Festival Cabaret Vert

Musique - 29 juillet 2016

L’homme du cabaret

Julien Sauvage est le Directeur atypique d’une manifestation unique. Pour quiconque qui y a déjà mis les pieds, le Cabaret Vert représente l’assurance d’une expérience musicale hors du commun, un festival ancré dans un territoire et garant de valeurs de développement durable et de bien consommer.

Du 25 au 29 août 2016, se croiseront Arno, Louise Attaque, Nefkeu, SUM-41, Nas, Cassius, Feu! Chatterton, The Brian Jonestown Massacre ou MHD, entre autres. Julien Sauvage nous parle du chemin accompli, et de ce qui fait l’identité du Cabaret. Entretien.

Peux-tu nous parler de ton parcours, depuis la grande distribution jusqu’à la création d’un festival comme Cabaret Vert ?

Je sors d’un bac littéraire, et ma mère trouvait que j’avais une grande gueule, donc elle m’a dit : « toi, tu feras commerce ou politique ». J’ai donc fait du commerce grande distribution, à l’IUP du management de la distribution à Roubaix. À l’époque, je rêvais ma vie en ayant une maison en U, une grosse voiture, etc.

Et je ne sais pas pourquoi, mais un jour, je me suis réveillé en me disant que la vie, ce n’était pas cela du tout. J’ai monté une association, qui organise maintenant le festival, avec cette perspective d’organiser un événement. Le projet commençait à prendre en maturité, j’ai donc décidé de poursuivre mes études, mais cette fois en culture. J’ai été intermittent du spectacle, maire adjoint dans la ville de Charleville-Mézières.

il se trouve que le festival a bien marché, on a embauché une, deux, trois personnes, et il fallait un directeur qui ne soit pas là en bénévole.

En 2005, donc.

Première édition du Cabaret Vert en 2005, et je suis embauché en 2013.

Quelle relation as-tu avec les Ardennes ? Car le Cabaret Vert est réellement ancré dans un territoire…

Originaire des Ardennes, c’est un territoire dans lequel je me suis toujours senti bien. Lorsque j’étais intermittent du spectacle, j’ai du faire le tour de tous les départements de France, et je n’ai jamais compris pourquoi les Ardennes françaises avaient une si mauvaise image, alors que les Ardennes Belges, pas du tout. Quand je voyais ce qu’il se passait ailleurs, je me disais que nous n’étions pas la Côte d’Azur, mais qu’on était loin d’être le pire département français.

Très sincèrement, j’invite tout le monde à découvrir notre territoire : c’est vallonné, c’est beau.

C’est une fierté de le représenter.

Oui, surtout que le festival est très ancré sur cet aspect. Nous avons aussi une chance liée avec ce territoire : en France, outre les Bretons, les Basques et les Corses, il reste quelques territoires « identitaires », et je pense que les Ardennes en font partie. Il existe presque une double nationalité Français-Ardennais.

Et cela se résume comment, selon toi, l’esprit Ardennais ?

C’est à la fois la porte d’entrée du Nord et la porte d’entrée de la Belgique. Donc une terre plutôt accueillante, chaleureuse, peuplée de bons vivants, solidaires, fiers de leur origine et qui connaissent la valeur du travail. Tout cela dans une géographie particulièrement jolie. Les patrimoines bâtis et naturels sont remarquables, quelque soit l’idée qu’on en a. Il n’existe pas non plus un micro-climat particulièrement pluvieux…

Ton association s’appelle d’ailleurs toujours FLAP, dont j’ai lu que c’était le Front de Libération des Ardennes Profondes ?

C’est une légende ! Cette explication ne me dérange pas du tout, a posteriori. Quand tu débutes et que tu te présentes comme le Front de Libération des Ardennes Profondes, c’est difficile d’être pris au sérieux…

Ton attache à la région est forte pour ce Cabaret Vert, mais aussi au développement durable. Peux-tu nous en parler un peu ?

Dès la première édition du festival, nous avions développé une charte, mais qui était plutôt environnementale que développement durable, comme c’est le cas aujourd’hui.

C’est une question de logique, de bon sens. Quand on crée l’événement, on veut améliorer l’image du département, redonner un peu de fierté aux Ardennais et générer des retombées économiques locales. Quand tu y réfléchis bien, donner à boire et à manger des aliments de bonne qualité, qui sont produits localement, cela améliore l’image, cela génère des retombées économiques, et ce sont des circuits de transport courts. On règle tout cela en une fois, en optant pour le local.

En plus, dans les Ardennes, on mange bien, on boit bien et on vit bien. On a voulu que le Cabaret Vert en soit le prolongement.

Sur le site du festival, on retrouve donc des stands de produits locaux.

Oui, la nourriture est quasiment intégralement locale. Nous avons aussi refusé les grands brasseurs traditionnels des festivals, français et belges. D’ailleurs, les Belges nous disent que la meilleure carte de bière sur un festival de rock est au Cabaret Vert !

Ce que les gens voient,  in fine, c’est le résultat : une bonne ambiance générale.

Le développement durable n’est pas pour nous une cause. Nous ne sommes pas des ayatollahs, c’est du bon sens. Et cela nous permet de fidéliser. D’ailleurs, c’est la même logique pour le village associatif, au cœur du Cabaret : c’est devenu une manière de mettre des associations au centre des discussions. Par exemple, pour le Don du Sang, c’est la plus importante des manifestations auxquelles l’association participe, en terme de concrétisations.

Combien de bénévoles travaillent au Cabaret Vert ?

1700, et nous en refusons tous les ans. J’ai moi-même été bénévole jusqu’en 2013. Il existe un côté cohérent avec notre propos. Les gens sont contents d’être là, et cela participe à l’esprit du Cabaret Vert.

Parlons programmation. Comment se fait le processus de sélection ? Tu écoutes tout ce qui t’est proposé ?

Avant, je programmais seul. Aujourd’hui, nous avons un comité de programmation avec à sa tête un Directeur Artistique. De mon côté, je valide surtout l’aspect financier, mais je garde mon œil avec un intérêt certain sur la programmation.

On ne peut ceci dit pas tout écouter. C’est impossible. Pour les groupes « découverte », on recevait il y a encore deux ans 8000 candidatures. Il faudrait faire 30 écoutes par jour, sans pause, pendant l’année…

Notre DA passe donc son temps en Europe et dans le monde entier pour faire du repérage. Et nous sommes de plus en plus référencés auprès de nombreux agents en France, qui, eux, vont nous faire part de leurs découvertes et de leurs coups de cœur.

Notre programmation est également très rigoureuse sur les artistes régionaux. Là, on écoute 100 % des artistes qui candidatent. Cela demande une grosse nuit blanche. Aujourd’hui, un grand festival « classique » ne programme plus d’artistes locaux. On doit être le seul.

C’est aussi une programmation éclectique, représentant bande-dessinée, arts de rue, etc. Que représente pour toi cette diversité des arts ?

Le pilier qu’on oublie souvent dans le développement durable, c’est la culture. On pourrait même parler de biodiversité culturelle. Charleville est la capitale mondiale de la marionnette, et c’était l’occasion de mettre cet art en avant. Et je trouvais cela intéressant de proposer des espaces de calme aux festivaliers qui prennent du son dans les oreilles en permanence. Il faut d’autres propositions.

Et je suis un fan de bande-dessinée. On rêve d’avoir Charlie Adlard, bien évidemment, sur le festival. Et s’il fallait choisir un auteur, pour moi, ce serait Tardi.

Cette année, vous accueillez Arno en concert. C’est un artiste connu et reconnu. Comment s’est fait ce choix ?

C’est quelqu’un que l’on avait déjà programmé, et que l’on respecte beaucoup. On a souvent du mal à trouver un artiste pour le dimanche soir qui soit populaire et fédérateur. Quelqu’un dans l’équipe a proposé Arno, et c’était une excellente idée.

On ressent un petit côté revival 90s dans la programmation de cette année…

Oui, le hasard fait que l’on a pas mal de groupes de ces années pour cette édition : SUM 41, L-7, Louise Attaque, Indochine… Mais on ne s’est pas trop posé la question : c’est l’énergie du groupe qui nous importe. Tout cela en essayant d’avoir une programmation différente de tous les autres festivals. On sait qu’on a pas le budget artistique suffisant, pour un événement sur quatre jours, mais on essaye d’en faire le maximum. Et puis, on aime bien la musique. J’ai 34 ans, les années 90 sont cruciales pour moi au niveau musical !

Et tu n’as pas peur de perdre ce qui semblait être une identité plus rock aux débuts du Cabaret Vert ?

Non, parce qu’on l’a toujours fait. On a accueilli Schoolboy Q, Tyler, the Creator, le Wu-Tang Clan, Public Enemy, Jurrasic Five… Ceci dit, à l’époque où j’étais seul à la programmation, effectivement, on était plus sur le festif, chanson française et rock. Notre nouveau DA nous a fait évoluer. Mais cette année, le festival n’a jamais été aussi rock.

On ne se revendique pas comme hyper pointus. Nous sommes modestes et grand public.

En 2015, tu affichais comme objectif de consolider le festival pour l’édition 2016. Pari réussi ?

En 2016, on doit coupler les bons côtés de 2014 et 2015. En 2014, on a gagné des sous (on en a perdu en 2015), et nous avons résolu les problèmes de fluidité organisationnelle en 2015. J’espère que ce que j’avais annoncé va se concrétiser.

On travaille sur l’évolution du festival. On parle de l’avenir, de nouveaux projets, et de travailler le côté touristique, pour promouvoir la région. Prenons le temps de bien poser nos forces et nos faiblesses pour réfléchir à l’avenir.

Et tu parles de promouvoir ta région, mais le Cabaret Vert s’inscrit avant tout dans un environnement urbain : en plein Charleville-Mézières. C’est un terrain de jeu fertile ?

Ç’a été très difficile, au début, notamment avec les riverains. Mais aujourd’hui, on s’y sent bien. Et les retombées économiques sont beaucoup plus évidentes, on bénéficie de toutes les infrastructures publiques, on est à dix minutes à pied de la gare… C’est parfait pour nous.

Et, dernière question, si tu pouvais avoir un artiste, n’importe lequel ?

Rage Against the Machine, sans aucune hésitation.

cabaretvert.com

Propos recueillis par Charles Shinaski

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