C.A.R.

Musique - 4 novembre 2015

Sans compromis

C.A.R. est le nouveau projet solo de Chloé Raunet, l’ex-chanteuse du groupe londonien Battant, signé sur le label “Kill The Dj”. Toujours new wave mais beaucoup plus pop, C.A.R. est un projet immédiat et mystérieux dont la route est remplie d’accidents volontaires : des erreurs jetées comme des petits cailloux aux icônes punks.
Album tout-terrain, “My Friend” nous balade d’une électro pop lumineuse à des sonorités plus cold wave en faisant des virages nébuleux dans des registres aussi variés que les eighties ou le krautrock. Libre et aérien il flirte avec la perfection dans une facilité déconcertante.

Peux-tu nous parler de toi ? De ton côté globe-trotteuse ?

Moi, une globe-trotteuse ? Mince…Vu que j’ai passé tout l’été à Londres, je ne me vois vraiment pas de cette manière. Ou peut-être parle-t-on de mon passé ? Je suis née au Canada, à Vancouver puis j’ai déménagé à Marseille à l’âge de 14 ans puis à Londres à 16 ans. Résultat des courses, je parle français et anglais mais avec un drôle d’accent. L’ancien accent sonnait méridional alors que ce dernier, est plutôt mid-atlantic.

D’où je viens, les gens triment dur, ce qui me convient bien. Je suis une enfant du monde occidental.

Que veut dire C.A.R. ? Pourquoi ce nom ?

Au début, je pensais que la signification était assez évidente (mon nom ?) mais quand le label et d’autres gens se sont mis à poser des questions, là, j’ai commencé à inventer des histoires et à chaque fois, je racontais des choses différentes : ‘Cross Atlantic Radio’, ‘Culturally Abused Rebels’, ‘Call Alpine Rescue’, etc.
Les points mis à part, c’était déjà assez moche d’avoir choisi le même nom que le plus commun des objets de toute la planète et Kill The DJ s’arrachait tellement les cheveux que j’ai finalement arrêté mon choix sur le nom de : ‘Choosing Acronyms Randomly’.

Qui est Latete Atoto ?

Moi-même et mon amie Kristina. Nous avons une émission radio tous les 15 jours sur NTS et nous passons de la musique.

 
Tu faisais partie du groupe Battant. Comment passe-t-on d’un groupe à un projet solo ? Qu’est ce qui change ?

Les circonstances entourant la fin de ‘Battant’ ne m’ont guère laissé de choix. Après la mort de Joel, je n’étais pas prête à une autre collaboration mais j’éprouvais un tas d’émotions, de sentiments forts et dingues que j’avais besoin d’extérioriser.
Dans le communiqué de presse, ils ont décrit “My friend” comme une expérience cathartique et je pense que ça l’était, de multiples façons.
J’ai toujours été quelque peu une maniaque du contrôle. À propos de cet aspect-là, je n’ai pas besoin de m’excuser ni de faire des compromis. C’est l’exercice ultime de l’ego qui peut être aussi effrayant qu’exaltant.

Tu as commencé les concerts par l’Olympia, en première partie de Cat Power. Comment cela s’est passé ? Tu étais dans quel état ?

Oh mon Dieu, j’étais totalement terrifiée. Pour être honnête j’ai peu de souvenirs du concert mais je me rappelle avoir éclaté en sanglots à la sortie de la scène. Vous accumulez toute cette adrénaline, ce stress à l’extrême puis, quand c’est fini, vous vous écroulez. Enfin, en tout cas pour moi cela se passe ainsi. C’était assez prématuré pour moi de faire ce genre de choses. Je n’avais pas vraiment travaillé la mise en scène et les chansons étaient encore très ‘fraîches’. Pourtant, d’une certaine façon, cette vulnérabilité n’a pas été une mauvaise chose. Bien qu’aujourd’hui, le live soit plus maîtrisé et que j’aie beaucoup plus d’assurance, je ne pense pas que cela m’ait défavorisée. Cela donne du cachet sur un cv et malgré les émotions excessives, j’en suis fière.

Comment as-tu conçu ton premier album ? As-tu collaboré avec d’autres artistes ?

“My friend” a été un processus assez naturel. Comme je l’ai mentionné plus haut, j’avais un tas d’émotions fortes que je devais exprimer. C’était aussi la première fois que j’écrivais et composais seule et de ce fait mes idées étaient un peu éparpillées dans tous les sens. Heureusement, j’étais bien entourée : Tim Fairplay et Chloé m’ont aidée à enregistrer le premier album, ce brillant gars qu’est Rupert Cross était là aussi pour certains arrangements, ainsi qu’Ivan Smagghe dans le studio de mixage. J’ai reçu beaucoup d’aide et de conseils de tous ces amis.

D’ailleurs y a-t-il des artistes avec qui tu aimerais collaborer ?

J’ai vraiment beaucoup de chance de pouvoir collaborer avec tous ces artistes que j’admire.
Je devrais bientôt sortir des morceaux avec Red Axes, (‘A Fine Line and Manfredas’). Je viens juste de commencer à travailler avec Sutja Guiterrez, ce producteur espagnol extrêmement talentueux. Il y a beaucoup d’autres artistes qui se trouvent sur ma wish-list mais je ne voudrais pas attirer le mauvais œil en dévoilant tout à l’avance.

“ La Petite fille du 3ème ” est une chanson de Christophe : pourquoi cette reprise sur ton album ? Prévois-tu d’autres chansons chantées en français ?

Il m’a été donné l’opportunité d’enregistrer une reprise lorsque j’ai joué au Festival de Mode et de Photographie de Hyères. J’ai déjà essayé d’écrire en français mais j’ai échoué misérablement. Ce langage ne convient absolument pas à mon style ambigu, équivoque, je savais donc dès le départ que je voulais choisir un artiste francophone. À l’époque du lancement de Latete Atoto, “La petite fille du 3ème” était un classique. J’adorais cette chanson et pensais pouvoir l’arranger facilement avec des synthés, mais si j’avais su qu’à l’époque Christophe était cette grande icône, peut-être n’aurais-je pas osé y toucher. Mais finalement, ma reprise a été tellement bien accueillie que je l’ai mise sur l’album. Quant à l’avenir, je ne peux pas dire s’il va y avoir quoique ce soit de français dans mes projets mais bon je suppose que je devrais continuer à essayer d’écrire une chanson moi-même.

Je suis contente parce que j’ai lu quelque part que tu n’avais pas non plus aimé Birdman… Qu’est-ce qui t’a dérangé dans ce film ? Quelles sont tes références en matière de cinéma ?

Mon Dieu, vraiment ? Un film pour des américains branchés, des Hipsters !. Un film qui essaye d’être intelligent mais manque cruellement de capacités intellectuelles pour y parvenir. Tous les thèmes que ce film semble explorer sont réalisés de manière tellement évidente. Et tout ce verbiage sur les réseaux sociaux ! Cela m’a vraiment achevée. Je me souviens avoir pensé : “Bon sang, Léos Carax n’a-t-il pas déjà abordé tout cela des années auparavant ?”. Et de la même manière, autant “Holy Motors” était juste et brillant, autant ‘Birdman’ était terriblement mauvais. Il ne sont en aucun cas sur un pied d’égalité. Bâillement, Bâillement, Bâillement…

Aimerais-tu faire une bande-son d’un film ? Est-ce pour toi une façon différente d’aborder la musique ?

Peut-être un court-métrage ? Un film plus long me semblerait intimidant. Haha ! Je m’inspire beaucoup d’images visuelles donc oui, ce serait un exercice très intéressant et j’imagine que c’est une approche totalement différente de l’écriture d’une chanson pop. Quelques années plus tôt, j’ai écrit une pièce autour d’un poème composé et mis en scène par mon amie Adelle Stripe. Même cela, c’était un processus totalement différent. Le fait de travailler à partir des mots de quelqu’un d’autre m’a ouvert des horizons que je n’aurais pu découvrir seule. Je me rends bien compte qu’un film serait un trip tout à fait nouveau. Bien sûr pas en véritable réalisateur, mais ce serait cool de faire un essai.

Tu as sorti un album et un EP, as-tu déjà un nouvel album en préparation ?

Oui, j’ai quasiment terminé la démo de mon second album. Je suis restée à Londres tout l’été pour travailler et je suis très contente de la sonorité des chansons. Je pense qu’il est beaucoup plus cohérent que le premier. Avec “My Friend”, j’ai essayé tout un tas de trucs mais ici je sens que ce que j’ai trouvé, c’est surtout un son. La prochaine étape sera de trouver un producteur et de faire le mixage. J’espère que l’album sortira au cours du premier semestre de l’année prochaine.

As-tu des dates prévues en Belgique ?

J’ai joué à Liège dans ce grand festival appelé CU. Cela avait l’air d’être un super endroit avec de chouettes évènements, très cool, dommage que je n’aie pas pu y rester plus longtemps.
Et je suis tombée sur le meilleur des bars au monde. La Belgique est une gagnante à mes yeux, définitivement.

c-a-r-music.com
killthedj.com
differ-ant.fr


Propos recueillis par CocoVonGollum
Traduction : Mariane Denis

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