Henrik Hakansson

Art - 21 avril 2016

De la fluctuation de la réalité

Henrik Håkansson est un chercheur d’art, perpétuellement aux confins d’un romantisme à l’exhortation naturaliste, de la quête explicative des corrélations esthétiques et du répertoire phytologique. Ses interventions sont autant de rêveries à l’adresse d’un observateur sollicité par l’artiste pour l’emmener aux questionnements fondamentaux de l’état de nature.
Dans le cadre de la Nuit Blanche à Monaco, Håkansson présente une œuvre mélodieuse et visuelle aux interrogations ataviques, et reçoit par la même occasion TENTEN.

Pourriez-vous nous parler de vous, de votre parcours ? Comment êtes-vous arrivé à étudier la nature ? Quels sont les questionnements qui vous animent ? Comment parleriez-vous de votre démarche ?

Il y a beaucoup de questions auxquelles j’aimerais répondre, mais celles concernant notre existence dans cet univers restent un mystère. C’est peut-être cet aspect qui pousse le processus créatif à observer davantage, et à refléter les lectures personnelles sur l’évolution perpétuelle de l’environnement.
En ce qui concerne nos mondes naturels, comme vous, j’y suis né. Nous en sommes tous une fraction, de notre naissance à notre mort, voire même spirituellement, comme une partie d’un chemin infini.
Si je me penche sur la genèse de mes directions artistiques actuelles, je dirais que celles-ci débutèrent avec l’observation d’un Sphinx du troène s’extirpant de son enveloppe larvaire quand j’avais quatre ans. Par la suite, j’ai assisté à la renaissance d’un bousier gelé dans la glace pendant un temps indéterminé. C’est confronté à la différence d’état entre vie et mort et le dessein que ce questionnement recèle que j’ai débuté mon processus réflexif, comme pour comprendre les aspects sociaux et politiques d’une société, envisager la culture de la nature, tout en préservant le mystère et les standards de beauté de notre environnement biologique.

Travaillez-vous avec des scientifiques ? Vous considérez-vous, par ailleurs, comme tel ?

Je ne suis pas à proprement parler un scientifique. Je suis un chercheur, un maillon de la science. Je collabore parfois, en effet, avec des scientifiques, et j’en recherche toujours d’autres.

Dans vos vidéos, vous observez  des écosystèmes et des microcosmes naturels en les reproduisant par l’intermédiaire de dispositifs vidéographiques.

Oui, les images photographiques, ou celles séquencées en vidéos sont à la base de nombre de mes travaux, comme “THE END”, la performance projetée à Monaco. La possibilité de recréer le battement d’une aile de mouche ou de papillon, de le refléter par la technique, ouvre la voie à d’autres lectures, d’autres compréhensions.

La Nature, souvent employée au cinéma pour sa fonction narrative, devient-elle au contraire dans votre travail un objet de monstration ?

La Nature est difficilement objectivable, en cela qu’elle est vaste à comprendre et définir. C’est un mot qui pourrait être utilisé pour définir un état présent ou futur, permettant de caractériser une chose ; un terme trop ample pour en faire un objet. Dans cette acceptation, les mondes naturels et notre environnement, ne sont pas des objets, mais une vision narrative, et, en tant que telle, la scène et le personnage principal de la vision du spectateur.  

N’y a-t-il pas une forme de supplice dans cette nature à l’arrêt ?

L’immobilité est engendrée par des sources électriques similaires, en mouvement l’une vers l’autre, générant une charge, ce qui exclut l’immobilité de mouvement, mais induit une immobilité de perception, représentée par l’œuvre d’art à laquelle le spectateur n’astreindrait aucune réflexion. La mort est un état alternatif d’immobilité musculaire, mais n’est pas un arrêt en soit, en cela que le processus organique et de décomposition est toujours en action. Je trouve que cette nature n’est pas à l’arrêt, mais dans un changement constant, dans une progression constante perceptible sous un angle spécifique.

L’équilibre permet-il d’arrêter le mouvement ou, au contraire, se trouve-t-il dans un mouvement perpétuel ?

La réflexion est le procédé le plus laborieux à créer, pas l’équilibre, mais au contraire la potentialité de réfléchir sur ce qui vient de se produire ; la vision comme reflet de la poésie du mouvement. Retour vers le futur, avance rapide à rembobiner et à jouer à nouveau.

La reconstitution d’espaces naturels ne tend-elle pas à prouver que la technologie, face à la nature, n’est qu’une illusion ?

Dans cette perspective, la véritable question est : qu’est-ce que la réalité ?

L’homme, enfermé dans un système avec un début et une fin, porte en lui sa propre destruction. Ne cherche-t-il constamment pas à enfermer la nature dans ce rapport au temps ?

Peut-être que l’intérêt de mes interventions réside dans la relation entre le temps, l’espace et le mouvement qui a lieu dans ces contraintes, tandis que l’humanité ne recherche qu’à comprendre dans les limites induites par son environnement direct.  

Dans “THE END”, “histoire” de la vie de la mouche, un cycle dans le trouble d’une infinité de cycles, la musique vient-elle donner de la démesure à ce drame ? Généralement, quelle fonction donnez-vous à la musique ?

La musique revêt une importance cruciale dans l’ensemble de mon œuvre. L’apport de ma production réside dans l’intrication de musiques composées et de chansons (comme Oiseaux, Baleines et Insectes) qui ne seraient que la source de toute communication. Le Son de la Musique joue, dans mon travail, une fonction de repère culturel et social. Ce n’est que l’orchestration de différents signaux comme base de la communication, tandis que sa perception n’est pas toujours claire.
Pour “THE END”, présentée à Monaco, toute la performance est imaginée autour de la quête pour la création et l’enregistrement d’une bande originale parfaite, synchronisée et intense, selon une échelle pensée par John Coxon. L’évolution de la partition est toujours incertaine, et son adaptation en fonction des musiciens, du lieu et des spectateurs génère cette dimension vivante, et autorise l’erreur. Le film a une certaine durée, et une apogée. La musique, elle, est fixe, et peut s’adapter à toute question du spectateur en rapport avec ce film.
Pour résumer, je vais me référer à une citation de René Descartes, dans son Compendium Musicae : “L’objet de cet art est un son. Sa fin est de plaire, et d’émouvoir en nous des passions variées”.

Quels sont vos projets ?

Les essaims et les Métamorphoses du Chaos.

henrikhakansson.com
nuitblanche.mc

Propos recueillis par CocoVonGollum
Texte et traduction Charles Shinaski

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