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Richard Jackson

Art - 4 juin 2015

La peinture dans tous ses états

Dans l’esprit collectif, la peinture est presque naturellement associée à l’art, comme l’un de ses fondements. Elle occupe des kilomètres de couloirs dans nos musées et galeries. Richard Jackson fait partie des artistes qui questionnent et renouvellent l’usage de ce médium traditionnel dans l’art.
Chacune de ses installations ou de ses sculptures met la peinture à l’honneur mais sous une forme, ou par un biais, inattendus. Ses installations in situ constituent finalement de vrais spectacles, avec une scénographie, elles invitent le public à redécouvrir les couleurs et les matières. La peinture y est toujours un jaillissement, une projection comme un débordement d’émotions ou comme un bouillonnement d’idées qui rappellent la richesse de la création, ses possibilités.

Le travail de Richard Jackson est avant tout une recherche expérimentale, une succession d’expériences. Ingénieur de formation, artiste plasticien (il préfèrerait « peintre » sans doute…) autodidacte, il préfère toujours le processus de création au résultat final. Tout semble prémédité dans son travail où tout, au final, est laissé au hasard ! Ainsi est rendue visible la force de l’aléatoire.

Présentez-vous en quelques lignes, parlez-nous de votre parcours d’autodidacte. Qu’aimez-vous dire de vous et de votre travail ?

J’ai eu beaucoup de jobs différents, et ce, depuis que j’ai 9 ans, mais j’ai toujours travaillé. La plupart du temps à mon compte. J’ai servi dans l’armée. Je n’ai jamais fini le lycée, ni intégré  une école d’art. Mon travail d’artiste est une accumulation de mes expériences et de mes expérimentations.

De nos jours, réseaux et vie sociale dense sont un passage obligé pour l’artiste qui veut faire connaître son travail : avez-vous dû vous plier à cet exercice ?
Je participe à des évènements artistiques uniquement quand ces derniers concernent mes amis. Le « monde de l’art » est un monde différent de celui que j’ai connu à mes débuts. On passe beaucoup trop de temps à assurer sa promotion, à serrer des mains et à faire le lèche-cul. Je ne sais pas ce que contient le site internet de ma galerie. Et je déteste les foires d’art contemporain.

La notion de « normalité » a-t-elle un sens à vos yeux ?
Je qualifie mon art de comportement inhabituel.

La provocation est-elle liée nécessairement à l’humour pour vous ? Est-elle purement gratuite ou fait-elle sens ?

L’humour est un aspect important de mon travail. L’humour peut être provocateur et ça me convient.

Comment votre travail parvient-il à concilier l’inconciliable : un aspect ultra-calculé grâce à la mécanique de vos pièces et une dimension spontanée, accidentelle dans le résultat ?

Les œuvres ou les événements sont tous planifiés. Parce que mes œuvres sont complexes dans leur processus de création et dans leur mise en place, le résultat est très imprévisible quand les pièces sont activées. C’est encore mieux quand les choses dérapent car cela m’oblige à résoudre les problèmes. Les problèmes m’obligent à trouver une solution créative. Cependant, quoi qu’il advienne durant l’activation d’une pièce, cela me convient, les résultats sont la preuve du processus. J’essaie de ne pas faire de jugements esthétiques pour décider si une pièce est réussie.

Qu’est-ce qui pour vous, actuellement, pose problème dans l’art contemporain ?

L’art contemporain est devenu un business, l’argent a attiré beaucoup trop de gens normaux. Les collectionneurs sont devenus trop influents sur la manière dont l’art est exposé. Il y a trop de foires, trop de spéculations. Si l’art est le reflet de la société, alors l’art contemporain est devenu comme la bourse : les mêmes trous-du-cul.

Aimez-vous profondément les gens et la nature humaine ou voulez-vous juste vous en moquer et faire rire ?

J’adore les gens, j’adore mes supporters et le public, j’adore les jeunes sans argent. Je suis heureux qu’ils apprécient et soutiennent mon travail. Je suis content de pouvoir les faire rire.

Quelles sont les influences et les références qui nourrissent votre travail ?

Mes influences sont Jackson Pollock, Jasper Johns et les Actionistes. Fluxus est important pour moi à cause des performances et de la nature temporelle des œuvres. Les attitudes Fluxus sont très importantes.

L’art est-il un exutoire pour vous ?

L’art est un travail. La chasse et la nature sont des exutoires.

Quel est votre support de prédilection ?

Je me considère comme un peintre.

Parlez-nous de votre actualité, de vos projets à venir ?

Actuellement je travaille sur un projet : transformer un camping-car en tank, rempli de poupées gonflables pleines de peinture. « A war Story » avec une pile d’une centaine d’armes, remplies également de peinture, peinture, peinture, peinture !

galerie-vallois.com


Propos recueillis par Virginie Jux

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