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Ian Davenport "Colorfall"

Art - 24 septembre 2015

Colour sculptor

Ian Davenport, le plus jeune artiste nominé au Turner Prize en 1991, est également l’un des protagonistes à l’origine des “Young British Artists” avec Damien Hirst, Sarah Lucas, Michael Landy…
Avec la précision de l’aléatoire, il explore la coulure, cette trace colorée qui témoigne de la gravité. Dans un acte performatif, il écrit avec virtuosité les pas d’un ballet acrylique : les lignes, les coulures, les nuances s’interpénètrent comme des empreintes de la force d’attraction tout en conservant l’identité propre de chaque couleur.
La peinture échappe à la toile et devient le matériau du sculpteur.

Pourriez-vous nous parler de la naissance des “Young British Artists” ? Comment ce mouvement est-il né ?

Mon éducation artistique a réellement débuté au « Goldsmiths College » à Londres. C’est là que j’ai rencontré un certain nombre de professeurs très intéressants tels que Michael Craig-Martin,John Thompson et Tony Carter.
Je ne crois pas que l’on puisse apprendre aux gens à faire de l’art mais on peut les initier à un regard différent sur les choses et à devenir plus sensible.
On nous encourageait à devenir indépendants dans notre manière de penser.
Parmi les étudiants se trouvaient : Damien Hirst, Gary Hume, Michael Landy, Fiona Rae et Sarah Lucas.
Après l’université, Damien Hirst a organisé une exposition collective intitulée « Freeze » qui a été considérée comme la première exposition de la nouvelle génération émergente d’artistes. Il n’y avait pas d’esthétique partagée à proprement parler mais il y avait un esprit de générosité et beaucoup d’énergie.

Quel(s) procédé(s) utilisez-vous pour réaliser vos peintures ? Pourquoi le choix de la peinture brillante ?

J’utilise toutes sortes de techniques et de matériaux pour mon travail. Je voulais remettre en question les bases prédéfinies de la peinture : pourquoi utiliser un pinceau, pourquoi utiliser de l’acrylique ou des huiles sur toile ?
Déverser, laisser couler, souffler de la peinture sont des moyens géniaux pour explorer le matériau plus largement, expérimenter et s’amuser.
Au début de ma carrière, j’ai commencé par utiliser les peintures à usage domestique en grande partie parce que c’était moins cher et que je pouvais de ce fait en acheter de grandes quantités ! Cette peinture est très brillante et a un excellent pouvoir réfléchissant, similaire à une laque ou à une nouvelle voiture très brillante.

Les titres sont le nom de la couleur dominante : comment choisissez-vous et combinez-vous les couleurs ?

La couleur est tellement importante dans l’histoire de l’art et de la peinture qu’elle reste difficile à évaluer, à cerner, elle est aussi sensuelle et expressive.
Je suis plus attiré par son côté séducteur que par son côté scientifique. Au fil des années, j’ai préféré travailler avec la couleur en intégrant ces qualités.
Dans mes travaux plus anciens, j’ai expérimenté les valeurs de la couleur ainsi que leurs influences réciproques. Plus récemment, j’ai commencé à analyser les couleurs d’autres œuvres, quelquefois d’œuvres historiques ou même de bandes dessinées telles que les Simpsons. D’abord, je fais un certain nombre d’études de couleurs approximatives de manière assez intuitive et, à partir de cela, je mets en scène des teintes pour former une plus large séquence qui va servir de base à une nouvelle peinture.
Ce n’est pas une approche inébranlable : par exemple, en scannant simplement une œuvre de Vincent van Gogh à l’aide d’un scanner haute résolution, je peux choisir des couleurs en les déplaçant dans le champ de la peinture. Le travail fini m’appartient totalement mais pourtant l’œuvre de référence subsiste toujours, et peut-être est-ce même ce qui me surprend le plus dans ma conception du choix des couleurs.

Pourriez-vous nous expliquer le terme de “Puddle Painting” ?

Mes “Puddle Painting” ont évolué à partir d’une série précédente où les lignes de peinture avaient été soigneusement coulées à l’aide d’une seringue. Quand les couleurs se sont accumulées au sol, cela a créé de très intéressantes flaques colorées. J’ai trouvé que cela contrastait dynamiquement avec les coulures, plus rigides, plus contrôlées.
Donc l’idée (et par conséquent le titre) est née !
L’idée est très simple comme c’est souvent le cas, mais cela a pris beaucoup de temps pour travailler l’aspect technique.
En utilisant la seringue, je peux contrôler le flux à un tel degré que je peux entièrement me concentrer sur l’aspect des couleurs.
Bien que les lignes aient l’air très nettes, même de très près, elles se mélangent les unes aux autres et fusionnent à intervalles réguliers.
Modifier l’angle de travail va changer la largeur de la ligne, et, dans certaines œuvres, je laisse de plus larges surfaces se mélanger et s’accumuler pour obtenir des compositions différentes. C’est la tension entre la précision et le flou qui intrigue. Je ne donne aucun sens précis à aucune de mes œuvres afin de laisser le public s’en faire sa propre idée.
Une des raisons pour lesquelles j’aime la peinture abstraite, c’est parce que je peux explorer de multiples significations et idées à l’intérieur d’une forme visuelle claire.
C’est ma manière d’explorer le monde.

Si le processus est, au même titre qu’un pinceau, un outil, quel est le but de la peinture ? La peinture sortie de son rôle classique devient une forme à manipuler, à sculpter. Avec ce processus, ne pourrait-on pas vous qualifier de sculpteur de la peinture ?

C’est une question intéressante. Le terme «  sculpteur de couleurs » reflète exactement ce que je ressens à propos de mon travail. Je suis plus à l’aise lorsque j’explore la peinture comme un matériau et lorsque j’étais étudiant, je travaillais dans la section sculpture.

Vous jouez de la batterie il me semble ? Avez-vous créé un parallèle entre le rythme musical et vos œuvres ?

Je joue des percussions, de la guitare et je suis pour l’instant des cours de chant (après une série de plaintes venant de ma femme!). De tout temps, la musique a été importante pour moi et je pense que mon travail a un dessin rythmique très fort.
Dans l’histoire de la peinture abstraite, des connexions ont souvent été faites entre la musique et la couleur, presque au point d’en devenir un cliché. Je pense que le fait de jouer d’un instrument a consolidé les liens entre la musique et l’art et qu’il y a un rythme fort, pulsant à travers mes peintures.

Considérez-vous, dans vos œuvres, la pesanteur comme le dernier lien avec le réel ?

La gravité est une des forces externes les plus importantes dans nos vies et pourtant rarement nous y pensons. Je suis fasciné par l’idée de l’orbite de la terre autour du soleil et celle des autres planètes. C’est fondamental pour nous, humains.
La gravité crée les empreintes dans mes peintures et utiliser cette gravité a été un tournant crucial dans ma carrière.
J’étais en train de peindre des pots de peinture dans mon studio et j’ai laissé la peinture dégouliner le long de la toile, imitant le débordement de ces pots. Pendant un certain temps, la peinture s’écoula au goutte-à-goutte, j’ai alors réalisé que ce qui m’intéressait, c’était les coulures et la manière avec laquelle la gravité influait sur ces coulures.

Comment maîtrisez-vous le hasard ?

Je pensais que seulement Dieu contrôlait le hasard, pas moi.

Quels sont vos projets ?

L’année dernière, les  Éditions Thames and Hudson ont publié une monographie me concernant.
C’était l’opportunité de réévaluer ma carrière, analyser le chemin parcouru et, cela m’a permis de me rendre compte que certaines parties et séries de mon travail, terminées trop tôt, avaient beaucoup plus de potentiel. J’aimerais donc voir si je peux réorganiser mon studio pour que différentes séries coexistent en même temps.
J’ai également déménagé dans un lieu plus spacieux ce qui devrait m’aider beaucoup.
L’année prochaine, j’ai des évènements planifiés à Zurich, en Grande-Bretagne et à New York.

iandavenportstudio.com

Interview réalisée dans le cadre de l’exposition de Ian Davenport par la Galerie Flore au Hangar H18 à Brussels
Du 09 septembre au 03 octobre 2015

galerieflore.com

La Galerie Flore présente Ian Davenport
Exposition jusqu’au 03.10.2015

Hangar H18 • Place du Chatelain 18 • 1050 Bruxelles

En avant-première de la sortie en octobre 2015 de TenTen #2 • Free Collector’s Edition


Propos recueillis par Crapaud Mademoiselle
Traduction Mariane Denis

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