ce que l’on a fait a été de confier les droits à plusieurs grosses compagnies dans différents pays.
Mais sur le deuxième album, on a vu que ces compagnies reprenaient des réflexes typiques : croire que comme le disque avait beaucoup vendu la première fois, il devait vendre autant et dépasser telle ou telle barre de semaine en semaine.
C’est pas comme ça que ça marche, je veux dire ce premier album avait mis 2 ans avant de vraiment monter.
Il faut pouvoir tenir le coup et bien travailler sur le long terme.
Même maintenant, avec Yasmine Hamdan, on est 3 ans après la sortie et les ventes digitales continuent d’augmenter.

Fortune Collective : Est-ce qu’il y a une durée de vie moyenne pour un disque, je veux dire une période après laquelle il n’y a plus aucune vente ?

Marc Hollander : Ça arrive, mais c’est sur les trucs qui ne décollent jamais vraiment ou qui n’ont pas conquis un public stable, mais il y’en a aussi qui ne s’arrêtent jamais… les disques de Tuxedomoon par exemple.
Pour développer, à l’époque l’édition et les ventes de disques étaient les principaux revenus des labels. Maintenant les ventes, numérique compris, sont basses. On est donc obligé de s’intéresser à tous les revenus de l’artiste. En gros on demande une participation sur les autres flux financiers comme les concerts, et les partenariats avec des marques privées.

Il y a 10 ans tu aurais proposé ça à un artiste ou un manager, ça aurait été pris pour du racket.
Aujourd’hui tout le monde comprend que c’est indispensable, puisque notre travail, aider des artistes à produire de bons albums, puis les faire connaître, reste crucial, mais n’est plus suffisamment rémunéré par les ventes d’albums.
Il y a tout le temps des agents qui viennent nous trouver pour nous demander de travailler sur tel ou tel groupe et faire de la promo à l’international pour qu’ils puissent placer leurs artistes.

Il y a une idée qui était en vogue il y a quelques années, selon laquelle « Un artiste peut mettre sa musique tout seul sur internet et puis engager des attachés de presse et des agents indépendants qui se passent de label »
Des agents qui se passent de label c’est possible mais s’ils ont le savoir-faire. Notre boulot c’est de faire monter la visibilité et la notoriété de l’artiste, ce n’est pas si simple, c’est quand même un métier à temps plein.
Avec Crammed on a un réseau de gens qui suit ce que l’on fait, on a une notoriété, des contacts, on connaît des programmateurs de salles et de festivals dans pas mal de pays.
Tout ça a une valeur.

Case 47
Fortune Collective : Donne nous une contrepèterie, 100 points

Les questions là c’est terrible…
J’ai glissé dans la piscine ?
Ah je me souviens d’une autre aussi : il est arrivé à pied par la Chine. Celle là je l’aime bien car elle a ce côté un peu voyageur, on ne s’y attend pas du tout.

Case 49 /  50 points
Fortune Collective :  Fortune / Qu’as-tu mangé ce matin ?

Du Muesli… Ça c’est mon côté suisse, je retrouve un paysage alpin dans mon bol.
J’ai combien de points alors ?

Marc, tu obtiens 8050 points, c’est un très beau score !  

crammed.be
fortunecollective.bingo

Propos recueillis par Fortune Collective

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