Mr.OneTeas

Art - 26 avril 2016

L’étrange cas de Dr.Alberti et Mr.OneTeas

Anthony Alberti est Mr OneTeas. Nom d’artiste pour graffeur autodidacte, passionné d’art modeste au parcours singulier. Il s’est formé sous la bombe et sur les murs, et s’est lancé dans la démarche artistique comme d’autres abandonnent par appréhension. Aujourd’hui, c’est pour rendre hommage à ceux qui font Monaco, celui de l’ombre et des gens, qu’Anthony Alberti s’est intégré au projet Inside Out, Group Leader au sein d’un Action Group de cette entreprise formidablement internationale. Avec lui, on discute inspiration et partage.

Inside out project le 27 avril 2016 sur la façade du NiBox à Monaco

Je te propose de te présenter ; on n’est jamais mieux servi que par soi-même, non ?  

Salut TENTEN, je m’appelle Anthony Alberti autodidacte tombé dans l’art sur le tard grâce à une belle rencontre avec un graffeur “ Kräsh2”. C’est par le graffiti qu’a commencé cette belle aventure sous le pseudonyme de Mr OneTeas.

Tu as quitté un job, en juin 2011, tu as tout plaqué pour te lancer. D’où t’es venue la force nécessaire pour prendre confiance en ta création artistique, pour t’affirmer pleinement en tant que peintre ?

Tout d’abord, l’histoire remonte plus loin en 2005, devenu « addict » de la bombe de peinture comme moyen d’expression dans des lieux abandonnés, friches, usines, terrains vagues etc… J’ai tout de suite voué une grande passion et une curiosité dévorante pour l’art sous toutes ses formes. Durant tout mon parcours universitaire, (parcours qui s’est plus fait à peindre que sur les bancs de la fac) et professionnel je n’ai jamais cessé de peindre. Dès lors, ma vision ne s’est pas cantonnée qu’au graffiti. Je commençais des « collections » d’objets obsolètes, ayant eu une importance à un instant T, puis passés au rang de déchet. C’est à cette époque que je me suis mis à transformer toutes sortes de choses pour faire passer des messages.

Après avoir retracé les six années vécues ( université et vie professionnelle ), la peinture n’avait jamais cessé de prendre de plus en plus de place dans ma vie. J’ai alors décidé de donner une nouvelle dimension à cette passion en l’épousant complètement. Je m’étais donné une année d’essai avec pour objectif de me tourner pleinement sur la création au sens large du terme (peinture, collages, installations, détournements et surtout les messages qui les accompagnent)

Tu places le recyclage au cœur de ta démarche. Quel est le message que tu souhaites faire passer à travers les supports que tu crées comme des réutilisations savantes de matériaux pré-utilisés ?

Depuis Duchamp en passant par la grande époque des nouveaux réalistes (Arman, César Hains, Spoerri, Rotella…) l’objet sous toutes ses formes a pris une place importante dans le domaine artistique : Ready Made, Accumulations, Compressions, illustrant une société de consommation grandissante.

Mon idée était alors d’utiliser toutes “les victimes” de l’obsolescence programmée (obsolescence interne) ou des phénomènes dits “de mode” (obsolescence externe) en les transformant, d’une part pour les figer dans le temps et véhiculer au travers d’eux un message, une critique ou tout simplement un constat par l’objet mis en images.

Comment traites-tu l’information que tu collectes, l’actualité, qui semble être le véritable centre de ton inspiration ? Comment en faire une œuvre ?  

Tout ce qui m’entoure m’inspire: les scènes de vie du quotidien, l’histoire, la religion et son interprétation, l’actualité bien sûr et les manipulations médiatico-politico-économiques. Tout d’abord l’objet est collecté, l’information tombe d’elle-même. Mais avant toute chose, ma plus grande inspiration reste l’ être humain.

Ta prochaine création, c’est un collage de 600 portraits de Monégasques en 91x134cm, sur une façade d’immeuble à Monaco. Tu peux nous en dire un peu plus ? Comment t’es venue l’idée ?

C’est un projet « Humain », il ne s’agit pas seulement de Monégasques (9000 dans le monde), mais de personnes qui travaillent dans l’ombre tous les jours (50 000 travailleurs). Le projet est né lors de différents voyages, à chaque fois que le nom de Monaco est prononcé le monde entier pense LUXE, CASINO, GRAND PRIX, YACHT,etc… Cette image fait rêver le monde entier. De part cette généralisation qui accompagne Monaco, le but de mon projet était donc de mettre en lumière un échantillon de 600 personnes (personnels d’entretien, ouvriers, serveurs, cuisiniers, médecins, banquiers…) qui chacunes à leurs manières, contribuent à faire de Monaco ce qu’elle est !

La mise en œuvre du projet est partie d’un post Instagram (Nov 2014) du Inside Out Project (IOP) qui lançait un appel pour que quelqu’un crée une action à MC.
À ce moment me trouvant à NYC, j’ai rencontré des membres de l’équipe de l’IOP (Matt et Alessandro) et nous avons parlé de l’action group que je voulais mettre en place…

De retour dans le sud de la France le gros du travail commençait… trouver un immeuble dont le propriétaire, ouvert d’esprit, accepterait de donner sa façade pour un type de projet encore jamais réalisé auparavant… Chose faite (en février 2015 Merci à Patrice et Olivier)  il fallait alors convaincre un cabinet d’assurance de couvrir l’installation…. 30 refus plus tard un assureur a eu le courage de me faire confiance et d’accepter d’assurer l’installation (en février 2016 Merci à François, Carole et Angèle). Le retour positif du gouvernement s’est ensuivi dans les semaines suivantes et finalement l’installation est prévue pour le 25 Avril 2016. (merci aussi à Norbert et Henriette )

Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont joué le jeu, les personnes ayant permis la réalisation de ce beau projet et un immense merci à toutes les personnes qui me soutiennent dans ce que j’entreprends et surtout qui supportent mon hyperactivité.

Travailler dans le Inside Out, projet mené dans 129 pays… Que cela signifie-t-il pour toi ? As-tu collaboré avec d’autres artistes au sein du projet ?

Le IOP a pour but de défendre des causes en les mettant en lumière sous forme d’affichage de portraits de personnes concernées par ces causes.
Je suis très heureux d’intégrer mon projet en tant qu’Action Group du IOP. Comme le stipulent les clauses du IOP chaque réalisation est indépendante et menée à terme par un Group Leader.
Pour cette réalisation je suis très heureux car je suis entouré et soutenu par des personnes fiables et très compétentes (Ma femme, mon cousin, ma cousine et mes meilleurs amis).
Outre-Atlantique l’équipe du IOP (basée à NYC) a été super réactive quant au délai très court pour imprimer tous les posters et les envoyer ( Mille mercis à Nina et à toute la Team du IOP)

D’ailleurs, en élargissant la question, te considères-tu comme un artiste peintre fondamentalement solo, ou, au contraire, plutôt collectif ?

Demandez à ceux qui me connaissent ils vous diront… Mon atelier est ouvert à toutes les personnes que je rencontre et qui m’inspirent confiance pour qu’elles puissent y travailler, échanger, créer etc. Artistes nous le sommes tous, certains l’ignorent… certains projets sont réalisés en solo, mais dès que l’aventure le permet, j’adore travailler avec mes amis artistes et rencontrer d’autres artistes pour partager des projets.

Tu utilises à la fois les pochoirs, l’acrylique et les aérosols dans tes projets street art, toutes les techniques propres à ton art. Pourquoi avoir orienté ton travail vers la photo, et comment as-tu développé ton œil photographique ?  

Mon travail en milieu urbain (détournements, collages, graffs, installations) est différent de celui d’atelier même si on y retrouve les messages. La photo a toujours fait partie de mon travail de recherche, et d’étude, au travers de ce nouveau projet c’est la première fois que je vais exposer des portraits, faits des belles âmes que j ai croisées.

Le vernissage de cette œuvre gigantesque est prévu pour la fin avril. Quelles sont tes envies pour la suite ?

Vernissage… pas vraiment, plutôt une réunion au pied du mur pour célébrer le collage des 686 portraits sur la façade et en intérieur le 27 avril. Beaucoup de projets à venir en France et surtout à l’étranger, avec une grande partie qui sera consacrée à la sculpture et à l’installation.

Ta démarche s’inscrit dans une dimension sociale et politique, reflet de son temps. Quel regard portes-tu sur le monde qui nous entoure ? Optimiste ou pessimiste ?

Étant Agnostique ma croyance se tourne vers les hommes et l’humanité… Utopie ou pas même si l’Homme est un Loup pour l’Homme je crois qu’il est encore capable de surmonter toutes sortes d’épreuves en espérant juste qu’il ne fera pas trop de dommages collatéraux (nature, écosysteme, guerres inutiles si ce n’est pour dissimuler des enjeux politico-économiques)

facebook.com/insideoutmonaco
insideoutproject.net
facebook.com/Mr.OneTeas

Propos recueillis par Charles Shinaski

 

Share on FacebookTweet about this on TwitterEmail to someonePrint this page

Articles reliés