Hôtel des Galeries

Culture - 13 juillet 2015

Un Art de vivre.

Cette interview ne pouvait se faire ailleurs que là, dans cet hôtel si particulier qu’est l’Hôtel des Galeries (Galeries Royales Saint-Hubert, au cœur de Bruxelles). Parce qu’il y a là âmes qui vivent et âme du lieu, charmes de l’endroit et de l’hôtesse, Nadine Flammarion, passionnée d’art, de livres et d’hôtels où il fait bon séjourner. Le lieu raconte un peu l’histoire de la famille Flammarion, il est le fruit du travail de chacun, mais c’est surtout une affaire de goût et d’esthétique en tout. Nadine Flammarion est peu loquace, parfois, parce qu’elle sait que cet hôtel en dit long sur elle et sur ce qu’elle aime ; les œuvres et les objets, tout ici parle de ses goûts. Nadine et Jean-Noël Flammarion partagent en ces lieux des pièces contemporaines de leur collection privée.

Quel est l’élément déclencheur de ce projet : vouloir intégrer des œuvres de votre collection privée au cadre de l’hôtel ? Le nom du lieu n’est sans doute pas laissé au hasard, pourquoi « L’Hôtel des Galeries » ?

Le point de départ de cette aventure n’est autre que l’univers dans lequel je vis, les livres, l’art contemporain et l’hôtellerie. J’ai voulu tout naturellement réunir ces 3 passions, les faire « fonctionner » ensemble.
Le nom du lieu n’est pas un hasard en effet. Avant, c’était l’Hôtel des Arcades. Il ne reste rien de cet hôtel, nous avons fait beaucoup de travaux. Ce nom n’est pas un hasard mais une évidence pour moi. D’abord parce que l’hôtel se situe dans les Galeries Royales, ensuite parce qu’il y a une connotation avec l’art, enfin en connexion avec la librairie à côté.

Est-ce un autre hasard, celui du calendrier, qui fait coïncider l’ouverture des portes de l’hôtel aux amateurs d’art et la foire Art Brussels ?

Toujours pas le hasard ! C’est une volonté délibérée. Une façon d’entrer dans un cadre évènementiel durant lequel l’art contemporain est mis à l’honneur à Brussels.
Ce qui est intéressant aussi pour moi c’est de faire sortir l’art de son cadre habituel, les lieux et les manifestations qui lui sont consacrés. Un hôtel n’est pas un lieu artistique normalement, c’est donc l’occasion de montrer des œuvres d’art dans un cadre de vie, donc de les intégrer complètement dans le quotidien. L’art contemporain devient ainsi plus accessible et l’hôtel est ainsi plus vivant. Rien n’est figé, les œuvres sont posées et non accrochées. Elles peuvent bouger, en fonction de l’humeur ou de la vie de l’hôtel.
Nous essayons aussi de vivre avec notre temps et de partager ici des œuvres en rapport avec l’actualité artistique, ou bien, avec le patrimoine local. Par exemple, les lithographies de Sonia Delaunay que vous pouvez voir dans le restaurant font écho à son exposition actuellement à Paris. Je les aime beaucoup ces lithographies… Ou bien encore, dans ce salon, face  à nous, regardez ces affiches très belles, ce sont celles des expositions de Jacques Damase, un grand monsieur, grande figure de l’art et de l’édition de livres d’art. Il avait une galerie à Paris et une à Bruxelles. Ces affiches sont très belles, elles racontent une histoire, elles rendent très bien dans ce couloir et je suis heureuse de les voir ici et de les partager.

Quelle est l’intention ? Que voulez-vous susciter chez les résidents de l’hôtel ? Que souhaitez-vous partager ?

Mon intention première est vraiment de partager mon plaisir à vivre ici au milieu de ces œuvres et de tout le mobilier de l’hôtel. C’est un ensemble qui participe à l’atmosphère, à l’âme du lieu qui fait que l’on se sent bien ou non quelque part. Il n’y a que des choses qui me plaisent vraiment à regarder ici. Je partage finalement quelque chose de très personnel avec les gens qui viennent ici puisque je partage ce que j’aime, ce qui me plaît le plus. Je passe beaucoup de temps à l’hôtel et c’est essentiel pour moi de m’y sentir bien. Je souhaite partager cette sensation. C’est important de se sentir en osmose avec un lieu, de se sentir bien dans le cadre dans lequel on vit, dans l’hôtel dans lequel on est de passage.

Vous avez conçu vous-même la mise en espace des pièces, la scénographie, comment avez-vous procédé ?

Parler de scénographie est un peu abusif, tout s’est fait naturellement, au feeling. La disposition des pièces dans les parties communes de l’hôtel ou dans les chambres s’est imposée d’elle-même. Au départ j’ai pensé à des pièces que je voulais voir ici. Après cette sélection, tout s’est fait très vite, en une journée chaque pièce a trouvé sa place.
Il a fallu plus de temps pour la cabane éclatée de Daniel Buren, sa mise place in situ s’est faite en plusieurs étapes. Elle a été installée plus tard que les autres œuvres, mais en un jour aussi ! Il était important pour nous que l’artiste donne son accord et vienne voir le lieu, c’est un ami, nous tenions à ce que l’hôtel lui plaise pour y installer la cabane. Il a donné son accord.  Ensuite il y a eu un échange de croquis avec ma fille qui est architecte, et qui d’ailleurs a fait l’hôtel, pour savoir comment l’installer au mieux, pour le meilleur rendu dans l’espace, avec la lumière aussi.

Racontez-nous un peu l’histoire de cette collection : comment s’est-elle constituée ? Qu’est-ce qui détermine vos choix ?

Cette collection s’est constituée au fil du temps et au fil des rencontres surtout. C’est principalement mon mari, Jean-Noël Flammarion qui est un grand amateur d’art et qui, dans le cadre de son travail à la librairie, rencontre de nombreux artistes dont certains deviennent de vrai(e)s ami(e)s, c’est le cas avec Daniel Buren ou Niki de Saint Phalle. C’est lui qui choisit en général les pièces que nous avons, il est plus averti et connaisseur que moi, certaines œuvres ont été offertes par les artistes, c’est le cas du dessin préparatoire de Niki de Saint Phalle. Mon mari, dans le cadre de sa librairie spécialisée en livres d’art a rencontré de nombreux artistes. Jacques Damase, dont nous avons déjà parlé, était lui aussi un grand ami de mon mari. Il avait sa galerie sur le Mont des Arts à Bruxelles et les affiches de ses expositions sont très belles, elles constituent une petite collection dans la collection ! Il n’y a d’ailleurs aucune pièce ici que vous verrez ailleurs, ce sont toutes des pièces uniques, ce qui contribue au charme du lieu selon moi.
À l’arrivée, l’ensemble est assez hétéroclite et éclectique car il ne s’agit que de coups de cœur, d’envies. Il n’y a pas de lien évident entre chacune des œuvres ici.
Le plus drôle, c’est qu’au fil du temps on entretient une vraie relation d’affinités avec les œuvres de la collection, comme elles font partie du décor elles font partie de nos vies, comme les gens que l’on apprécie.

Avez-vous une pièce favorite dans cette sélection ?

Non, je les aime toutes, pour des raisons différentes peut-être, mais sans préférence pour l’une d’elles. J’ai vraiment voulu montrer ce que j’aime vraiment. C’est une affaire de goût que je partage, j’espère que les gens ont la même sensibilité que moi à l’égard de ces œuvres, la même émotion à les regarder, mais je sais aussi que le goût est très personnel.
Pas de pièce favorite, mais la cabane de Daniel Buren est tout de même à part dans la collection, d’abord parce que c’est un « objet ». Nous sommes très heureux de l’avoir ici, dans ce lieu et c’est drôle de faire entrer une « maison » dans une maison, une cabane dans un hôtel, selon un principe de poupées russes ! La cabane est un lieu fascinant, le lieu de l’aventure, un lieu temporaire dans lequel on ne fait que passer, comme à l’hôtel finalement… les gens peuvent s’y installer pour prendre un verre et profiter des jeux de lumière que le soleil donne sur les plexiglas opaques colorés. C’est un lieu ouvert, comme l’hôtel, c’est pour toutes ces raisons que je suis très contente de la voir à l’Hôtel des Galeries.

En un mot que connaît le collectionneur qui partage, qui montre sa collection ?

Une grande émotion en fait. La collection n’est pas faite selon moi pour rester « enfermée » et privée. L’art, le beau participent aussi à la cohésion sociale. Collectionner sans partager à moins d’intérêt à mon avis.

L’installation de ces œuvres  participe de l’âme et de l’identité du lieu, comptez-vous la maintenir définitivement ou est-ce temporaire ? Allez-vous changer des pièces, en ajouter ?

Il y aura toujours des œuvres d’art ici, j’y tiens et c’est en effet l’identité du lieu, ce qu’en retiennent les gens. Hier, quelle fut ma surprise, à Paris, d’être abordée, à un quart d’heure d’intervalle, par deux personnes qui sont venues me féliciter pour l’hôtel, suite à leur séjour à Bruxelles. J’étais vraiment touchée et flattée. L’art ne laisse jamais indifférent, on aime ou on n’aime pas, mais j’étais étonnée de voir à quel point ces gens avaient retenu des détails de l’hôtel, preuve que je ne suis pas la seule à être sensible au lieu et à l’atmosphère qui s’en dégage.
Mais ici rien n’est figé, il ne s’agit pas d’une exposition au sens strict du terme. Les œuvres sont posées, peuvent être déplacées, puisque le lieu est vivant il est voué à évoluer, à changer de décor. Il se peut aussi tout à fait que les pièces changent, au gré des humeurs et des affinités du moment.
Il ne s’agit pas non plus d’une visite imposée, avec un sens. Non, les œuvres sont là, les gens les voient ou non. On peut regarder, on peut toucher.
Les gens qui viennent séjourner ici à des moments différents peuvent avoir l’impression de redécouvrir l’hôtel en y revenant parce que les œuvres et leur agencement peuvent changer aussi.
Les gens peuvent entrer librement ici, même sans être clients de l’hôtel, ils peuvent juste passer prendre un verre, déjeuner ou dîner et profiter des œuvres. On a le droit de circuler librement dans les espaces communs.

Avez-vous d’autres endroits que vous destinez à l’art ? Des projets en cours ?

En fait il y a 3 hôtels, un autre à Paris et un à la Baule.
Dans celui de Paris, le « principe » si je puis dire est le même ; l’art cohabite avec le reste et s’intègre au décor. Mais c’est moins une création qu’à Bruxelles. Ici, même les espaces, les pièces ont été créées. Il y a plus d’implication personnelle dans l’hôtel de Bruxelles. C’est aussi une grande aventure familiale en fait. Ma fille, architecte, fait aussi de la céramique,  elle a participé à « l’habillage » du lieu, c’est elle qui a fait les tables basses que vous voyez là ou encore tous les carrelages des salles de bain. On a eu beaucoup de libertés avec cet hôtel, c’est vraiment nos choix, une partie de notre histoire qui se raconte en ces lieux ; Ce que j’ai pu chiner notamment.
Il y aussi un autre hôtel à La Baule qui pourrait devenir comme ici, à terme, mais il faudrait s’adapter à l’endroit déjà existant, il y aurait moins de liberté que pour ici.
Parmi les pièces exposées,  vous pourrez voir des œuvres signées :
Daniel Buren « La Cabane éclatée aux plexiglas opaques colorés »
Jim Dine « Grand Pinocchio jaune » (technique mixte : bois gravé, lithographie et rehaut à la main »
Affiche « Aldo et moi » gravée par Jim Dine et tirée par Aldo Crommelynck à 18 exemplaires.
Niki de Saint Phalle, dessin préparatoire (crayon, stylo bille, gouache, collage) réalisé pour l’édition du foulard en soie Le Rossignol.
Sonia Delaunay, plusieurs lithographies
Glan Baxter, portfolio, « Le Dernier mystère » (10 sérigraphies)

hoteldesgaleries.be


Propos recueillis par Virginie Jux

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