Nathalie Croquet

Mode - 10 novembre 2015

Parodie décomplexée

Construite comme une pause ludique, la série SPOOF de la styliste et rédactrice de mode Nathalie Croquet et du photographe Daniel Schweizer questionne malgré elle mais avec la justesse de la réalité. Elle rejoue, mime et parodie, au détail près, de célèbres photos de mode ou publicités devenues iconiques.
Contrairement au narcissisme des selfies, c’est avec beaucoup de courage et de force d’autodérision que Nathalie Croquet confronte son image de femme “normale” à celles des mannequins des campagnes publicitaires, mettant alors en évidence la représentation idéalisée et mensongère de l’image de la femme.
La comparaison entre l’original et son double, aussi percutante que cruelle nous rappelle que les complexes sont une des dérives des diktats de la mode et que la beauté est plurielle.

Quel est votre parcours ?

Après des études d’Histoire à Reims et Histoire de l’Art à Paris, j’ai débuté dans la presse par un job d’été et j’y suis restée. J’ai gravi les échelons dans les magazines féminins comme styliste-photo et depuis quelques années je travaille en free-lance comme consultante mode et image, directrice artistique et styliste pour la presse et des clients mode, accessoires et beauté.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de la série SPOOF ?

L’idée m’est venue quand je me suis rendue compte que, pour expliquer à mes équipes de photographes, maquilleurs, coiffeurs, ce que j’avais en tête pour des séries de mode, je faisais des auto-portraits en situation. Cela faisait beaucoup rire et nous partions toujours sur une note amusée, curieuse, et créative. Les photographies d’artistes comme Diane Arbus et Cindy Sherman reproduites l’année dernière par John Malkovich et James Franco m’ont fait beaucoup rire. L’idée de recréer des images qui correspondent à mon univers professionnel est venue tout naturellement. Ainsi est née la série SPOOF.

Que veut dire ce titre ?

Spoof est un mot anglais qui veut dire Parodie.

Vous êtes le modèle de cette série, êtes-vous également la photographe ? Comment se compose l’équipe ?

Non ce ne sont pas des autoportraits comme il a été dit dans quelques articles. Daniel Schweizer est le photographe. Daniel est un grand photographe publicitaire qui vit entre New-York et Paris, et il est absolument l’élément moteur de ces photographies. Rien n’aurait été possible sans lui. Il a fallu analyser techniquement la lumière, la focale des prise de vue des campagnes originales, me faire reproduire les même gestes, me diriger et me motiver. Pour les maquillages et coiffures compliqués Cyril Nesmon et Rodolphe Farmer

daniel-schweizer.com
cyril-nesmon
rodolphefarmer.com

Les photos ont-elles été retouchées ?

Oui pour certaines. Mon corps, mes imperfections n’ont pas été touchées, en revanche lorsque nous ne pouvions pas recréer « au réel » parce que la photographie originale avait été retouchée (comme les cheveux roses), nous avons utilisé les mêmes procédés.

Est-ce une façon de dire que les images de la presse féminine ne vous conviennent pas ? Ou peut-être est-ce une façon de se moquer gentiment de la mode des selfies et de la “vie améliorée” vendue sur les réseaux sociaux ?

Jamais ne m’a effleuré l’envie de tourner en ridicule ces campagnes de pub qui sont le fruit d’un travail de qualité. Paradoxalement ce qui pourrait être interprété comme de la moquerie, voire du sarcasme, s’est avéré un hommage, et curieusement met en valeur les visuels d’origine tout en créant un autre univers. Il ne s’agit pas de plagiat, ni de discours critique, mais d’une pause ludique dans mon travail, quelque chose d’amusant qui a pris une profondeur que nous n’attendions pas et qui a déclenché rire et réflexion.

Selon vous, qu’est-ce ce qu’une icône actuellement ?

J’ai du mal à donner un avis sur des personnes qui m’intéressent si peu.

Allez-vous également monter sur les podiums des défilés ?

Vous rigolez, j’espère !

En tant que styliste, qu’est-ce qui vous frustre, aujourd’hui, dans la mode ?

Le sérieux en toutes choses, les retouches numériques à outrance, la raideur et la peur de perdre quelque chose, alors que c’est là, lorsque l’on crée et que l’on va de l’avant, que tout arrive…

Comment les publicités ont-elles été choisies ?

Pour toutes sortes de raisons, par leur étrangeté, ou souvent par le fait qu’elles soient connues internationalement de tous, là où le regard devient trouble, on ne sait plus quelle est la publicité originale.

Cette série a-t-elle ou va-t-elle être exposée ?

Nous avons fait de très grands tirages qui ont été exposés à Paris en Février dernier. Il est possible que les photos soient encore exposées prochainement. Il faut vous mettre en relation avec mon instagram pour suivre l’actualité de Spoof : instagram.com/nathaliecroquet

Quels sont vos projets ?

Je viens de créer LE DETAIL QUI TUE www.ldqt.fr. Un magazine en ligne de mini-vidéos sur le monde de la mode, de la beauté et même du design avec ma vision distrayante et enjouée de la vie. Là aussi le succès ne s’est pas fait attendre. Ce style de contenu insolite intéresse tant les professionnels que le grand public.
Spoof 2 bientôt aussi.

nathaliecroquet.book.free.fr


Propos recueillis par CocoVonGollum

Share on FacebookTweet about this on TwitterEmail to someonePrint this page

Articles reliés