Catherine Grasser

Design - 10 novembre 2016

La designer qui écoutait chanter les matières

Catherine Grasser, designer Belge, construit des devenirs. Parfumée d’une aura blanche immaculée, elle écoute, sent, regarde les matières vivre et titiller les tensions de la ligne par un désir furtif. Ses créations, qu’elle anime d’une liberté éthérique, convoquent tous les sens et se chargent, avec le temps, d’une patine de mémoire intime.

L’objet retourne à l’essentiel, il se livre au quotidien et frictionne les possibles par un questionnement presque métamorphique.

Pourriez-vous nous parler de votre parcours ?

Un parcours scolaire consacré aux Arts plastiques, qui me dirigeront vers la restauration d’objets d’art (spécialisation verre et céramique). Une passion pour les matériaux, et leurs textures sera le fil conducteur. J’ai toujours aimé les ateliers.

Mon père était métallurgiste, mon compagnon est ébéniste (nous collaborons régulièrement sur divers projets), et l’ensemble de mes études s’est déroulé dans les ateliers, de peinture d’abord puis de restauration d’objets d’art par la suite.

Dans chacun d’entre eux, on retrouve un univers particulier. Parfums, sonorités, outillage… Tous procurent un sentiment de liberté à la création.

Le design a-t-il été une évidence ?

Je dirai plutôt une forme de langage, pas une fin en soi.

Quelles sont vos influences ?

C’est un vaste thème ! Il s’agit d’une énergie, d’un sentiment transmis par l’art, le cinéma, la musique, la mode… D’un point de vue artistique, Mathias Kiss est incontournable. Il réinvente les codes et j’adore cela ! Anish Kapoor, Olafur Eliasson, Alex Israel sont autant d’artistes contemporains qui ne peuvent laisser insensible. Gainsbourg transperce, inclassable ! Toujours fan des films de Scorsese, Tarantino,et De Palma… L’architecture me fera citer Mies van der Rohe, Zaha Hadid, Oscar Niemeyer et Calatrava. J’aime les tempéraments anticonformistes, sincères, vrais.

Avez-vous un leitmotiv, un fil conducteur ou une thématique qui lie vos créations ?

Liberté. Celle de créer ce qui me plait, et celle de l’utilisateur qui réinterprètera la fonction de l’objet, lui conférant ainsi sa propre histoire.

Comment définiriez-vous vos créations ?

Libres, graphiques, minimales, invitant au toucher. Chacune d’entre elles est réalisée en atelier par des artisans. Il est à mes yeux essentiel de connaître l’ensemble du processus de fabrication.

Comment débute la forme ?

Toujours sur papier. J’aime cette liberté qui est offerte par les choses simples. Un crayon, une feuille, et tout est possible !

Quelle importance donnez-vous à la fonction ? Est-elle secondaire à la forme ou inversement ?

Elles sont intimement liées. La forme procure la liberté d’utilisation.

Comment les matériaux sont-ils choisis ? Le temps fait-il lui aussi partie des matériaux ?

Le choix des matériaux est primordial. Le bois, le verre, le métal, les tissus…offrent une patine dans le temps. Les objets se livrent ainsi tels des journaux intimes.

Toutes vos créations sont blanches et épurées. Que représente ou ne représente pas le blanc pour vous ? Est-il chargé d’une symbolique ou telle une page vierge, vient-il offrir la place à une nouvelle histoire ?

C’est une relation physique, instinctive. Il représente l’ouverture de tous les possibles. Il interroge, apaise, crée la réflexion et invite au toucher. Incontournable.

Le blanc, pourrait-il être chez vous un synonyme de liberté ?

Totalement ! Chacun peut se l’approprier et le faire évoluer. Il est sans fin!

“Less is more” selon la formule emblématique de Mies van der Rohe justement. Finalement, la simplicité n’est-elle pas plus difficile à atteindre que la complexité ?

Tout est relatif, c’est aussi un retour à l’essentiel, à la ligne, au dessin. S’amuser des pleins et des vides. J’aime ce sentiment de passer au travers de l’objet.

Bliss est une balançoire d’intérieur. Symbolise-t-elle quelque chose ? Qu’est-ce qui a présidé à l’envie de créer cette balançoire ?

Une envie de prolonger l’été. Elle invite au voyage et à la liberté. J’aime le soleil, la chaleur, et le côté désinvolte que l’on ressent à cette saison. C’est une manière d’en interpréter les codes et d’en jouer.

Comment choisissez-vous les titres, à quel moment ?

Durant la conception, lorsque la forme se précise, un sentiment s’impose. C’est toujours très instinctif.

C’est indéfinissable mais il y a une notion de désir derrière vos créations. Peut-être est-ce dû au traitement homogène des images toutes blanches, presque effacées, qui provoque un sentiment d’apparition ou de paradis intime. Comment l’analysez-vous ?

D’abord merci ! J’aime le côté sensuel du blanc. Il invite à voir au delà des formes. Il nous conduit à développer d’autres sens. Toucher le métal, le bois, un coton ou une soie… provoque des émotions différentes. Écouter la sonorité que provoque les matériaux, le bruissement des tissus… c’est infini !

L’image en fait partie, elle suggère et transcende cette idée.

Y a-t-il un projet qui vous fasse rêver ?

Oui, de parcourir le monde.

Aller à la rencontre des artisans traditionnels et collaborer à des projets communs.

Quels sont vos projets ?

Rester libre de mes créations.
Travailler tant sur des projets artistiques, pièces uniques et à la réalisation d’objets et mobiliers en petite série.

catherinegrasser.com

Propos recueillis par CocoVonGollum

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