Charlotte Caron

Art - 16 novembre 2016

Entre animalité et intériorité

Charlotte Caron est une artiste française aux multiples médiums originaire de Paris.
Son travail suit le fil de la métamorphose pour interroger intégralement l’identité.
Masquant les traits physiques par des visages d’animaux elle cherche à révéler le moi profond alors désinhibé par l’anonymat de l’apparence.
L’animal, inhérent et indispensable cohabite avec l’homme dans sa recherche.
Cette hybridation, prégnante aussi bien dans le fond que dans la forme, transpire de l’image et la questionne dans une dimension alors devenue universelle.

Pourrais-tu, en quelques lignes te présenter ?

Je m’appelle Charlotte Caron, j’ai 28 ans. Je suis née sur Paris. J’ai tout d’abord commencé mes études artistiques à l’école Boulle, puis je suis allée en prépa à Glacière. Je suis finalement partie aux Beaux-arts de Rennes où j’ai obtenu mon master en 2013. Je suis une artiste qui aime mixer les différentes techniques et matériaux.

Quelles sont tes influences ?

J’ai de multiples influences notamment l’art et l’histoire de l’art, je suis vraiment inspirée par les mythes. L’inspiration peut venir de n’importe où, le cerveau enregistre des multitudes d’images ou de petits détails. Mais j’affectionne particulièrement les bibliothèques où j’étudie les différents catalogues et monographies d’artistes pour donner de nouvelles idées. Les œuvres aussi bien dites « classiques » que contemporaines m’inspirent, en ce moment je m’intéresse tout particulièrement aux mythes étrangers.

Quels médiums utilises-tu ?

Tout ce qui m’intéresse et m’inspire, bois, pierre, céramique, peinture, gravure, broderie, dessin, encre… Bref j’aime tout tester et tout mélanger pour créer mon univers. Mon travail pourrait s’apparenter à du bricolage par certains aspects. Lorsque j’ai une idée précise de l’œuvre à réaliser avec un matériau que je ne connais pas, je vais tout faire pour apprendre ses particularités et pouvoir l’utiliser afin de concrétiser cette œuvre.

Il y a, dans ton travail, une récurrence du corps et de l’animal. Est-ce l’expression d’une dualité ?

L’homme et l’animal font partie intégrante de mon travail. Ils n’entrent aucunement en dualité, bien au contraire. L’homme ne pourrait vivre sans l’animal. Mon travail révèle cette cohabitation.

L’animal, dans ta démarche a-t-il une fonction totémique ? Que représente-t-il pour toi ?

Il faut faire attention avec le terme totémique, qui a fortement été dénaturé. Le Totem est avant tout réalisé pour relater un évènement important ; accident, histoire familiale, cérémonie.. L’animal totémique représente une famille, un clan (pour nous autres cela s’apparente au nom de famille). Voilà pourquoi mon rapport à l’animal n’a rien de totémique. Pour moi il représente tout simplement ce qu’il est dans son entièreté. Mais j’aime quand l’Homme en parle dans son art, comment il devient Dieu, se transforme, se déguise, devient chimère.

Existe-t-il une relation entre l’animal peint et la personne photographiée ?

Pour cette série de peintures, il a été facile pour moi de choisir un animal car mes modèles étaient des camarades de classe.  Nous nous connaissions, je leur proposais donc différents animaux qu’ils m’évoquaient puis ils choisissaient.

Le bestiaire, vient-il alors compléter ou effacer l’identité, personnaliser ou dépersonnaliser, masquer ou exhiber la vulnérabilité ?

Le bestiaire vient compléter l’identité. L’animal masque le visage donc les traits de la personne mais il en révèle son identité profonde, cachée.

Qu’appelles-tu identité profonde ?

Quand je dis identité profonde je parle du Moi caché, profond, notre bestialité, notre animalité, nos racines, notre personnalité.

Selon toi, est-il nécessaire de masquer l’apparence afin de révéler l’identité profonde ? Masquer est-il un moyen parmi tant d’autres ou une solution unique ? Voir rend-il aveugle ? Cette métamorphose est-elle une façon de devenir ce que l’on est vraiment ? En portant un masque révélateur qui permettrait de faire tomber le masque invisible que l’on porte et qui cache la véritable personnalité ?

Pour ma part j’ai choisi de cacher l’apparence, les traits physiques, pour mieux en révéler une autre. Je propose une solution, et par ce biais j’évoque une nouvelle façon de la dévoiler. Le masque est un moyen parmi d’autres, je pense par exemple que le costume, la danse, l’empreinte, l’art, sont aussi de très bons moyens de révéler notre identité, notre personnalité.

Le masque s’écoule, il n’est pas figé, c’est comme s’il glissait et un jour allait disparaître. Cette idée de mouvement est aussi très importante. Ce n’est pas juste un masque fixe qui impose la face cachée du Moi, il pourrait très bien se transformer en un autre animal, si jamais la personne change d’humeur, évolue. Voyez vous-même les expressions qui existent « malin comme un singe » « rusé comme un renard » « bête comme une oie» , je n’ai rien inventé.  Le masque ne vous rend pas aveugle mais plus clairvoyant vis-à-vis des gens. Sans avoir à vous montrer vous devenez réellement vous-même vu que personne ne vous reconnaîtra par la suite. Les gens face à vous ne vous jugeront donc sur aucun critère physique mais plutôt sur votre esprit, votre caractère etc… Vous serez donc plus à même de les connaître, et alors s’ils sont masqués ! Là ! C’est parfait.

Pourrait-on faire un lien entre les mythes et ce masque que tu effaces ? Comme une forme, un “ectoplasme” qui viendrait se surajouter à la réalité pour la déformer ? L’animal agissant alors à la façon d’une gomme à déconstruire ?

Il n’y a pas de lien entre l’effacement dans mes peintures et les mythes. Je travaille avant tout sur l’hybridation : du corps, de l’animal, du document… Les mythes et le masque tout comme l’anatomie me permettent de développer cette thématique. Chaque artiste a sa vision des choses et de la réalité, pour ma part je ne travaille pas sur la déformation de celle-ci, j’en montre juste une interprétation personnelle. L’animal à une place à part entière dans mon travail, il m’inspire et permet de développer mon vocabulaire artistique.

La question de l’anatomie, de la même façon revient souvent : Est-ce une façon de parler de la vulnérabilité du corps ?

Dans mon travail sur l’anatomie je ne traite pas la vulnérabilité du corps. C’est un travail que j’ai réalisé pour mon diplôme de fin d’année, je questionnais le rapport à l’image de l’intérieur du corps. Comment je le voyais, qu’il m’apparaissait, j’ai développé ma propre interprétation du corps.

Quels sont tes projets ?

J’aimerais continuer à développer ma thématique sur les mythes. Revenant d’un voyage au Canada où j’ai pu m’intéresser à l’art Haïda,  je souhaiterais commencer une série de nouvelles sculptures en rapport avec les mythes Haïda !  Ensuite je verrai …

charlottecaron.fr

Propos recueillis par CocoVonGollum

Share on FacebookTweet about this on TwitterEmail to someonePrint this page

Articles reliés