Pascal Smet

Culture - 23 février 2017

Les chroniques de Bruxelles Nouvelle – chapitre II

L’année 2017 s’annonce d’ores et déjà comme l’année de la mobilité pour la ville de Bruxelles, et, à plus grande échelle, pour de nombreuses villes européennes. Rénovation urbaine, projets de consolidation des communautés et des pouvoirs de mobilisation citoyenne, organisation d’évènements à la visée internationale ; nombreux sont les chantiers envisagés par les pouvoirs publics. Quelle est la vision bruxelloise de cette révolution urbaine ? C’est, en substance, la question centrale posée au Ministre bruxellois de la Mobilité et des Travaux publics, Pascal Smet. Entretien au long court pour ce nouvel opus de notre série d’interviews.

Bonne année, de la part de TENTEN, à toute l’équipe de Pascal Smet. Quels sont vos vœux, pas uniquement pour la mobilité douce, mais pour les Bruxellois en général ?

Vous le savez, 2016 a été une année difficile pour la Mobilité et pour Bruxelles. Pour 2017, je souhaite que Bruxelles puisse à nouveau rayonner. Notre Région regorge de créativité et d’ambition. Trop souvent, elle est bashée par ceux qui n’aiment pas la ville ou par des habitants. J’espère par mon action et mes prises de paroles contribuer à faire aimer notre Région. Notre ville a besoin d’amour, les Bruxellois, les Wallons, les Flamands, les touristes doivent se mettre à aimer Bruxelles. Changer et améliorer notre ville, c’est la raison de mon engagement politique qui date d’il y a 20 ans. Nous y parvenons. C’est lent, mais le changement est en route. Vous le savez, voir les chiffres du nombre de cyclistes augmenter de 30% en 12 mois, c’est très encourageant. Nous sommes à une charnière. Les gens sont prêts à changer leurs habitudes. Nous devons les accompagner et leur proposer des pistes de changement. C’est ce que nous faisons en construisant des pistes cyclables séparées, en investissement 5,2 milliards d’investissements dans les transports en commun ou en réaménageant la chaussée d’Ixelles, la porte de Ninove et la place Madou. Je souhaite que 2017 soit l’année où le nouveau Bruxelles a commencé à être construit. Les Bruxellois y ont droit. Bruxelles vaut mieux que la situation actuelle.

On parle souvent, dans le cadre de la rénovation urbaine, de la cohésion entre les différents éléments de la mobilité douce. Comment peut-on envisager une bonne articulation entre les transports publics et la mobilité individuelle et privée, à vélo ou en voiture ?

Nous devons faire des choix. On ne peut pas tout le temps tout faire. Mais nous allons rééquilibrer. Toute la place à la voiture exclusivement ? c’est fini. Je veux être très clair. Nous allons redessiner les autoroutes urbaines pour les transformer en boulevard urbain. En y implantant des pistes cyclables séparées et sécurisées comme au boulevard Général Jacques ou à l’avenue Franklin Roosevelt. En y implantant aussi des nouvelles lignes de tram comme avenue de l’exposition universelle avec le tram 9 ou le boulevard de la Woluwe avec le tram 94. L’avenir, c’est le partage. De l’espace public mais aussi des moyens de transport. Nous sommes depuis quelques mois devenus la capitale du free-floating. Le partage de véhicule rend la possession d’une voiture ringarde. Nous allons à l’avenir mixer nos moyens de déplacement, en vélo, en transport en commun ou en voiture partagée. Mais chacun doit recevoir sa juste place, c’est à ça que nous travaillons.

En 2017, la voiture a-t-elle encore une place dans la ville ?

Bien évidemment ! La voiture a toute sa place en milieu urbain, je dirais même que c’est un mode de déplacement essentiel qui contribue à la vitalité d’une ville comme Bruxelles. Vous savez, on a tendance à me décrire comme un farouche opposant à la voiture, alors que je ne le suis pas du tout. Mon objectif principal est avant tout d’opérer un rééquilibrage entre les différents modes de déplacements urbains et de rendre les espaces publics aux Bruxellois. Si la voiture a toute sa place en ville, elle ne doit toutefois plus être reine dans l’espace public comme c’est le cas à l’heure actuelle. Il est donc essentiel de faire un usage plus intelligent de la voiture. d’encourager l’usage du vélo, veiller à des transports publics de meilleure qualité, plus rapides et abordables, opérer un réel shift pour rendre Bruxelles plus vivable, plus conviviale et tournée vers ses habitants.

Vous participez à l’organisation du nouveau salon vélo à Bruxelles, prévu pour la semaine de mobilité 2017. Quelle importance le cabinet de Pascal Smet accorde-t-il à de tels événements de cohésion des communautés cyclistes ?

L’organisation de ce salon vélo destiné au grand public est une étape très importante selon moi pour Bruxelles. Le fait que ce Salon prendra place à Tour & Taxis, dans un environnement urbain en pleine mutation, s’inscrit et reflète parfaitement la dynamique mise en place par la Région en matière de rééquilibrage de l’espace public et de shift de mobilité. Au-delà d’une vitrine pour les professionnels, je suis convaincu que ce salon sera un grand succès auprès des familles, des enfants et des jeunes qui découvriront que la pratique du vélo est loin d’être un fait mineur, mais une pratique partagée par de très nombreux bruxellois. Je ne doute pas un seul instant que ce nouveau salon contribuera à fédérer davantage le mouvement cycliste.  Et qui sait ? D’ici quelques années, Bruxelles sera peut-être plus connue pour son Salon du Vélo que pour celui de l’auto.

TENTEN est à la croisée des cultures, entre avenir et leçons du passé. Comment réussir à développer, dans un contexte urbain en pleine rénovation, les synergies entre les mondes de la mobilité et ceux de la culture ?

Aujourd’hui la force de changement et d’innovation c’est la communauté cycliste qui la porte. En développant une culture du vélo nous allons aussi grâce au vélo renforcer la culture. Ces deux mondes sont interconnectés et doivent répondre au même défi. Séduire un nouveau public. Pour ce faire, ils doivent pouvoir compter les uns sur les autres. C’est pour cela que je soutiens TENTEN car vous donner à penser, à réfléchir en nourrissant l’esprit. Le cycliste est sur son vélo, car un jour il s’est dit, comment faire être plus efficace, moins polluant et plus responsable ?  

On parle souvent, dans une vision plus pragmatique du vélo à Bruxelles, des nombreux vols constatés. Comment répondre à cette épineuse question de la sécurité, obstacle de taille pour développer une vraie communauté cycliste ?

Assurer la sécurité du matériel cycliste est un défi dans lequel la Région investit des moyens. Un plan de lutte contre le vol vélo a ainsi été mis en place cette année et toute une série d’actions concrètes sont ou seront prises prochainement pour lutter contre ce fléau. À côté de ce plan, la région alloue par ailleurs des subsides aux communes bruxelloises afin qu’elles équipent leurs territoires d’arceaux et de boxs vélos. Au niveau régional, l’ambition à terme est de développer un réseau d’espaces sécurisés pour le stationnement des vélos. Dans le cadre de la piétonnisation du centre-ville, il est par exemple prévu de créer deux grands parkings vélos de 400 places chacun dans les stations prémétro réaménagées de Bourse et de De Brouckère au centre-ville. J’admets qu’il reste néanmoins encore beaucoup de progrès à faire en la matière.

J’ai beaucoup lu votre propension à apprendre des retours d’expérience des villes européennes, des prises dans les bus de Göteborg aux leçons de Copenhague. Quelle est votre leçon européenne pour 2017 ?

Ma leçon européenne 2017 serait d’avoir pris conscience du potentiel de notre ville. Si Bruxelles est une  ville en mutation et à un tournant de son histoire,  notre région se doit d’être ambitieuse, innovante, durable et tournée vers l’avenir afin de relever les défis de mobilité et d’amélioration de l’espace public. Bruxelles regorge en effet de lieux à mettre en valeur, d’idées innovantes et créatives, de talents, de tout un potentiel sous-évalué dont il est temps d’activer et d’exploiter.

Vous avez prévu, entre autres, de rénover la place Schuman, véritable vitrine de la ville de Bruxelles en cela qu’elle est filmée très régulièrement. C’est une idée novatrice et dans l’air du temps, et pourtant, vous êtes confronté à une opposition politique conséquente. Pouvez-vous nous en dire plus ? Quelle est l’importance d’une VISION politique dans la rénovation urbaine ?

Le rond-point Schuman est comme vous l’indiquez un lieu symbolique dans l’espace public bruxellois. Si cet espace incarne par son nom et sa localisation l’identité européenne de Bruxelles, la place Schuman est toutefois loin d’être une place ou une vitrine pour ladite « capitale de l’Europe ». Nous avons ainsi décidé avec le Ministre-Président, Rudi Vervvort, de nous atteler à redonner son lustre et une identité forte à cet espace via le lancement d’un concours international d’architecture. Pour en faire une réelle place emblématique, nous avons décidé de libérer ce rond-point des voitures et d’en faire une véritable agora pour les citoyens Bruxellois, Belges, Européens et Internationaux. Le processus de sélection du projet final est en cours et la place devrait être réaménagée en 2019. Ce projet s’inscrit ainsi dans la vision que je poursuis de rééquilibrage de l’espace public et de mobilité qui vise à redonner la ville aux citoyens : « From a city for cars to a city for people ».

Pour ce qui est de l’opposition à mes projets, cela fait partie de la vie politique. On ne peut pas tous être d’accord et défendre les mêmes causes, les mêmes valeurs, la même vision de la société. La lutte et le combat politique, les différences de visions font partie intégrante des règles du jeu lorsque l’on s’engage en politique.

Enfin, et parce que vous avez bien parlé de vos ambitions pour 2017, mais que peut-on, nous, vous souhaiter pour cette année charnière ?

Je ne me souhaiterais que deux choses : D’une part, la santé. J’ai pu le constater il y a peu, et c’est vrai, il n’y a rien de plus précieux. Et d’autre part, la poursuite du mouvement urbain qui est en marche. Allons vers une ville où la qualité de l’air, les places publiques, des rues sûres et plus de vert ne constituent plus une utopie, mais bien la réalité…

pascalsmet.be

Propos recueillis par Charles Shinaski

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