Thomas Lélu

Art - 7 juin 2016

“Un élu, c’est un homme que le doigt de Dieu coince contre un mur.”

Jean-Paul Sartre. Le Diable et le bon Dieu, 1951.

Perturbateur, provocateur récidiviste Thomas Lélu est aussi plasticien, photographe, romancier et directeur artistique. En 2008, il fut d’ailleurs le DA du légendaire magazine playboy.
Agitateur hyperactif, il s’amuse, déstabilise par ses espiègleries mais ne laisse personne indifférent. Tournant tout en dérision avec une désinvolture affichée, ses “super positions” agacent, horripilent ou déclenchent les rires de ceux qui, dotés d’un sens de l’humour, se laissent aller à cette délirante superficialité narguant l’intellectualisme ou à l’inverse le féminisme de celle(s) capable(s) de comparer le corps d’une femme à un it-bag.
À l’occasion de l’exposition Overlaps chez Hunting and Collecting du 19 mai au 9 juin 2016, Thomas Lélu s’associe à l’Atelier Relief pour créer et présenter deux œuvres : « James Stewart » et « Vivian Leigh ».
Entretien

Lélu est-il une prédestination ou une création ?

(rires) c’est mon vrai nom…

Vous êtes artiste plasticien, photographe, romancier et directeur artistique. Doit-on vous décrire comme un artiste aux 1000 vies ou aux 1000 tours dans son sac ?

1000 vies ça me plaît bien, disons que je suis curieux de nature

Dans les images que vous choisissez de travailler, il semble y avoir une fascination pour l’esthétique des années 60/70. Vous avez par ailleurs également été directeur artistique du magazine playboy : s’agit-il de nostalgie, d’une raison purement plastique ou donnez vous à cette imagerie une fonction ?

Je suis très sensible à cette période où on ne retouchait pas les photos ou les gens étaient de vrais gens avec des rides et des poils.

Est-il plus difficile de se faire entendre à l’heure du politiquement correct ?

Ce qui est plus difficile c’est de se faire entendre à l’heure où tout le monde a la possibilité de parler

Les différents signes que vous utilisez sur les parties les plus chargées en sens d’une image ont-ils pour but de recouvrir, d’habiller ou au contraire de dévoiler ?

Les trois mon général !

En même temps, quelle peut encore être, aujourd’hui, la force critique du ready-made ?

Aucune. Je ne crois plus à la critique dans l’art.

Vous utilisez le corps de la femme parfois de façon violente. Les mots aussi mais toujours avec beaucoup d’humour. Cet attrait pour la provocation, l’esprit et l’ironie sont-ils des réminiscences punks ?

Clairement, je n’aime pas ce qui est tiède.

Lors de votre exposition “Tendre Violence” vous avez exposé des capots de voitures avec des photographies de femmes nues. Il y a fusion entre l’image d’une femme idéalisée qui subit les affres des mythes la conditionnant, et une machine. Que faut-il comprendre ? S’agit-il d’une tendance à objetiser l’image de la femme, à lui donner le statut de jouet aux mains des hommes comme on pourrait le faire d’un “bolide” ou est-ce une métaphore de la gouvernance de soi qu’avaient les femmes qui contrôlaient leur sexualité à l’heure de l’émancipation dans les années 70 ? L’ont-elles perdue ? Est-ce une invitation à y retourner ?

Il y a plusieurs choses, tout d’abord l’objet capot qui devient à la fois cadre et volume d’une image et aussi la suprématie de l’image sur l’objet. Mon projet était un projet de sculpteur ou comment mettre l’image en volume et sur quel objet ? J’aurais pu mettre n’importe quelle autre image sur ces capots mais ça ne marchait pas avec un coucher de soleil ni avec un mec à poil.

Votre démarche varie-t-elle selon le genre (masculin féminin) de votre sujet ?

Oui j’ai aussi fait beaucoup d’images avec des hommes habillés ou nus mais bizarrement elles ne se vendent pas.

Selon l’adage, l’artiste se doit, dans notre société, de “cacher ce sein que je ne saurais voir”. Le fantasme force-t-il selon vous le questionnement ?

Il force surtout le désir

S’agit-il d’une matérialisation de la censure ?

Pas du tout, c’est une matérialisation de la caresse

thomaslelu.com
huntingandcollecting.com
atelier-relief.com


Propos recueillis par Crapaud Mademoiselle

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