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Le Sonneur • Vidéo FromParis

Art - 15 septembre 2015

Bells Art

Le Sonneur force, avec délicatesse, le pas de votre porte et vous invite à connaître vos voisins.
Il tire la sonnette d’alarme de l’individualisme et casse le mur de la solitude.
Comme autant de mots d’humour et d’amour, elles créent un sas, une interrogation entre la sphère publique et anonyme de l’intime.
Est-ce Batman qui passait l’aspirateur le dimanche à 7 heure du matin ? Mon amour habite-t-il dans mon immeuble ? Suis-je l’étranger de mon voisin ? Et si…

Pourriez-vous nous parler de vous ?

Je suis Le Sonneur et je suis peut-être à votre porte en ce moment.

Comment êtes-vous arrivé au street art ?

Architecte, j’ai expérimenté des univers créatifs variés, de l’architecture au design en passant par la peinture et la création digitale. C’est mon envie de toucher encore plus directement les gens qui m’a amené à me tourner vers le street art, de sortir du cadre, de m’adresser à eux là où ils ne s’y attendent pas, de les surprendre dans leur rue ou en bas de chez eux.

Vous êtes donc architecte, quel est le lien entre vos interventions dans l’espace public et l’architecture ?

J’interviens dans la rue et plus précisément sur les pas-de-porte, sur les seuils. C’est ma particularité. C’est ce lieu symbolique, cette interface entre le dedans et le dehors, entre le public et le privé qui m’intéresse. En y intervenant, je touche à votre intimité, je m’y invite. Avec mes sonnettes, je viens hacker votre immeuble, je le modifie de manière symbolique, poétique et fragile. En collant des sonnettes sur un bâtiment, je lui attribue d’autres habitants. Je raconte son histoire inconnue ou rêvée.

Quel est le parallèle entre le rouge récurrent des sonnettes et la barrière avec l’espace privé/intime ?

Le rouge ne symbolise ni la limite ni l’interdiction. Il transforme l’objet banal en alerte. La sonnette rouge nous invite à réfléchir à ce qu’il se passe de l’autre côté de la porte, à ces inconnus que l’on croisent sans voir, à ceux que l’on cherche ou que l’on espère.

Est-il juste de faire un lien entre votre travail et un message engagé contre la solitude et l’individualisme ?

Avec mon travail, j’aime faire sourire, surprendre et émouvoir. Au-delà de l’émotion, j’invite aussi à réfléchir sur la solitude des uns et l’individualisme des autres, sur la place de chacun dans la ville, à notre condition solitaire et hyperconnectée, étrangère à ceux que l’on croise.

Comment choisissez-vous les noms inscrits sur les sonnettes ? Est-ce de circonstance avec l’endroit ?

Oui parfois le nom d’une sonnette est de circonstance. Il révèle l’histoire souterraine du lieu ou fait un clin d’oeil à l’endroit, comme cette sonnette « Mickey » collée au-dessus d’un trou de souris. Mais il n’est pas question de n’intervenir que dans les ruelles les plus charmantes et sur les portes les plus remarquables. J’aime faire naître la poésie et surprendre dans des endroits sans qualités, dans le trivial et le banal. « Ma chérie » aura aussi bien pu trouver sa place entre une supérette et un pressing qu’entre deux façades d’immeubles délabrés.

Quel message souhaitez-vous véhiculer par les noms inscrits sur les sonnettes ?

Les noms, qu’il s’agisse de « Mon amour », « Le prince charmant », « My love » ou de héros de la pop culture comme « Superman » ou « Hannibal Lecter » sont autant de manières poétiques et amoureuses, décalés ou ironiques de faire réfléchir à la place de l’individu dans la ville. « Ma chérie » ou « Une jolie inconnue » habitent peut-être dans mon immeuble. Mon voisin du dessus est peut-être un héros. Ces sonnettes jettent le trouble sur les relations et les a priori. Elles proposent une autre lecture de la ville, elles y créent des lieux fictifs ou rêvés, elles donnent une place aux inconnus, aux disparus, à ceux que l’on attend ou que l’on cherche encore.

N’intervenez-vous que par le biais de sonnettes ?

Je colle des sonnettes et aussi parfois des boîtes aux lettres aux noms d’inconnus avec la série “Mailboxes”. Depuis quelques semaines, je dépose aussi sur les pas des portes des déclarations d’amour anonymes, des « Love Letters » fragiles et éphémères. Et je prépare des nouvelles interventions pour les prochaines semaines. Oui, je n’interviens que sur les seuils et les pas-de-porte. Mais j’y interviens de plusieurs façons.

Vous exposez également votre travail, comment déplacez-vous vos interventions en galerie ?

En galerie, j’expose des avatars de mes interventions. En ce moment, je travaille une série de photographies à l’échelle 1 de certains endroits où je suis intervenu. Sur ces fragments de ville en photo, je viens fixer une sonnette bien réelle ou une lettre d’amour qui semble s’envoler.

Savez-vous ce que deviennent les sonnettes ?

Elles sont souvent arrachées ou détruites. Elles ne restent parfois que quelques heures en place, détruites sans raison par un passant surpris ou enlevées par un habitant ou gardien d’immeuble consciencieux. Intervenir sur le pas de votre porte, c’est toucher à votre intimité. Ce sont des interventions fragiles mais intrusives, douces et perturbantes. C’est surement pour cette raison aussi qu’elles sont vite détruites.

Avez-vous déjà eu des réactions/des messages de personnes habitant des entrées d’immeubles “hackés” ?

Oui, un “merci” ou un petit mot par email ou sur Facebook ou Instagram qui m’émeut à chaque fois. Et souvent aussi, je reçois un petit mot de regret après la disparition de la sonnette…

Avez-vous l’intention de faire voyager vos interventions ? À Bruxelles par exemple ?

Avant Paris, j’ai commencé ce projet à Washington, à Las Vegas, à Los Angeles puis au Mexique, en Baja California. Bruxelles est une ville que j’aime beaucoup, pour sa culture artistique et créative. Bientôt…

lesonneur.fr


Propos recueillis par CocoVonGollum

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