Patrick Eudeline

Book - 12 juillet 2015

Eudeline ce héros.

Charles Baudelaire écrit : « Le dandysme est le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences » (Le Peintre de la vie moderne, chapitre IX, 1863)
Alors, si le suremploi de ce mot amène inévitablement vers une vulgarisation du terme dans son sens le plus péjoratif, Eudeline, lui, peut prétendre à ce titre dans sa forme la plus authentique.
Résistant de et par l’élégance, il incarne le refus inaliénable de la brutalité de cette société contemporaine de l’après tout.

Qui est Patrick et comment est-il devenu Patrick Eudeline ?

C’est un roman !
J’ai toujours été Patrick Eudeline, c’est mon vrai nom et je suis né comme ça ! Mais c’est vrai que ce que je suis devenu, ça c’est décidé vers mes 13/14 ans.  Même si je connais la phrase de Freud « Child Is Father to the Man » et que l’enfance joue forcément son rôle, c’est à 13 ans que tout a changé.

Que s’est-il passé à 13 ans ?

Le rock’n roll !
C’était une période bénie et particulière mais c’est aussi un cataclysme qui a tout changé. Avant j’étais un petit garçon qui s’intéressait aux choses naturelles, et, du jour au lendemain, il n’y avait plus que le rock. Comme en plus, c’était associé à l’adolescence ça a décidé du reste donc on peut dire que c’est ce qui a fait que je suis devenu Patrick Eudeline.

Quelle est la différence entre le chanteur, l’écrivain, le critique rock que tu es ?

Aucune, à part que critique rock, la vérité du bon Dieu, c’est presque anecdotique. Le principal c’est d’écrire ! C’est vrai que lorsque j’avais 18 ans, il y a eu une période un peu particulière et assez courte où la critique rock a été importante avec d’illustres et talentueux personnages comme Lesterbanks et Jean-Jacques Schuhl, l’écrivain français qui m’a bouleversé… Écrire sur le rock était une sorte d’évidence. Depuis, je le fais parce que je sais le faire, on me paye pour ça et en plus (et ça rejoint cette histoire de gonzo machin) je déteste la notion de journalisme. Donc je raconte ce que je vis en fait et cela prend tout son sens. En plus, je peux me permettre de parler de musique, de rock parce que justement je suis musicien : c’est une expérience vécue. Pour moi les plus grands critiques musicaux ont toujours été les musiciens. Déjà, dans la musique classique c’était fabuleux : Debussy et son pseudonyme Monsieur Croche, Paul Dukas, des gens comme ça. Dans le rock, Pete Townsend des Who par exemple, avait une superbe rubrique dans le Melody Maker, c’était brillant ! Les meilleurs critiques musicaux sont avant tout des musiciens je pense.

À quel moment de ta vie la musique s’est-elle imposée à toi ? Et l’écriture ?

J’avais 13 ans. Tout est venu ensemble. Comme on est en France, je pense que c’est aussi pour ça que je me suis retrouvé à écrire avant de faire un groupe, mais j’avais ça dans le sang dès le début. En Angleterre, on peut prendre l’exemple de l’expérience d’une fille comme Chrissie Hynde qui a écrit pour le New Musical Express avant de monter les Pretenders et qui a très vite abandonné le New Musical Express dès que les Pretenders ont commencé à fonctionner. En France, vu ce qu’est le rock, ma vie n’a pas été la même, mais si vous me demandez ce qui est le plus important entre les disques et les livres, je ne saurais pas répondre. Les livres je les fais vraiment, les disques aussi mais les papiers c’est un peu autre chose, des fois c’est purement alimentaire. J’essaie de le faire bien, évidemment, mais c’est différent.

Quels sont tes centres d’intérêt aujourd’hui ?

Les mêmes que depuis toujours : le blues, la pop sophistiquée, la musique. Je crois que, dans la vie, on creuse le même sillon. On apprend. Ce qui est important et bien c’est que j’en apprends encore tous les jours : je vais encore acheter des partitions, des choses comme ça et découvrir dans les Beatles ou Lightnin’ Hopkins des trucs que je n’avais pas encore compris.

On connaît tes élégants « coups de gueule » qu’est-ce qui te met en colère ?

Le monde et ce qu’il est en train de devenir. On nous a parlé et j’ai grandi avec l’idée que l’an 2000 serait fabuleux, la génération Hippie de ce que l’on appelait « l‘âge du Verseau » (Aquarius) et, à la place de ça, on a eu une catastrophe ambulante. Le monde est catastrophique, ce qu’il est devenu me met facilement en colère : la vulgarité de la musique, la fin de l’art, la fin des utopies, la fin de tout ! On a jamais connu de période plus creuse, c’est effarant ! On s’en apercevra peut-être quand l’histoire jugera, s’il y a encore des historiens, ce qui n’est pas dit puisqu’il n’y a plus rien, donc pourquoi y aurait-il encore des historiens après tout ! Donc voilà, le monde actuel me met facilement très en colère.

En parlant d’élégance, pourrais-tu nous en donner une définition singulière ?

On ne va pas remuer tous les clichés sur le dandysme, plein de gens l’ont fait mieux que moi. L’élégance est un mot très vaste. Mais c’est sûr que l’esthétisme et le style sont des choses capitales. Pour moi par exemple, il est hors de question de jouer sur une guitare qui n’est pas vintage, de telle année, de tel machin, tous ces détails… Le diable est dans les détails et je crois énormément à ça. Il n’y a qu’à voir comment je me sape ou les instruments sur lesquels je joue ; je crois que ça parle tout seul. Mais ce que j’adore dans tout ça c’est le côté code secret. Par exemple, aussi bien les Dandys au siècle dernier que les Mods Anglais dans les années 60, avaient une sorte de codification entre eux : la veste devait avoir trois boutons, le machin était comme si : c’est ce qui permettait de se reconnaître entre initiés. J’adore ce côté-là. Des fois, quand je rencontre des gens, juste avec la guitare sur laquelle ils jouent ou un détail de fringue, on se comprend, on sait de quoi on parle. Et j’aime bien ce côté initiatique.

D’ailleurs, l’élégance existe-t-elle encore aujourd’hui ?

Il y a une phrase de Karl Marx qui résume tout : « ce sont les hommes qui font l’histoire, mais c’est l’histoire qui fait les hommes ». Donc, même s’il est évident qu’il y a des gens brillants aujourd’hui, il est malgré tout, actuellement, plus difficile d’être Pete Doherty ou Jack White par exemple que d’être Iggy Pop dans les années 60 parce que tout était là, il y avait une émulation incroyable. C’était d’ailleurs difficile de faire une faute de goût parce que tout était beau. Tu prends une photo des Scorpions en 65, même eux étaient élégants et bien habillés : ils ne pouvaient pas faire autrement, l’époque était belle !

Quel est l’élément déclenchant pour l’écriture d’un roman ? Est-ce une émotion, un besoin de partager ou d’éveiller la curiosité du lecteur, une relation particulière au temps ?

Le sujet vient à un moment comme une évidence. Là, j’ai passé 2 ans à traîner sur des sujets, des envies et me dire : « oh puis non » et puis à un moment j’ai su ce que je devais écrire. Ça s’est décidé en 15 jours, j’ai appelé un éditeur, je lui ai raconté et il m’a dit : « c’est formidable on y va tout de suite ». Le sujet vient comme une évidence !
L’élément déclencheur peut être n’importe quoi. Là, le prochain roman que j’ai commencé cet été, c’est la mort d’un ami qui a eu une biographie absolument hallucinante. Donc le prochain roman ce sera lui, ce sera son histoire. Enfin, je ne veux pas trop en dire pour plein de raisons… Mais par exemple, Soucoupes V !olantes, même si beaucoup de gens pensent que c’est un roman raté, je voulais faire un roman sur l’occultisme, un roman occulte, je suis obsédé par Le Matin des magiciens, et Pauwels et Bergier depuis que je suis petit.
Bref, chaque fois il y avait une évidence !

En parlant de temps, penses-tu que l’immortalité puisse être éphémère ?

Maintenant oui !
Toutes les règles que l’on connaît depuis 4 ou 5 siècles : l’histoire, les trucs qui restent, qui restent pas : tout est remis en question. Là c’est l’après tout : c’est l’après art, l’après histoire, l’après société industrielle, l’après tout donc j’en sais rien. J’en sais rien parce que je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve !

Quels sont tes projets à venir ?

Il y a longtemps que je n’avais pas été aussi occupé parce que je suis en même temps sur un disque et sur un livre. Le prochain roman est signé et s’écrit cet été. Et le disque aussi puisque j’ai des partenaires pour le disque : ça va être un vinyle doublé d’un CD à tonalité blues en français avec des standards dont les paroles françaises n’ont jamais vraiment existé comme Boom Booms – Superstitious qui n’a jamais été traduit correctement. Et des originaux… Mais du Blues au sens large du terme qui va de Christophe (Tu n’es plus comme avant) à Lightnin’ Hopkins.


Texte CocoVonGollum

Propos recueillis par Laurent Salles

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