DJ Fab

Musique - 20 janvier 2016

Hip Hop Résistance

DJ Fab a commencé à 19 ans sur des 1200 MK2 Technics, et n’a jamais regardé en arrière. DJ de Mos Def, de La Caution, il est monté sur les mêmes planches que le Wu Tang ; Fab pèse dans le monde du Hip Hop et de l’underground rythmé. Animateur radio d’Underground Explorer, beatmaker, il pose ses sons comme d’autres des questions.

Il sera présent aux platines, lors du MAD Bike by KRING, de 18h00 à 22h00, le 17 septembre place du jardin aux fleurs à Bruxelles. Concert gratuit.

Pourrais-tu nous parler de toi ?

Je me présente : Dj Fab since 1982.
Là depuis la première heure du hip hop en France.
J’ai été Dj dans la boîte Roger : boîte funk dit le Globo, Dj pour différents Mc’s Français.
Mon premier groupe de base était État 2 choc, groupe du rappeur EJM de 1988 à 1992.
Ensuite, dans les années 2000, dj officiel de la Caution et ces dernières années dj de Mos Def dit Yassin Bey.
Entre temps dj pour Destroy-Man 90’, Stomy bugsy 95’, Dj sur la tournée de Slum Village (Detroit Us) et pleins d’autres….

De ton parcours ?

Je suis tombé amoureux de cette culture avant de devenir dj : je dansais. Après est venu la fièvre du vinyl et des platines, dj et beatmaker depuis…
Dans les années 2000, je monte, avec mon ami Awer (RIP) le collectif Hip Hop resistance : boîte d’événementielle de concerts indé Hip Hop français et surtout U.S période 2000 à 2014. Maintenant je suis aussi animateur radio sur la radio Générations à Paris sur le 88.2. J’anime une émission Hip Hop du nom de Underground Explorer radio depuis 1999 jusqu’à aujourd’hui.
De 1999 à 2013 je suis avec mon équipe Dr Awer (RIP) et Dj Kozi (dj de la rappeuse Casey) je continue seul jusqu’en 2015 et je recrute dans mes rangs Phonk Sycke, animateur radio et dj ainsi que Mika, jeune passionné de rap de nos jours…

Peut-on dire de toi que tu es un puriste ?

Ce mot, pour moi, a 2 sens : puriste parce que je ne joue pas le commercial, donc vu comme ça : oui (pas envie de défendre une musique qui ne représente pas cette culture Hip Hop) et deuxièmement, ce que je vois du rap game today c’est tout sauf ça donc oui je suis puriste dans ce sens…
Puriste vu sous un autre angle c’est un peu le mec qui ne s’ouvre pas à l’évolution musicale…
Même si j’aime le boom bap des années précédentes, je suis ouvert à plein d’autres genres de Hip Hop ou d’autres genres de musiques. Je ne suis pas fermé à la mutation de la musique, mais il est vrai que j’ai beaucoup plus de mal à trouver mon bonheur dans le commercial, donc je fouille dans tout l’underground. Il faut écouter mon émission sur générations 88.2 fm le dimanche soir de 22H à minuit ; j’y réunis old school, classics,indé,et new school hh plus soul et funk…si c’est ça être puriste alors oui, je suis puriste à 1000%.

Qu’est-ce que l’esprit hip hop ?

Un esprit y en a-t-il déjà eu à un moment où à un autre ? Moi-même je ne sais pas…ce qui est vrai par contre, c’est que dans les années 80 et 90 on découvrait ce mouvement en pleine émergence…je pense que la pureté du début te pousse à avoir cet esprit hip hop parce que tu le fais par passion et une réelle envie de découverte… pour le coup tu vas dans des endroits peu fréquentés, peu connus, pas du tout médiatisés et là, tu grandis avec ce circuit d’événements et ce groupuscule de gens. Dans ce contexte, tu avais cet esprit hip hop mais today les choses sont bien différentes ; les médias et les réseaux sociaux ont banalisé tout ça… si il en a un aujourd’hui, je ne le ressens pas….mais ce n’est peut-être que moi.

À ton avis, la notion de partage qui existait à l’époque a-t-elle laissé place à l’ego et au vide qui lui est inhérent ?

Oui pour moi c’est évident, mais même à l’époque l’ego étais déjà présent, la diff aujourd’hui, c’est que les jeunes ne font plus d’effort pour s’informer : ils ne partagent que ce qui les concernent et rien d’autre ! Par contre, il réside une putain d’énergie quand même avec eux dans ce nouveau paysage… tous les jeunes ne sont pas fermés et plein de jeunes sont curieux de savoir comment les choses se passaient à l’époque. C’est bien qu’ils puissent trouver des références… donc le partage existe encore un peu…

Quel est ton regard sur la scène actuelle du hip hop français ?

Mon regard est très difficile sur le rap français… Je le vois sans fond, sans valeur, et surtout sans technique, sans flow et sans rimes : tout ça a disparu ! Pourtant, c’est ça qui me plaît dans le rap : c’est de voir la maîtrise vocale avec une technique et de la forme et du fond s’installer sur n’importe quel beat… Aujourd’hui c’est très difficile d’entendre ça, l’autotune a tout niqué et ils doivent tous réapprendre à réécrire. Mais bon il y a des jeunes qui correspondent à ce que je peux encore aimer dans le rap français comme Nekfeu, Alpha wan, J P Nanouva, J.L, Radikal mc, et la liste dans l’Indé peut être longue…

Comment les logiciels de mixe ont-ils fait évoluer le métier de DJ ?

Pour le coup c’est le Ying et Yang… j’ai toujours dit que si tu n’est pas bon en vinyle tu ne pourras pas être bon sur un logiciel… pour moi c’est un art d’être dj, bien sûr cela s’apprend  avec toutes les règles que cela implique, mais les logiciels ont juste permis à la personne lambda de ne plus douter de rien et d’être capable de devenir dj : de ce point de vue c’est pas génial… En revanche, du côté plus technique de la chose c’est génial et le confort du dj à tous les niveaux est énorme ; tu peux presque tout faire scratcher, mixer, faire tes remixes etc etc c’est mortel !

Tu fais partie du collectif Hip Hop Résistance : de qui se compose la structure ? Comment et pourquoi l’avez-vous créée ?

Alors HHR est un collectif de 3 passionnés de hip hop : moi, Dr Awer (RIP) et dj Kozi qui nous a rejoints après…on a créé cette structure pour compenser les manques de ce que nous voulions voir Awer et moi à l’époque : manque de concert indé et de petites soirées où tu pouvais entendre du son que personne ne voulait jouer…ça a démarré comme ça. Comme en plus on avait très peu d’argent il s’agissait vraiment d’un projet indépendant. L’histoire en est le résultat : on a fait venir la crème de l’Indé hip hop Us en passant par Madlib quand il n’était pas connu à Aloe Black, à J Dilla, Artifact, Ohno, les beat Junkies, Masta Ace, EMC, Kool Keith, The Doppelgangaz, et la liste continue. Je suis très fier de ce que nous avons pu amener et si je peux encore, on continuera….

Tu animes également une émission radio sur génération FM : la radio est-elle un espace de liberté ?

Mon émission reste un espace de liberté, on ne me demande rien en quota donc je fais et je dis ce que je veux, pour moi, mon émission reste un espace bien particulier de liberté…

Quelles sont tes influences, tes références ?

La liste serait trop longue pour les références et pour les influences : la soul et le funk avant tout, la old school, le bon vieux boom Bap et le hip hop indé de nos jours…

Avec qui aimerais tu collaborer aujourd’hui ?

Personne. Je veux juste continuer à vivre de cette culture, défendre des personnes en mettant leurs sons dans mes sets et en radio. En fait, je collabore avec beaucoup de gens sans même m’en rendre compte.

Quels sont tes projets ?

J’ai collaboré sur l’album de mon pote Guts (ex beatmaker du groupe mythique Alliance Ethnique) on a fait un LP qui se nomme « Hip Hop after all » avec plein de guests américains : un pur album que je conseille aux gens d’écouter …
Sinon je viens de terminer le dernier LP de mon groupe La Caution, c’est pour bientôt : un album perso avec uniquement mes sons inch’allah, ainsi qu’un projet avec mon ami Kohndo lui et moi…
Après on verra, je continue à jouer un peu partout, comme je l’ai toujours fait…
Voilà, à bientôt la Belgique

Big up à mon ami Boris et sa femme ainsi qu’à mon vieil ami Phil aka Fourmi (Zulu nation Belgique), mon pote Sofiane (Cracksoul) et Lino le tourneur.

mixcloud.com/DjFab

https://www.facebook.com/MAD-Brussels-346009795462814/
https://www.facebook.com/kringbike/


Propos recueillis par CocoVonGollum

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