Akatre

Design - 25 octobre 2016

Organiser le hasard

Akatre est un studio parisien fondé par 3 protagonistes masqués : Valentin Abad, Julien Dhivert et Sébastien Riveron.

Ce choix de l’anonymat leur permet d’étendre leur liberté bien au-delà d’un simple format A4. A contre-courant de la surexposition actuelle, ils convoquent le standard pour échapper au standard, et osent être en dehors de toute catégorie ou autre tentative de détermination induite par la construction d’une biographie dont l’écho résonne parfois plus fort que la création.

Drôles et espiègles ils dissipent également les frontières de la définition jusque dans leur démarche. L’hybride conjugue le possible avec l’impossible, l’espace avec le temps. L’objet, fardé de sa fonction, sa forme ou sa symbolique, recouvre alors le sujet de leur dévolu par diverses pratiques illusionistes, et équilibre le désordre.

Pourriez-vous nous présenter Akatre, nous parler de vos parcours ?

Nous sommes un studio de création parisien, appelé Akatre qui existe depuis 2007. Nous sommes trois et travaillons autour de l’image pour des projets artistiques ou de commandes. À la suite de nos études, nous avons ressenti le besoin de construire un cadre pour créer et défendre nos propres idées pour des institutions culturelles, artistiques ou des marques.

Comment qualifieriez-vous cette entité Akatre ? Est-ce un studio, un collectif, un laboratoire, un atelier, une agence ?

Nous sommes « multi-tâches », nous réalisons donc les projets ensemble ou séparément en fonction des projets, de nos envies et de notre planning. Nous avons tous les trois le même parcours, nous nous sommes réunis avec des objectifs communs et des envies personnelles qui nourrissent l’ensemble du trio. Nous n’aimons pas le terme de « collectif » et à l’opposé « agence ». Nous nous définissions avant par « atelier » pour le côté expérimental et « laboratoire » de notre pratique, mais cela pouvait être mal perçu, donc nous avons opté pour « studio » qui est plus générique pour le milieu de la photo ou du design graphique.

Vous êtes donc 3 cachés derrière cette entité. Pourquoi ce nom Akatre, homophone de “à quatre” ?

Le nom « Akatre » a pas mal de significations pour nous, mais celles-ci ne sont pas très importantes. C’est surtout une référence abstraite au format de papier qui sert à correspondre avec l’extérieur. Et c’est aussi un mot inventé qui définit notre travail et notre rencontre avec le commanditaire.

Vous avez choisi l’anonymat, pourquoi ? Est-ce en opposition à la surexposition actuelle ou cela vous permet-il d’atteindre une totale liberté dans votre démarche ?

Oui, en effet, l’anonymat a toujours été un choix délibéré depuis nos débuts… Quand nous avions des parutions dans des livres et que l’on nous demandait des photos de nous. Nous options pour une sculpture humaine qui formait un « A » et un « 4 » (en lien avec notre nom Akatre), sorte de logo humain où nos visages étaient masqués. Il y a également beaucoup de photographies où nous avons posé sans que nous soyons reconnaissables. L’anonymat permet de ne pas être esclave de son image ou de son travail, c’est aujourd’hui un réel luxe… Même si, il faut l’avouer, cela nous ferme incontestablement des portes et ralentit notre avancée. Mais nous préférons les artistes qui restent discrets, c’est souvent un détail qui en dit pas mal sur la suite.

Quelles sont vos influences ?

Elles sont diverses, et souvent bien opposées à notre monde.

Pourrait-on décrire, au sens large, de l’ensemble de votre production comme d’une économie de moyens ?

Surtout pas, c’est une image qui nous colle à la peau et nous en avons souffert, car nous avons soutenu des projets à faible budget. Mais nous n’avons jamais voulu défendre et être acteurs d’une production à économie réduite. De temps en temps, nous travaillons sur des projets coup de cœur, c’est aussi notre liberté. Mais nous ne pouvons pas non plus être producteurs de ces derniers. Chaque projet a son économie. Entre le luxe et la musique, il y a deux mondes, deux économies, mais le travail est aussi intéressant pour nous et nous avons toujours eu beaucoup de plaisir à faire le lien entre tout ça. C’est souvent bien plus facile et porteur pour nous, de travailler avec des moyens, mais nous essayons ne pas être fermés au projets plus modestes, si ils sont beaux et libres.

Segmentez-vous l’art, le design, la photographie, la vidéo… dans votre pratique ?

Il serait surtout impensable pour nous, de dire que nous travaillons dans l’image sans aborder toutes ces pratiques.

Il y a dans votre travail photographique une “brutalité” des couleurs qui se démarque des couleurs plus neutres de vos autres pratiques ? Est-ce conscientisé ?

C’est vrai nous avons une approche plus ludique et colorée sur les natures mortes, mais pas que… Nous avons également fait des photos plus sombres, ou des clairs obscurs. Les photographies colorées nous sont plus souvent demandées pour le travail de commande ou des choses qui se veulent plus universelles.

Comment traitez-vous les matériaux : vous attachez-vous plus à leur valeur physique plus que symbolique, ou au contraire plus au fond qu’à la forme ?

Nous aimons détourner les objets de leur utilisation première. Mais de temps en temps la forme nous sert également de matière pour autre chose. Il n’y a pas de règles. Nous avons fait beaucoup d’expérimentations à partir d’objets, soit dans la nature morte, soit dans l’exercice du portrait humain.

Quelle place donnez-vous à l’imaginaire ?

Forcément, nous accordons une part importante à l’imaginaire, afin d’être libres et de ne pas se limiter aux contraintes d’une commande.

Pour aller plus loin, votre démarche est-elle un questionnement ou une tentative de contrôler le désordre, d’organiser le hasard ?

Dans notre livre « 924 p. » présenté au Musée des Arts Décoratifs, nous jouons sur les symboles que nous avons créés (à travers nos typographies, nos photographies, nos vidéos, nos installations en galeries, et nos mises en pages). Il s’agit là, comme dans « Mother magazine », de « designer » le désordre, travailler l’illisible, le déséquilibre. Organiser le hasard est assez juste. On nous a dit sur « 924 p. », qu’il s’agissait de « Punk Design », c’est assez beau et cela nous plaît beaucoup par rapport à certains de nos travaux réalisés également dans des petites éditions.

Le réel détruit-il les possibles ? En ça, pourrait-on parler de vos travaux et œuvres en terme d’objet-fiction ?

C’est intéressant. Nous allons éditer de la musique qui n’en est pas vraiment, un vinyle qui est à l’opposé du marché musical, mais cela nous plaît de rester dans une logique artistique et personnelle quitte à ce que cela soit non identifié ou non compris. C’est notre liberté en tant que créateurs d’imaginer des choses, de les rendre réelles et de ne pas avoir forcément à répondre à une demande. En ce sens, le réel rend les choses tangibles et valide un parcours, une démarche, une recherche. Même si cette musique a été présentée lors de nos expositions, elle se devait de sortir sur du physique pour exister dans nos archives.

Pour finir, la poésie de vos travaux pourrait-elle se situer dans l’énigme résidant entre le possible et l’impossible et que vous tenteriez de percer tels des explorateurs ?

Ce serait superbe, mais ce n’est pas conscient de notre part, en tout cas, même si l’illusion, le détournement et l’anamorphose nous intéressent beaucoup. Nous travaillons sur un prochain clip en 3D sur ce sujet, justement.

Quels sont vos projets ?

Nous avons une petite exposition d’objets à vendre à l’espace Beaurepaire, puis une petite diffusion sonore en avant-première de notre album au Bar à Bulles de la Machine du Moulin Rouge. Sinon, nous allons bientôt sortir notre vinyle « Blck Rck », accompagné de notre clip « Somewhere ». Et puis, deux nouvelles vidéos musicales suivront pour deux groupes de musique.

akatre.com

Propos recueillis par CocoVonGollum

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