Pascal Smet

Culture - 20 juillet 2016

Les chroniques de Bruxelles Nouvelle. Le changement, c’est maintenant !

Pascal Smet est le Ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargé de la Mobilité et des Travaux Publics. Mais c’est en tant qu’instigateur d’une mobilité nouvelle, celle d’une ville en transition, que M. Smet nous accorde cette chronique, nouveau rendez-vous récurrent de la revue TENTEN. Idéal d’un centre-ville moderne, en phase avec la cité de demain, Pascal Smet livre sa vision inspirée pour Bruxelles.

Monsieur le Ministre de la Mobilité et des Travaux Publics, pourquoi la mobilité est-elle si importante dans la rénovation urbaine, et que signifie-t-elle à l’aune du développement des « villes nouvelles » ?

Bruxelles est aujourd’hui une ville en pleine mutation et à un tournant de son histoire. Elle ne peut en effet plus échapper aux défis liés à la mobilité, à la revitalisation et à l’interconnexion entre les quartiers. Une meilleure mobilité constitue ainsi l’une des priorités absolues du Gouvernement bruxellois, car les embouteillages représentent non seulement une gigantesque perte de temps, mais entraînent également un grand coût économique et environnemental. Je suis ainsi très heureux que le gouvernement ait fait de la Mobilité une priorité pour les années à venir en décidant d’investir près de 5.2 milliards d’euros dans le développement des transports publics.  Néanmoins, il est important de ne pas oublier qu’une meilleure mobilité est avant tout un moyen de développement pour la ville et non pas un but en soi. J’attache ainsi une grande importance à ce que chaque réalisation opérée pour améliorer la mobilité améliore en parallèle l’espace public dans la ville. En créant de nouvelles lignes de trams et de métros et en aménageant les voiries, places et pistes cyclables, ce n’est pas seulement la mobilité qui s’améliorera à Bruxelles mais bien toute la ville. La mobilité sert ainsi à transformer et à donner un nouveau visage à Bruxelles.

Vous déclarez que Bruxelles « doit être la capitale des places et des parcs ». Que pensez-vous qu’il reste à accomplir pour y arriver ?

Je suis convaincu qu’une ville comme Bruxelles doit offrir davantage d’espace conviviaux et de rencontre à ses habitants. Concrètement ? Je veux aboutir à un nouvel équilibre : d’une ville pour les voitures à une ville pour tout le monde.Cela passe par un réaménagement complet et qualitatif des espaces publics et donc inévitablement une diminution de l’emprise de la voiture afin de libérer ses espaces pour les habitants et la mobilité douce. S’il existe des obstacles politiques et institutionnels qui freinent certains projets, je constate que les mentalités changent et que les bruxellois ne demandent qu’à se réapproprier la ville. J’en veux pour preuve un chiffre communiqué récemment : 7 bruxellois sur 10 se déclare en faveur du piétonnier au centre-ville alors que les médias n’ont cessé de faire du « Piétonnier Bashing ».  Le défunt viaduc Reyers et l’interdiction des boulevards du centre aux voitures, ne sont pour moi que le coup d’envoi d’un vaste mouvement où nous rendons la ville aux bruxellois et investissons dans la refonte de l’espace public.Avec l’arrivée de nouveaux espaces piétons à la place Schuman, à la Place Dumont à Stockel, à la Place du Miroir à Jette, à la Porte de Ninove, à Rogier ou encore à la chaussée d’Ixelles, le mouvement est en marche vers une autre Bruxelles. Une Bruxelles plus vivable, plus conviviale et tournée vers ses habitants.

Le vélo est une culture omniprésente, notamment dans les pays Nordiques. Pourquoi n’est-il pas plus ancré dans les mœurs bruxelloises ? Est-ce, selon vous, un déficit infrastructurel, une déficience de pédagogie citoyenne autour de la mobilité douce, ou plutôt une réticence de tout un chacun à modifier son comportement urbain ?

Comme vous l’indiquez, je pense qu’il existe plusieurs facteurs qui freinent les bruxellois à franchir le pas et se mettre en selle. S’il est indéniable que Bruxelles souffre d’un déficit important d’infrastructures cyclables, la raison principale qui explique qu’aujourd’hui seul 4% des bruxellois se déplacent à vélo est à trouver selon moi dans l’histoire des aménagements réalisés à Bruxelles dans le passé. Perçu comme un symbole de réussite et de modernité, la voiture s’est imposée dans la ville et a façonné le paysage urbain à partir des années 50/60. Avec le temps, l’usage de la voiture s’est ainsi lentement inscrite dans l’ADN des bruxellois. S’il est difficile de convaincre les gens de changer leurs habitudes et de les inciter à oser se déplacer en vélo, le changement est possible, j’en suis convaincu !

Comment qualifieriez-vous votre expérience personnelle de cycliste à Bruxelles ?

Si je devais qualifier mon expérience cycliste à Bruxelles en quelques mots, j’utiliserais les mots « liberté, plaisir et découverte ». Me déplacer en vélo dans Bruxelles me procure en effet beaucoup de plaisir. C’est une manière de voir la ville autrement. En vélo, j’ai à la fois sensation d’être en contact et en retrait de la ville. C’est étrange, non ? Habitant le centre-ville, prendre le vélo me permet non seulement de gagner du temps et d’éviter le trafic mais c’est aussi une manière de débuter ma journée en prenant le pouls de Bruxelles.

Je dois toutefois admettre que ce n’est pas facile tous les jours. Dû au manque d’infrastructures cyclistes, la cohabitation avec les automobilistes n’est pas toujours évidente. Heureusement, le Gouvernement bruxellois a adopté une politique ambitieuse en matière cyclable pour les prochaines années en visant la création de 80 km de nouvelles pistes cyclables en Région bruxelloise.  La création d’autoroutes cyclistes – à savoir des itinéraires cyclables séparés – va ainsi s’accélérer car c’est une priorité absolue du Gouvernement bruxellois.

« Le courage est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ». Vous semblez féru de cette citation de Jean Jaurès. Quel est votre idéal pour Bruxelles ?

Mon idéal pour Bruxelles ? Rendre cette ville à ses habitants et faire de Bruxelles une « City for People ». Je souhaite en effet que les bruxellois se réapproprient, aiment et soient fiers de leur ville.

Dans mon Bruxelles idéal, la mobilité est un droit pour tous. Cela signifie que nous devons encourager l’usage du vélo, devons veiller à des transports publics de meilleure qualité, plus rapides et abordables, mais aussi que nous devons faire un usage plus intelligent de la voiture. En d’autres termes, les piétons, les cyclistes, les transports publics et les voitures doivent partager l’espace public limité. Nous essayons de l’organiser le plus judicieusement possible afin que la mobilité et la qualité de vie de tous les Bruxellois s’améliore. Dans mon Bruxelles idéal, l’espace public doit également jouer un rôle central en favorisant la rencontre entre les gens et en encourageant au dialogue. L’accent doit ainsi être porté à l’amélioration de la qualité de vie et de l’air en ville via la création de places piétonnes, de parcs et de rues où l’art, le jeu et la musique retrouvent leur place. Une attention toute particulière doit également être portée à l’esthétique et à la qualité architecturale du bâti et des aménagements urbains. Dans mon Bruxelles idéal, Bruxelles rapproche et unit ses habitants.

Sans nous dévoiler l’intégralité de vos plans de modifications de l’espace urbain pour réaliser cet idéal, pourriez-vous nous donner quelques pistes de réalisations concrètes que vous planifiez dans le court, le moyen ou le long terme ? Nous y reviendrons bien évidemment dans le prochain numéro de TENTEN, mais pourriez-vous en faire un teaser ?

Après deux ans d’études et de planification, nous entrons maintenant dans la phase d’opérationnalisation et de concrétisation des projets ! Je m’en réjouis ! Concrètement, en terme d’aménagement de l’espace public, les travaux visant à créer un grand parc à la Porte de Ninove ont débuté et seront finalisés en 2019. La place du Miroir à Jette, la place Dumon à Stockel  et la place Rogier seront complètement réaménagées d’ici 2018,  des concours pour un lifting complet du rond-point Schuman et la revalorisation du tronçon Louise-Porte de Namur ont été lancés. Les chantiers de nouvelles lignes de tram (tram 9 et 94) et la refonte des espaces qui les bordent se poursuivent pour une fin de chantier en 2018. Enfin, le réaménagement de l’espace Madou/chaussée de Louvain ainsi que de la chaussée d’Ixelles sont entérinés.

Pour revenir sur le vélo, la création de nouvelles pistes cyclables séparées, rehaussées et sécurisées vont se multiplier dans les mois et années à venir en Région bruxelloise. De nouvelles pistes cyclables sur le boulevard Poincaré, le Boulevard Général Jacques, l’Avenue du Port, tout le long de l’Avenue Franklin Roosevelt mais également autour de la Petite ceinture et le long du boulevard de la Woluwe (prolongement du tram 94) verront le jour ou seront lancées durant cette législature. Des nouveaux parkings vélos sécurisés en nombre verront aussi prochainement le jour dans notre Région. Dans le cadre de la piétonisation du centre-ville,  il est par exemple prévu de créer deux grands parkings vélos dans les stations pré-métro réaménagées de Bourse et de De Brouckère au centre-ville.

Enfin, rien que pour vous, je peux vous annoncer qu’un grand projet se dessine au niveau de la Petite Ceinture. En parfaite concertation avec les communes concernées, nous souhaitons rendre une partie de cet axe aux modes de déplacement doux avec l’objectif d’attirer encore plus de cyclistes et en faire un marqueur visible du changement qui s’opère à Bruxelles.

pascalsmet.be

Propos recueillis par Charles Shinaski

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