Julien Bouchard

Musique - 6 avril 2016

DIY créatif

Julien Bouchard, ex-membre de Coco Business Plan, est l’auteur délicat d’un album qu’il a fait comme un grand, chez lui. Ambiance guitares cinglantes et pop inspirée. Songs From La Chambre, parce que c’est son nom, est le DIY tendance élégance musicale.
Signé par Hot Puma Records, label belge, il explique pour TENTEN sa démarche et ses inspirations. Entretien.

Qui es-tu, néo-soliste ? D’où vient Julien Bouchard, et comment a-t-il eu l’idée de se lancer seul après Coco Business Plan ou (The) Silent Days ?

Je suis un petit gars mal rasé qui habite dans une belle petite ville du Nord-Est de la France nommée Epinal ! L’idée de me lancer seul m’est venue il y a presque 3 ans. On venait de finir un album avec Coco Business Plan et j’avais déjà cette idée en tête depuis un moment, mais ce qui  m’a vraiment fait franchir le cap c’est l’envie de réaliser tout moi-même. Je trainais avec des potes musiciens qui faisaient des enregistrements chez eux, ce qui m’a permis de voir qu’on pouvait faire du bon travail sans pour autant avoir d’énormes connaissances techniques. Alors, je me suis dit « go »!

Tu sors un album homemade, « Songs from La Chambre », dans lequel tu fais notamment apparaître tes amis, ta famille. Où as-tu puisé l’inspiration, et quelle touche as-tu souhaité apporter en faisant de cet album une œuvre intrinsèquement artisanale ?

L’inspiration vient de mes émotions, j’écris un peu tout le temps, les mélodies arrivent de façon inconsciente ou en y travaillant, ça dépend… Je traite des relations humaines, de ce qui m’angoisse ou me rend heureux… Je voulais un album le plus personnel possible et le DIY me permet de contrôler tout le processus créatif, ce qui rend l’album plus riche que si j’avais écrit des chansons dans le but d’aller en studio.

Quel regard portes-tu sur ta musique dans les cadres actuels ? Quels sont tes coups de cœur pop ou rock de la scène contemporaine ?

Je pense être un peu marginal par rapport aux cadres de la musique actuelle, ça ne me dérange pas ni ne m’empêche d’évoluer. Le gros coup de cœur récent pour moi c’est Kurt Vile. Ça fait plusieurs années que je l’écoute mais j’ai commencé à vraiment l’apprécier il y a peu. Je le trouve brillant dans le sens où il synthétise énormément de choses que j’aime dans la musique avec une vraie personnalité, une chouette voix et un super toucher de guitare. Quel talent !

En France il y’a plein d’artistes que j’aime écouter comme Bertrand Belin ou The feeling of love pour ne citer qu’eux. Quelquefois j’écoute aussi la même chanson en boucle pendant une durée qui frôle la démesure… La dernière, c’était Romanticise de Chela.

Tu parles souvent de tes inspirations, Nirvana ou Sonic Youth, plutôt rock. Pourquoi la pop musicale et mélodieuse comme champ d’expérimentation, alors que tu t’ancres dans un héritage plus mouvementé ?

Cette pop mélodieuse, comme tu dis, je la pratique car instinctivement c’est le langage qui vient le plus naturellement et directement à moi. Il faut dire que j’écoute plus ce genre de choses que Nirvana et Sonic Youth maintenant …
Mais ce sont eux qui m’ont donné envie de faire de la musique et ça m’a marqué à vie je pense… Je les ai découverts à treize ou quatorze ans, et Sonic Youth m’a suivi toute ma vie, le groupe ayant eu une discographie beaucoup plus importante que celle de Nirvana .J’écoute toujours ce que font les membres aujourd’hui ; j’adore les deux derniers disques de Lee Ranaldo. S Y m’a ouvert beaucoup de portes et il y a tellement de façons différentes d’être imprégné de leur musique qu’en frottant une guitare qui larsen très fort contre un ampli …

Tu es devenu soliste, mais tu as commencé en tant que membre de collectifs. Te considères-tu présentement comme un artiste uniquement solo, ou tes collaborations vont-elles devenir une partie inhérente à ta démarche ?

Je vais collaborer aux projets de mes potes, les accompagner aussi en concert, refaire un disque avec Coco Business Plan, mais pas tout de suite… Bref, mes collaborations vont bel et bien faire entièrement partie de ma démarche

Je ne peux m’empêcher une question plus actuelle… Quel est le rôle de ta musique, de tes mélodies, pour toi et ta famille, et plus largement, pour le monde actuel, sombre et nouveau ?

Pour moi la musique est un besoin. La faire et la partager sont deux choses précieuses et je m’en rends d’autant plus compte dans ce monde pré-apocalyptique. On me dit souvent que mes mélodies sont ensoleillées mais je ne trouve pas spécialement…

Quel est ton programme pour les mois de promotion de « Songs from La Chambre » ?

On va bien voir, je suis très content que ce disque sorte et j’aimerais le défendre dans les meilleures conditions possibles.

Le DoIY devient ta marque de fabrique, une dimension à part entière de ton processus artistique. Quelles pistes investigues-tu pour évoluer dans cette démarche ?

N’avoir aucune contrainte liée à un groupe ou à la restriction de temps est la base. De là, je peux partir et développer ce que je souhaite, essayer autant de choses que je veux, je m’amuse et je prends toujours du plaisir à le faire. Comme je n’avais pas énormément de matériel, j’ai dû bricoler avec peu de moyen et j’ai adoré faire ça. Poursuivre en ce sens  me paraît être une bonne voie.

Allez, encore une question un peu actuelle, quelle place occupait le grand David Bowie dans tes inspirations ? Je ressens une forte influence dans ta manière de faire de la musique ; était-ce un chanteur qui t’a influencé ? Et, plus largement et peut-être plus philosophiquement, as-tu des idoles ?

Bowie était juste un monument et ne pas être influencé par son travail directement ou indirectement est peu probable. Il y a beaucoup de gens que j’admire, que j’adore ou les deux à la fois : Elvis Costello, Louis CK, ma fille, mes amis, Jay Mascis, Paul McCartney, Pierre Rabhi, la Beat Generation, et quelques autres…

TENTEN est un magazine de musique, de peinture, de photo… C’est un magazine d’art. Alors, clôturons par une question beaucoup plus large : selon toi, quel rôle joue l’art dans la société dématérialisée qui est la nôtre ?

L’art se démocratise encore plus de nos jours et c’est une bonne chose. Comme dans toutes les époques il a y des points positifs et négatifs, je pense qu’il devient plus accessible et qu’il joue avec cette dématérialisation.

facebook.com/julienbouchardofficiel
hotpumarecords.com

Propos recueillis par Charles Shinaski

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