Olivier Pescheux

Mode - 13 octobre 2015

Au parfum

Olivier Pescheux est parfumeur, il est le nez derrière le parfum Montblanc : Legend.
Après avoir intégré Givaudan en 1998, il devient, en 2010, lauréat du Prix International du Parfum. Créateur olfactif, il donne forme aux fragrances et crée des parfums comme une partition de musique. L’air du temps n’a pas d’emprise, il est mystérieux comme une émotion, comme un récit à caractère merveilleux et authentique.

Qui êtes-vous, quel est votre parcours ?

Après l’ISIPCA où j’ai suivi une formation de parfumeur, j’ai eu la chance de partir en Asie et de travailler à Bangkok pour une société grassoise. A mon retour, j’ai successivement travaillé chez Annick Goutal, Kao Corporation avant de rejoindre Givaudan en 1998 en parfumerie fine.

Sait-on très tôt que l’on est un “nez” ?

On ne naît pas « nez » mais on le devient. Ce n’est pas un don. On choisit ce métier car, d’une manière ou d’une autre, les odeurs sont importantes. Il faut travailler ses gammes, apprendre à reconnaître les matières premières, à les assembler etc… Un long apprentissage est nécessaire avant d’arriver à réaliser au plus proche les formes olfactives que l’on a imaginées. Le nez sert à évaluer le travail réalisé mais il n’est pas le moteur : c’est l’imagination qui est essentielle.

Être un nez, est-ce, d’une certaine façon, une capacité à faire passer les odeurs du champ de l’inconscient au champ du conscient ?

En toute modestie ! Arriver à susciter une surprise olfactive, c’est déjà beaucoup. Permettre à quelqu’un de se faire remarquer, à sentir bon, à être un peu plus que soi-même…

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?

Créer le plus souvent possible des odeurs, des parfums que personne avant soi n’a encore réalisés. Le plaisir d’assembler des matières, de jouer avec les odeurs…

Quelles est votre odeur préférée ?

L’odeur du pain chaud.

Comment est votre quotidien ? Comment vit-on, chaque jour, avec un super nez ?

Encore une fois, mon « nez » n’est pas plus fin que la moyenne. Il est peut-être plus entraîné. On débute en général la journée en sentant le matin les « touches » trempées la veille pour évaluer les « fonds » des parfums. On note le résultat afin de corriger la prochaine formule pour accentuer ou modérer telle ou telle facette.

Que devinez-vous des gens à leurs odeurs, leur choix de parfum ?

Cela permet de se faire une idée du style, des goûts, de l’intérêt plus ou moins fort pour les parfums. On perce un peu la personnalité des gens mais sans entrer dans trop de détails.

Vos influences sont-elles olfactives ?

Pour certaines mais pas seulement. La musique, le cinéma, la peinture peuvent être des sources d’inspiration.

Associez-vous des couleurs, des goûts ou toute autre chose aux odeurs ?

Chaque matière première a sa couleur : le jasmin est blanc, le patchouli marron etc … la couleur de la matière brute influence la couleur « olfactive ».

Les parfums, les odeurs évoluent-ils au cours d’une journée ?

Notre perception des odeurs change en fonction de l’heure, de notre humeur et surtout de ce que l’on vient de sentir avant, de l’humidité ambiante etc … beaucoup de facteurs influent sur notre perception. C’est d’ailleurs plutôt cette dernière qui change alors que le parfum reste le même.

Associez-vous les odeurs pour en faire des parfums à l’aide de souvenirs ?

Je ne fonctionne pas trop de cette manière mais je peux penser que c’est le cas pour certains parfumeurs.

Y a-t-il une odeur d’enfance qui vous submerge, une effluve de madeleine ?

L’odeur du gazon coupé !

Qu’est ce que l’on ne peut pas mettre en bouteille (de parfum) ?

L’âme !

montblanc.com

MontBlanc, mécène d’art, est associé à l’Accessible Art Fair dans le cadre du Montblanc Likes Art Award.

accessibleartfair.com/brussels

Propos recueillis par CocoVonGollum

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