Yeti Lane

Musique - 30 mars 2016

Essence crépusculaire

Yeti Lane est un groupe parisien composé de Ben Pleng et de Charlie Boyer.
Sorti en mars 2016 chez Clapping Music, L’Aurore, leur troisième album en 7 ans crépite comme un voyage aux sons bruts voltigeant sur des sentiers de couches psychédéliques planantes comme des arômes incandescents.
Le timbre envoûtant de la douce voix chantant en français dissipe la pesanteur et laisse poindre une touche de lumière dans la sombre épopée des riffs acides et sauvages.
Interview.

Quelle est l’histoire du groupe ? Qu’est-ce qui a présidé à l’envie de créer le groupe ?

Charlie : Alors si tu veux toute l’histoire il va falloir remonter loin. On se connaît Ben et moi depuis le lycée, mais pour faire simple disons que Yeti Lane est né des cendres de Cyann & Ben, un groupe avec lequel nous avons sorti 3 albums au début des années 2000. Après le départ d’un membre, on s’est retrouvé à 3 et on a décidé de changer de nom et de son. Ça a donné le premier album de Yeti Lane en 2009. Lorsque Loïc a quitté le groupe, on est restés tous les deux avec Ben, et on a gardé le nom. On a rapidement sorti un EP pour sceller la formule en duo, puis deux albums ont suivi.
_ Ben : Notre histoire est toujours la même, on a simplement envie de continuer même si parfois il faut avoir le cœur bien accroché. On affine notre musique avec passion.

Le nom de Yeti Lane est-il une référence musicale ?

Ben : Il paraît que oui … C’est assez difficile de se trouver un nom, et surtout de le supporter par la suite.
_ Charlie : Pour être tout à fait honnête, Il y a quelques années on avait inventé cette histoire sur Penny Lane des Beatles et Yeti de Amon Duul, mais avec le temps on commence à en avoir marre. Il va falloir qu’on trouve autre chose …

Qui sont les membres du groupe ?

Ben : Moi je suis au chant, à la guitare et aux claviers.
Charlie : Et moi, Charlie, je joue de la batterie et des synthétiseurs.

Quelles sont vos influences ?

_ Charlie : Nos influences sont assez variées, et elles s’enrichissent avec le temps. On est toujours aussi fan de Neil Young et de rock 70’s que depuis qu’on s’est rencontré, mais on écoute du rock au sens large, de la musique électronique, du blues …
Ben : Nous sommes fan de rock psychédélique sous plusieurs formes, 13th Floor Elevators, Syd Barrett, Robert Wyatt, Can et toute la scène allemande seventies. De la musique française comme celle de Brigitte Fontaine.
_ Charlie : On est aussi très marqués par la scène shoegaze, My Bloody Valentine, Jesus & Mary Chain, Slowdive … On adore Spacemen 3, et les groupes qui en sont issus. Primal Scream aussi.  

Comment décririez-vous votre musique ?

Charlie : C’est un peu la question qui fâche, ça serait plutôt à vous, journalistes, de la décrire… On se méfie des étiquettes, et on n’aime pas trop intellectualiser ce que l’on fait. Je me lance : On pourrait dire que l’on fait une musique psychédélique un peu sombre, construite autour de chansons mais qui laisse la part belle aux ambiances et aux instrumentations. On utilise un mélange d’instruments acoustiques et électroniques, que l’on essaie de faire sonner de la manière la plus organique possible. Et à un volume assez élevé aussi … Mais on préfèrerait laisser à l’auditeur le soin de définir notre musique selon ses propres références. Quand on me demande en général je dis qu’on fait du rock.

Votre dernier album, L’Aurore, est sorti le 4 mars, pourquoi ce nom ?

Ben : C’est notre label anglais qui nous a proposé ce titre en référence au morceau qui figure sur l’album. On a aussi pensé que ça pouvait bien coller au disque car on cherche toujours à se renouveler de disques en disques et la symbolique fonctionne bien. Mais l’Aurore en question dans le morceau est bien moins lumineuse.  

Comment l’avez-vous composé ?

Ben : Après la période de concert The Echo Show on a passé pas mal de temps à chercher vers quoi on voulait orienter notre musique. On a essayé certaines méthodes qui nous ont fait perdre pas mal de temps, mais toutes ces erreurs de parcours nous ont permis de réaliser que l’on devait aller à l’essentiel et de fonctionner de manière naturelle.
Charlie : On s’est vraiment cassé les dents en essayant de tout remettre en cause dans notre manière de travailler, mais ça n’a rien donné d’intéressant. Après une (trop) longue période de frustration, on est donc revenu à notre méthode habituelle : Ben amène des chansons, dans un état plus ou moins avancé, ensuite on branche tous les instruments et on joue en live, on cherche et on modifie jusqu’à ce qu’on trouve la bonne version. On avance tous les arrangements de front, la guitare, la batterie et tous les synthés.
_ Ben : On a joué simplement les morceaux qui arrivaient en étant fidèles à nous-mêmes et en essayant d’être de bons musiciens. C’est de cette démarche qu’est venue l’envie de capter cet instant en studio. On a cherché un endroit on l’on pouvait jouer ensemble dans la même pièce et on a atterri dans l’ancien studio du label Vogue en Seine St Denis qui se nomme Midilive à présent. C’est là qu’on a accentué le trait en ne faisant que du 100% live, en ne gardant que des prises entières de chaque morceau, privilégiant la magie de l’instant à la perfection du jeu.
_ Charlie : On a enregistré sur bande analogique pour la première fois, ce fut un plaisir. Mis à part les voix qui ont été enregistrées après, il n’y a pas d’overdubs sur ce disque.

Avez-vous collaboré sur cet album ?

Ben : La véritable collaboration s’est faite avec Angy Laperdrix, l’ingénieur du son avec qui on a travaillé sur ce disque. Il a su nous écouter et nous comprendre et ainsi parfaitement nous accompagner dans notre démarche. Sa production a beaucoup apporté à notre son car on ne voulait pas que ce disque sonne simplement comme un bon live en studio. On cherchait quelqu’un qui triture les prises de son pour que ce soit encore plus habité. Il a donc usé de ses effets favoris, la saturation et le flanger.

Qui a réalisé l’artwork de l’album ? L’idée est-elle venue avant ou après la composition de l’album ?

Charlie : L’Artwork a été réalisé par Heretic !, un collectif de graphistes londoniens. On les a rencontrés il y a quelques années, ils avaient fait une affiche spéciale pour un concert qu’on a fait à Londres avec Damo Suzuki, l’ancien chanteur de Can. Ils ont par la suite travaillé plusieurs fois avec notre label anglais, on les a croisés à nouveau au Liverpool Psych Fest en 2013, ils avaient monté une installation audiovisuelle en collaboration avec Sonic Boom, et encore une fois on a adoré. Leur travail se nourrit de la tradition des visuels psychédéliques 60’s, mais avec des techniques et des couleurs actuelles, sans jamais sombrer dans le revivalisme. C’est exactement ce que l’on a voulu faire avec cet album, enregistré à l’ancienne en live sur bande, mais en retravaillant le matériau « vintage » pour le faire sonner comme un disque de 2016 … Donc la collaboration nous a semblé évidente au fur et à mesure que l’album prenait forme, on leur a ensuite envoyé les morceaux pour qu’ils s’en inspirent.

Avez-vous une préférence entre le studio et le live ?

Ben : On aime les deux. Le studio a une grande importance à nos yeux, l’enregistrement en tant qu’oeuvre, mais le concert est aussi essentiel dans notre démarche artistique. On aimerait pouvoir travailler nos live avec de beaux visuels mais on manque cruellement de moyens. Le concert est aussi source de plaisir et c’est inimaginable pour nous de pas monter sur scène.

Il y a eu une réelle évolution (mutation ?) musicale depuis le premier album non ?

Ben : Comme toujours, on cherche à se renouveler et on affine notre musique. Ce disque  est une réaction à nos expériences et aux événements que l’on vit. Donc oui la musique évolue avec nous. Sinon ce serait l’ennui.
_ Charlie : Il faut dire que plus de 6 ans se sont écoulés entre le premier et le dernier album. Pour le premier, on voulait vraiment marquer la rupture avec notre ancien groupe, on a abandonné les ambiances éthérées et les longues envolées au profit de morceaux plus pop et rythmés. Avec le départ de Loïc, on a perdu ce côté pop 60’s qu’il apportait. On a ressorti nos vieux synthés, et on a décidé d’assumer notre goût pour le space-rock, la cosmische musik, et les longs formats. The Echo Show a été une belle aventure, en studio comme sur scène, pour l’Aurore on a voulu privilégier la spontanéité et la liberté. Qui sait comment sonnera le prochain …

Que peut-on vous souhaiter ?

_ Charlie : Plein de choses, là tu as l’embarras du choix ! Par exemple de vendre plein de disques, de pouvoir en enregistrer plein d’autres, et tourner le plus possible …

facebook.com/YETI-LANE


Propos recueillis par Laurent Salles et CocoVonGollum
Texte CocoVonGollum

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