Agnès Roux

Culture - 1 février 2017

REVOLUTION AGRAIRE – LE FILM

Le Logoscope vient de lancer une campagne de crowdfunding sur KISSKISSBANKBANK pour boucler la production du film REVOLUTION AGRAIRE. Cette installation performance, issue d’un programme de recherche débuté en 2009, a vu le jour en avril 2015 au Théâtre des Variétés de Monaco. Les créateurs de cette forme transversale, seront de nouveau réunis du 18 au 26 mars 2017 pour coucher sur pellicule cette version originelle, au Chantier 109, anciens abattoirs de Nice. Un  projet en révolution permanente… Entretien avec Agnès Roux, un des six créateurs de cette œuvre collective qui réalisera ce film.

Révolution agraire résulte d’un processus collectif de création. Quelles en ont été les différentes étapes ?

Révolution agraire est vraiment emblématique des productions du Logoscope : pratiques transversales où l’élaboration d’un cadre souple (dixit Mimoza Koïke) favorise la mise en commun de problématiques que chaque auteur, chaque écriture, chaque sensibilité, chaque savoir-faire, alimentent. Pour Révolution agraire, l’idée est partie du constat suivant : les scénarii de la littérature et du cinéma d’anticipation nous ont bel et bien rattrapés… Les zombies cannibales, seraient-ils les derniers à pouvoir nous projeter encore dans un futur proche ? Serions-nous au bord de l’implosion ?

La Cuisine cannibale de Roland Topor est venue nourrir l’espace métaphorique du cannibalisme, celui qui ouvre le cœur ou l’estomac. Puis, convoquant les langages des arts visuels, scéniques et chorégraphiques, nous avons délimité trois formes communes : l’installation, la performance et la vidéo.

La réalisation du FILM va nous permettre d’implanter à l’intérieur même du dispositif de REVOLUTION AGRAIRE, un système de captation vidéo afin de donner une rigueur scientifique et une homogénéité des images captées. Celles-ci seront augmentées d’un travail vidéographique plus traditionnel.

Comme toute révolution, Révolution agraire évolue en permanence : à quelle version en est le projet ? Quelles en sont les permanences ? Quels en sont les changements ?

J’aime l’idée que toute révolution nécessite une évolution permanente où notre volonté hégémonique de maîtriser notre environnement naturel, nous ferait basculer dans l’involution. Révolution agraire active ainsi un cycle allant  sans cesse de mort à trépas : Trois paysans s’efforcent de maintenir une forme que trois animaux anthropomorphes détériorent sans cesse par leurs activités…

C’est la grande mise en abyme du spectacle : la globalité de l’œuvre se demande quelle prétention a l’Homme à poursuivre cette domination qui court à sa perte. L’œuvre n’est pas figée dans sa création primitive et participe de ce rapport-là : L’idée est que le projet poursuive intrinsèquement ce questionnement.

Le film est une extension à la création originelle, support de transmission, bâton témoin pour d’autres regards ou d’autres équipes de performeurs. La Révolution agraire est en marche !

Révolution agraire questionne l’anthropocène et l’anthropoScène : la création est-elle une métonymie du rapport de l’homme à son environnement ?

L’anthropocène désigne le changement d’époque géologique qui aurait débuté à la fin du 18e siècle avec la révolution industrielle : période prenant en compte l’influence grandissante de l’Homme, de son pouvoir intellectuel et technologique sur le système terrestre. En jouant sur la graphie du mot anthropo[s]cène, c’est mettre en lien logique, la prétention de l’homme à vouloir maîtriser la nature et en quelque sorte sa condition mortelle, avec la nécessité de l’artiste à maîtriser son univers, gagnant peut-être ainsi son immortalité : Revêtir la croute terrestre d’un manteau de béton quittant ainsi le monde réel pour la vie rêvée de l’anthropoScène…

Révolution agraire puise dans l’histoire humaine pour mieux servir le futur : est-ce un conte, une fable, une anticipation, une utopie, une dystopie ?

Révolution agraire, c’est un peu tout cela à la fois puisque le récit est la mémoire de ce processus mis en partage avec d’autres performeurs, divers publics, divers lieux… Comprendre « d’où l’on vient », « où l’on est » et « vers où allons-nous » dans cet « ensemble » mondialisé ? Révolution Agraire désire s’inscrire dans un continuum où rien que le fait de prendre le temps de créer, enseigner, jardiner, cuisiner, partager, est déjà une révolution en soi, acte de résistance à un monde au tempo accéléré. Aussi, Révolution agraire tient du conte et de la fable car le temps passé, sert le présent. Elle tient de l’anticipation ou de la dystopie car elle s’ancre dans le présent pour envisager l’avenir.

Après sa création sur le territoire de la Principauté de Monaco, Révolution agraire, dans ses pérégrinations, pose ses valises au Chantier 109, anciens abattoirs de Nice : comment lieu de création et lieu symbolique entrent-ils en dialogue ?

Faire le Film de Révolution agraire, c’est envisager le support vidéo comme un espace à proprement dit, au même titre que les différents lieux qui vont accueillir les prochaines versions de cette installation performance. Il nous fallait donc trouver un lieu qui puisse asseoir l’espace métaphorique de Révolution agraire. Cette recherche a croisé l’histoire et la valeur hautement symbolique du Chantier 109, anciens abattoirs municipaux de Nice et actuellement lieu culturel. Dès lors, il devenait l’écrin idéal pour réaliser notre Film.

Révolution agraire est à l’origine un croisement entre exposition et art vivant, il va devenir film : simple captation vidéo, film documentaire ou fiction cinématographique ? Autrement dit, quel éclairage nouveau cette nouvelle lecture, ce nouveau traitement apportera-t-il à l’œuvre ?

Je dirais que dans ce croisement la temporalité de Révolution agraire est celle éphémère du spectacle vivant. L’inscrire sur le support vidéo c’est procéder au temps étiré de la mise en boucle, celui de l’exposition. Il s’agit aussi d’immortaliser le vivant sur un support fragile et mobile. Ceci participe, encore une fois, aux problématiques que Révolution agraire abordent. Dans cette réalité augmentée, REVOLUTION AGRAIRE – LE FILM sera à la fois captation de l’expérience et écriture vidéographique, entre documentaire et fiction : un film artistique pour partager l’expérience d’une anthropo(S)cène où l’Homme est le meilleur aliment de l’Homme…

Pour prendre son essor, Révolution agraire vise le financement participatif : pourquoi ce choix de financement singulier plutôt que les financements publics traditionnels ?

Nous avons opté pour une recherche de financement partagé entre participatif et traditionnel. Le crowdfunding répond à notre idée de remettre l’art et les artistes au centre du dialogue social. Il place également le mécénat à un niveau plus démocratique ! En quelque sorte, le financement participatif peut également procéder de la révolution. C’est la première fois que nous nous lançons dans cette démarche et elle s’est avérée être une démarche très créative.

Concernant sa diffusion, Révolution agraire a-t-elle vocation à tourner uniquement dans des lieux alternatifs ? 

Pas uniquement ! Révolution agraire est une œuvre mobile pouvant dialoguer et être accueilli dans divers lieux culturels.

lelogoscope.com/revolution-agraire-le-film

kisskissbankbank.com/revolution-agraire-le-film

Propos recueillis par Ce cher Théodore Charles

Share on FacebookTweet about this on TwitterEmail to someonePrint this page

Articles reliés