Studio Périphérique

Art - 16 mai 2017

Un nuage de PIPI

Studio Périphérique, laboratoire d’idées parisien éclaire le réel à la lueur de l’irrationnel et du décalé.
Les évidences du quotidien, projetées dans un espace à mi-chemin entre l’ordinaire et l’extraordinaire par un geste poétique nous questionnent alors sur notre propre regard et nos illusions.
Comme un enfant regardant pour la première fois le monde au travers d’un kaléidoscope, on éprouve alors tous les possibles que l’on avait imaginés immuables.
L’absurde, comme des miroirs éclairant des zones d’ombre, renverse nos petits enfermements et libère les sourires amusés d’incertitudes.

PIPI, par exemple, dernier né du studio est un pied-de-nez à la pudeur, une collection d’intimités volées et dévoilées, maniant avec adresse le jeu des distances : celles-là mêmes dont le curseur oscille sur l’abscisse de l’extraordinaire avec l’ordinaire pour unité.

Interview avec Laurent Salles, protagoniste du détournement.

Le réel est-il un lien commun entre tous vos projets ? Qu’est, selon vous, le geste poétique ? Existe-t-il de l’absurde dans ce geste ? Est-ce, selon vous, un espace à mi-chemin entre l’ordinaire et l’extraordinaire ? Comme une zone d’ombre que l’on oublierait de regarder et que l’artiste viendrait éclairer….

Oui c’est en général à la source de la plupart de mes projets. Il est plaisant dans l’exercice créatif de partir du réel, puis de changer légèrement le point de vue. Cela amène une réflexion sur ce qui nous entoure, sur des choses simples, voir des outils utiles du quotidien. L’ironie est toujours présente dans les différents projets de Périphérique. Dès que l’on enlève le sérieux aux choses, le réel peut devenir surréaliste, décalé, c’est un premier pas vers une forme de poésie.

Une règle, s’il en est, qui ne s’est pas appliquée pour “Video club”, un projet en collaboration avec Loser Collective. En découle un flip book illustré, qui anime 3 objets extraits d’une scène d’un film culte populaire des années 80 et 90.

Comment pourrait-on définir Studio Périphérique ?

C’est un laboratoire artistique, un bureau d’études du décalé. Les projets s’ancrent dans le réel pour le détourner, sous une forme ludique, simple et poétique. La plupart des projets peuvent exister sous deux formes : numériques (Tumblr ou Instagram), puis ensuite se cristalliser à travers l’objet d’édition.

Comment se compose l’équipe de Studio Périphérique et quelle est votre histoire commune ?

À l’origine nous sommes deux fondateurs, José Lamali et moi-même. Nous nous sommes rencontrés durant mes études aux Beaux-Arts.
L’envie de créer Périphérique est née autour de notre premier projet « Les livres à deux pages ». Le studio a donc vu le jour en 2010 afin de créer un cadre, par la suite ce fut un prétexte et un catalyseur pour développer d’autres créations.

Aujourd’hui, comment les rôles au sein du studio ont-ils évolué ? Est-ce un projet commun à tous les protagonistes de Studio Périphérique ?

Depuis 2015 je gère le studio seul. Des idées émergent, j’expérimente, je m’amuse, ensuite je tente de trouver la forme et la finalité la plus pertinente avec l’aide d’un collaborateur si le projet est commun. Si cela fonctionne, alors le projet voit le jour.
Ayant une activité professionnelle en parallèle comme directeur artistique, les processus peuvent prendre du temps. Un autre facteur qui peut jouer dans ce sens, c’est le financement, puisque j’ai, jusqu’à présent, tout autoproduit.

Studio Périphérique est-il amené à collaborer ?

Dans le nom Périphérique, il y a cette notion de périphérie : ce qui gravite autour d’un centre. Il peut s’agir d’amis impliqués dans l’élaboration de certains de nos projets, notamment l’artiste Mothi Limbu, qui a réalisé notre signature Périphérique ainsi que celle de « Lieu Commun ».

Ou des gens extérieurs qui ont participé et alimenté des projets comme par exemple les « Livres à deux pages » ; collections de citations maladroites postées sur un Tumblr sous forme de petit livre avec l’image de son auteur. Sur 100 citations publiées, une sélection de 20 livres a été imprimée.

De la même manière, pour Apple picking, où il s’agit d’une « cueillette » de selfies présent sur les IPhones de démonstration dans différents Apple Stores du monde entier. Pour cela j’ai missionné des partenaires pour compléter cette collection.

Dans les différents projets de Périphérique, il s‘agit souvent d’outils et dispositifs numériques détournés de leur fonctionnalité première. Je trouve qu’il est intéressant de créer un espace avec des règles très simples, un terrain de jeux et de réflexion, qui spontanément peut impliquer des gens d’horizons différents pour nourrir un projet.

Quelles sont vos sources d’influence ?

Il est difficile d’isoler précisément ses influences directes, je me nourris de beaucoup de choses : pop culture, art contemporain, cinéma (…) Cependant quelques artistes m’inspirent plus particulièrement : Wolfgang Tillman, Boris Achour, Martin Parr, Maurizio Cattelan, Ruppert et Mulot, Yann Gross, Pierre Huyghe, Philippe Parreno, Noémie Goudal (…)

Qu’est-ce qui préside à la naissance d’un projet ? Est-ce un étonnement, une émotion, une nécessité… ?

L’envie de réaliser des choses sans contrainte, que l’on maîtrise de A à Z, un terrain d’expression libre. Je pense que chaque projet est né d’une manière différente, je n’y vois pas de règle.

Vous venez d’éditer un livre en autoédition nommé PIPI, pourriez-vous nous en parler ?

Le choix de l’autoédition, s’est imposé de lui-même avec le temps. Pour des raisons de simplicité. C’est un investissement personnel, mais c’est surtout une façon de faire exister un projet simplement et sans concessions.

L’histoire de PIPI est un long processus, une collection de clichés à travers différentes pauses pipi de ma compagne lors de nos voyages. Ces photos ont d’abord vu le jour sur Instagram, puis, l’envie de réaliser un livre pour créer un univers, et de ramener un aspect narratif. Cela a finalement abouti à une édition artistique imprimée à 200 exemplaires numérotés. Un objet à part entière que j’ai soigneusement réalisé.

Dans PIPI les photos sont volontairement classiques, sans effet ni retouche pour garder un côté réaliste. Il est important que le jeu de cache-cache qu’il a pu y avoir avec le sujet soit perçu. Il a d’ailleurs été parfois difficile de surprendre et de capturer les scènes, d’où l’utilisation alternée d’un reflex numérique et d’un IPhone, plus facilement dissimulable.

Justement, dans PIPI il est aussi question du lieu puisqu’il s’agit de périples. Le lieu, qu’il soit physique ou immatériel a-t-il une place récurrente dans votre démarche ?

Ce projet peut en effet faire résonance avec « Lieu Commun ». Dans ce dernier on joue avec l’outil très utile d’Apple : l’application Plans, l’équivalent et concurrent de Google Maps. On recherche à l’aveugle des lieux existants qui ont un nom absurde, étrange ou poétique. C’est comme cela que l’on a trouvé des lieux comme : l’amitié, batman, loubard, prout, cache-cache, mine de rien (…) Un Tumblr recueille les captures d’écran de ces lieux, et une sélection a été éditée en cartes postales. Là où « Lieu commun » est un voyage numérique, PIPI est un voyage dans le réel.

Et le titre, précède-t-il ou succède-t-il au projet ? A-t-il une place particulière ?

Il n’y a pas vraiment de règle, mais le nom a toujours son importance. Par exemple pour #cellfie, série photographique d’autoportraits réalisés par un IPhone, puis postés sur un compte Instagram. J’introduis l’idée à travers le titre, que le sujet, en l’occurrence l’Iphone, ait pu se prendre tout seul en photo dans son quotidien.

Ou peut-on trouver le livre PIPI ?

Aujourd’hui le livre est disponible chez CLASSIC à Paris, une librairie spécialisée. Prochainement dans d’autres lieux de distribution qui ne sont pas encore définis, l’idée étant bien sûr de faire circuler et de distribuer PIPI dans des lieux aussi multiples que différents. Il est aussi disponible online sur une plateforme E-shop.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Plusieurs projets sont encore à l’état d’ébauche. Le plus avancé porte sur le thème des nuages. Toujours un jeu entre le réel et l’interprétation que l’on en fait, qui renvoie aussi à des moments liés à l’enfance.

studio-peripherique.com
E-shop : peripherique.tictail.com

COLETTE Paris
213 Rue Saint Honoré
75001 Paris

CLASSIC Paris

Lundi-vendredi 12h-19h
25 Passage du Ponceau
Paris – Code 7396


Propos recueillis par CocoVonGollum

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