Espace MOSS

Culture - 7 septembre 2016

Cheveux connectés

Chacun cherche son cheveu. C’est le destin moderne et urbain d’un élément central de notre image, auquel chacun apporte l’importance qu’il soumet à son apparence, une sorte de continuité assumée, porte-drapeau d’une appartenance. Pour ce faire, passage largement obligé, un coiffeur devra s’en charger.

Mais les discussions stériles bercées de lieux communs absurdes et vains face au miroir déformant de notre modification d’apparence ont fini d’éculer la motivation toute relative que de nombreux coiffés, dont je fais partie, conservaient à l’égard de l’institution de soins capillaires. Bref, il fallait renouveler ce rapport. Et c’est ce que propose Moussa Cheniguel, créateur de l’Espace Moss. Une coupe en live streaming sur internet, la discussion avec un artiste, lieu d’art hybride et conceptuel. Une manière de couper court avec les coiffeurs à la devanture sup’hair bien trouvée, pour donner un souffle nouveau au genre.

Expliquez-nous, en quelques mots, le concept de l’Espace Moss. Un coiffeur galerie?

L’Espace MOSS  est un lieu d’art hybride.

Un endroit où je m’applique seul à la coiffure en proposant chaque mois une rencontre avec un artiste. L’ensemble est rediffusé en live streaming continu sur internet.

Ce projet questionne les connexions entre coiffure et art, entre les personnes et les artistes de l’Espace MOSS: c’est ce qui forme son identité.

Comment en êtes-vous arrivé à développer le concept? D’où vous est venue l’idée d’allier bien-être, beauté, et art?

J’ai toujours été attiré par tout ce qui est hybride.

Tout a changé lorsque j’ai rencontré MUZAH, un tatoueur qui avait comme projet d’ouvrir un tattoo shop en Suisse. Il m’a proposé de partir avec lui. J’ai bien sûr dit oui de manière très spontanée, les yeux fermés mais une semaine par mois.

De là on a créé MUZAH & MOUSSA, tattoo et haircut.

Cette rencontre est l’une des plus belles que j’ai faites, si pas la plus belle. Les moments de création, recherche et toutes les rencontres que j’ai faites là-bas m’ont appris énormément.

Dans ce shop, on pouvait se faire tatouer, coiffer, il y avait aussi des concerts, expos. C’était beau de voir toutes ces rencontres et connexions se faire. Et, du coup, ça m’a beaucoup appris.Un an plus tard je rencontre l’espace moss…

Vous diffusez votre programmation, et vos coiffures, en live streaming sur internet. Comment ce média, relativement nouveau, permet-il de créer un lien avec le spectateur? Cela est-il un gage de proximité?

Au début je travaillais chez MUZAH & MOUSSA et aussi à l’Espace MOSS. Encore en période de création, j’ai eu l’idée de joindre les deux espaces en utilisant ce média. Afin que les rencontres, les connexions puissent se faire facilement entre la Suisse et Bruxelles. Plus tard, je me suis rendu compte qu’être en Suisse et à Bruxelles était très difficile physiquement pour moi. J’ai donc dû mettre le projet en Suisse en pause.

Mais l’idée du streaming et d’être continuellement en connexion me reste en tête. J’ai donc décidé que l’Espace MOSS serait toujours en live streaming sur internet afin d’être connecté facilement avec le monde et accessible au public

J’ai lu quelque part que vous ne proposez pas de miroir pendant la coupe avec vos clients. Une question de confiance? Ou la volonté d’avoir de vraies conversations avec vos coiffés?

Les vraies conversations se font avec ou sans miroir.

TV Buddha de Nam June Paik, m’a interrogé sur le miroir. Et j’ai commencé par faire des installations vidéos où je filmais les personnes assises se faisant coiffer sans pouvoir bouger et je les diffusais sur des écrans ou projecteurs. C’était très intéressant pour nous de voir à quel point on est attaché à notre image. Ce que l’autre voit, ce qu’on est, ou veut être.

Petit à petit, je me suis demandé pourquoi, au moment de se faire coiffer, on devait absolument se voir. Et en discutant je me suis dit qu’on avait du mal à lâcher prise. Toujours vouloir contrôler sans pour autant contrôler.

J’ai donc retiré miroir et instal vidéo. Et laissé place aux artistes.

Cela nous permet d’être dans un petit espace rempli d’intention d’une personne (artiste). Ce moment sans miroir, avec juste une personne qui se fait couper les cheveux, l’intention des artistes et moi devient unique et beaucoup plus intime.

Pour rester dans le thème de votre salon, avant de passer à vos activités plus artistiques, que représente pour vous le quartier des Marolles à Bruxelles, et pourquoi avoir choisi la rue des Tanneurs pour votre salon?

Le quartier des Marolles est selon moi le cœur de Bruxelles.

Je n’ai pas choisi d’être dans la rue des Tanneurs. Avant d’être en Suisse j’étais à la recherche d’un petit espace. Et quelque temps plus tard des amis achètent cette petite maison. Un jour, par curiosité, j’ai été le visiter. et là, le coup de foudre!

J’ai beaucoup réfléchi car je ne voulais pas spécialement faire tout ça. Mais cette rencontre avec cet espace a tout changé et les rencontres que je fais aujourd’hui sont magnifiques.

Vous lancez SCALP le 18 septembre à LaVallée. Parlez-nous un peu de cette publication. C’est un prolongement entre vos activités et le public, non?

OUI!

La publication SCALP s’inscrit dans une prolongation écrite et visuel du lieu. Elle présente une nouvelle approche : ici, les personnes et les cheveux quittent l’Espace pour s’unir sur papier, guidés par une recherche artistique. SCALP est aussi une façon de marquer la relation entre l’Espace MOSS et les personnes / l’Espace MOSS et les artistes, et d’offrir une rencontre lisible.

Créer un event pour la sortie de SCALP en présentant des artistes et en invitant les personnes est aussi une manière de favoriser la rencontre.

Ce numéro 1, qui n’aura pour seul thème que le cheveu, sera élaboré en étroite collaboration avec LPDLS  et 2 photographes, Emilie Gomez et Elie Carp  qui mettront en image ce projet.

Ce mois de septembre, vous lancez également votre nouvelle programmation. Vous présentez I’m a Ghost Now, de Lény Bernay. C’est un solo show. En quoi consistera son intervention?

I’M A GHOST NOW interroge ce qui est communément désigné comme LIVE ; Performance, Musique, Streaming, Organisme, Langue… Première. Ce premier solo-show de Lény Bernay sera aussi le premier solo-live de plusieurs de ses amis. Amitié, Désirs, Improvisation habitent les expériences plastiques et la musique technologique que Lény développe à travers des projets tels que Jardin, Our Fortress ou Sex Body Ache. Si la puissance de la Transe, l’innommable jouissance des corps ou la fulgurance du Mouvement sont des choses qui s’expérimentent et se distordent dans les souvenirs de nos cellules, nous ne pouvons que constater la volonté humaine de capter, de transcoder, de sauvegarder chaque particule relative au vivant et ce par toutes les technologies de rétentions possibles. Le LIVE est alors conditionné par l’enregistrement technologique, la mémoire biologique des usagers, de leurs smartphones, le live-streaming de l’Espace MOSS, les flux d’images des réseaux sociaux, les flux lumineux des fibres du réseau ; le monde des fantômes.

Lény Bernay cherche à incarner, à incorporer, les piliers d’une Ghost-Self-Defense, d’une résistance LIVE, invoquant quelques keywords magiques et fondamentaux pour envisager décemment la VIE.

Comment envisagez-vous votre rôle de curateur? Est-ce une activité qui vous inspire dans vos propres créations?

humm… Je ne sais pas…  Je pense rester coiffeur mais, vous l’avez peut-être remarqué, je suis en mouvement et prêt au changement.

Je note également que vous proposez la retranscription d’une semaine d’interventions de Lény Bernay sous forme de K7. Vous savez que les magnétoscopes ne sont désormais plus fabriqués en Europe… Alors, est-ce une nostalgie d’un passé visuel révolu, ou la croyance en l’émergence d’une culture K7, comparable à la folie vinyls?

Beaucoup d’artistes sortent encore de la musique sur cassette, en édition limitée. Face à la musique numérique, plus dématérialisée que jamais avec l’essor des services de musique à la demande, ces groupes vendent un objet, bien sûr. Ils vendent aussi un son caractéristique, analogique, plus chaud, comme pour le vinyl. Ici, les consommateurs ne poursuivent pas la haute fidélité de ce dernier, mais il reste la nostalgie et surtout la possibilité de l’écouter en déplacement avec un Walkman.

On termine sur une note d’ouverture, de pensée à la suite en deux questions : quel serait l’artiste que vous rêveriez d’exposer à l’Espace Moss, et quels sont vos projets pour les mois à venir?

Là tout de suite ça me ferait plaisir de collaborer avec des enfants. De partager mon expérience avec les enfants et créer un espace où les enfants et les adultes qui vivent dans la même communauté pourront partager une expérience unique et créative. Je pense beaucoup à ça.

Je continue bien sûr le projet SCALP;  je souhaite pour le prochain collaborer avec des écrivains afin d’apprendre aux gens à écrire et proposer des histoires en relation directe avec le cheveu qui est le point central de tout mes projets.

Et je continue bien sur les expos avec Tatiana Defraine, Ruiz Stephinson, et bien d’autres…

espacemoss.com

Propos recueillis par Charles Shinaski

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