Le Creative Sweatshop

Design - 2 décembre 2015

Agence tous talents

Le Creative Sweatshop est une agence parisienne, ou peut-être un laboratoire, issue de la rencontre de Mathieu Missiaen et Julien Morin autour du médium papier. Ces deux caïds de la direction artistique cassent tous les codes pour les reconstruire. À cheval entre l’Art, le design, la mode et l’architecture, ils sont aujourd’hui capables de mener un projet de A à Z.
Le Creative Sweatshop est un modèle hybride, nourri de leur curiosité insatiable, explorant tous les champs de la création, tout en privilégiant leur travail personnel. En découlent une fraîcheur et une richesse ancrées dans une contemporanéité titillant le futur. Interview avec Mathieu Missiaen.

Comment décririez-vous le Creative Sweatshop ?

Le creative sweatshop est né de ma rencontre avec Julien. On a monté cette agence il y a presque 6 ans. À la base c’est une rencontre autour d’un médium qui est le papier.
Lui avait une bonne technicité dans le travail du papier : il avait une démarche dans la fabrication de support de com en papier et moi je venais plus du volume et du graphisme. Du coup, on s’est réunis un été, on a fait des projets perso. qui ont bien pris et on a été repéré par le magazine Wad qui nous a hébergés et mis sur notre première campagne. De là est né l’envie de créer une boîte. Les premières années on a fait principalement du set design et découvert l’univers de la mode et de la photo.
Comme on avait une identité forte en terme de set design, tout ça s’est ensuite transformé en création design au fur et à mesure. Les gens nous approchaient pour faire de la photo alors qu’on ne faisait pas de prise de vue à l’époque. On a donc commencé à choisir nos photographes pour faire nos campagnes, nos séries mode etc… Par la suite, on a un peu renversé la crêpe et on s’est mis à la photo, mais ça ne respectait pas la vraie chaîne de fabrication de l’image. Habituellement, un DA contacte un photographe qui va contacter son équipe…
Ensuite, toute la technicité qu’on avait en traitant des fichiers, en faisant de la 3D, déplier la 3D, la passer sur des plotters de découpe… toute cette technicité-là on l’a déplacée vers d’autres matériaux. Partir de logiciels et le rendre dans la vie réelle.
Ça nous a permis de commencer à travailler le béton, le plastique, le bois, le métal et en fait on a toujours eu une approche de la matière. Un DA vend principalement de la matière. Lorsque l’on vend un projet à quelqu’un, on parle pratiquement toujours de matériaux.
On est des techniciens à cheval sur la mode, l’art, la com !

Et l’équipe, de qui se compose-t-elle ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?

J’ai rencontré Julien en revenant du Canada, de Toronto : j’étais parti 4 ans là-bas.
On a bloqué l’un sur l’autre.
Stéphane, originaire de Marseille, qui faisait ses études en Belgique, nous a rejoints il y a 4 ans.
Tiffany nous a rejoints il y a 2 ans, ainsi que Ronan qui nous a rejoints il y a quelques mois et Kevin, tout fraîchement,  il y a 1 mois.
Pour les postes c’est toujours un peu compliqué parce que comme on est une petite agence, on est tous un peu couteau Suisse.
D’autant que depuis 1 an, on a une sorte de deuxième activité parallèle qui est née : on fait de la prod d’objets pour les autres sans nécessairement en maîtriser la DA. Ce n’est pas forcément quelque chose que l’on avait envie de faire au début mais on a vu que c’était intéressant : ça nous permettait de créer un outil de production, en parallèle de tous nos projets créa, pour gagner de l’argent et en plus c’était un savoir-faire que Julien a beaucoup développé pendant des années : travailler un réseau de fournisseur, trouver les meilleurs dans tous les domaines… On s’est fait un super-bon réseau là-dedans. Du coup, il y a 2 ans, on a commencé à travailler pour Nike dans cet objectif-là, c’est-à-dire refaire toutes leurs boutiques régulièrement. En gros, Nike sort une collab tous les mois et à chaque nouvelle collab ils nous demandent de renouveler tout le mobiler. Hermès c’est pareil, sauf qu’ils nous ont demandé de faire la DA. Mais ça reste de la prod puisque l’on doit faire toutes les vitrines Françaises.
Voilà, donc du coup, au niveau des postes on fait un peu de tout, tout le temps.
On se fait parfois dépasser par les événements, donc on est tous très très flexibles !

Peut-on dire, d’une certaine façon, que votre travail est un point de jonction entre l’art contemporain et une communication plus alternative ?

Oui on s’est un peu positionné comme ça à l’origine, même si, au début, on ne savait pas trop comment se positionner. Encore une fois, c’est la rencontre fortuite avec Julien qui a fait que l’on a commencé à travailler.
Le point de jonction est évident mais je pense que, maintenant, tout le monde fait ça. L’art contemporain se mélange avec la communication partout sur Internet, les artistes contemporains font de la com selon moi. En tout cas les gros artistes sont des super-vendeurs de concepts ou de design.
On se veut une sorte de vecteur entre ces deux mondes-là. Les deux nous intéressent en fait. La com nous plaît autant que l’Art donc on n’y voit plus de grosses différences. En tout cas, pas de manière aussi radicale qu’il y a 30 ans.
Donc oui, on peut le dire, complètement !

Y a-t-il, chez vous, une sorte de fascination pour les nouvelles technologies ?

Oui complètement !
On a toujours vécu les nouvelles technologies comme des outils et jamais trop comme des finalités.
Par exemple, on a une imprimante 3D mais elle nous sert plus à avoir des bases d’objets qui vont nous permettre de faire autre chose. Même si, pour Hermès par exemple, il y a une saison, on leur a vendu une impression 3D brute, sans peinture sans traitement derrière, mais ça faisait partie du concept !
Oui on est fasciné par ça !
D’où l’intervention de Kevin, ingénieur en aéronautique, qui a rejoint notre équipe parce que justement on a de plus en plus de demandes sur ce genre de projet et qu’on avait besoin de quelqu’un dans la team qui soit sensible à ça et qui puisse nous donner des impulsions de faisabilité. Quand tu as un mec qui réfléchit avec cette mécanique-là, toi, ça te permet d’avoir une liberté de création.

De quelles manières interviennent-elles dans la production ?

Depuis le début, même si on a toujours une finalité physique on utilise toujours des logiciels.
Essentiellement la 3D.
Le papier, au début c’était purement ça : faire des volumes, réussir à les mettre à plat en cheatant des logiciels et les faire ingérer à des machines. Mais la finalité est d’utiliser les nouvelles technologies comme un outil, un fusain ou un appareil photo.

Qu’est-ce qui vous démarque face à une agence de communication ou un studio plus « traditionnel » ? Les différences sont-elles au niveau de l’approche, de la relation avec le client, du service ?

Pas mal de trucs.
Déjà, le fait d’avoir scindé la boîte en deux nous permet de pouvoir répondre à un brief en DA et de l’amener jusqu’au bout en production. Que ce soit en interne ou en faisant appel à des prestataires.
On va le faire encore plus parce qu’on est en train de prendre des locaux de 600m² à Montreuil pour avoir un vrai parc machine qui nous permettra de devenir notre propre prestataire. On gère ça comme un produit de A à Z.
Une des autres différences est que l’on privilégie le travail personnel et on continue à produire beaucoup, sans rester dans le tout com ou le tout pub mais accepter aussi des projets d’expo ou des choses comme ça.
Bien que l’on ne soit pas les seuls à faire ça !

Quelles sont vos influences ?

C’est compliqué, je ne sais pas. On se nourrit de tout et de rien.
Je ne sais pas répondre à cette question.
On a tous des milliards d’influences.

Quelle est la place de la culture DIY dans votre travail voire même dans votre vie en général ?

Déjà Julien et moi on a toujours été bricolo, on a vrai rapport à la matière.
Même quand c’est de la technologie, on est sensible à l’aspect technologique.
La culture DIY est permanente, ce n’est que ça ! Jusque dans le fonctionnement de la société, on veut être capable de tout faire.
Ce n’est que la débrouille.

Quel est votre mouvement d’art préféré, celui dont vous vous sentez le plus proche ?

C’est celui d’en ce moment, qui n’a plus de nom !
Mais je pense qu’il n’y a plus de mouvements artistiques aujourd’hui.
Je ne me sens pas compris dans un mouvement, on est dans ce mouvement un peu web où la consommation d’image se fait en 15 secondes, ce qui te plaît change du jour au lendemain…
Du coup c’est le mouvement d’art de 2015 : l’enfer.

Collaborez-vous avec des personnes extérieures ? De quelle façon ?

Oui on aime beaucoup le faire et on l’a toujours fait !
Notamment avec Adulte Adulte. Je pense que c’est les personnes avec qui on collabore le plus depuis 1 an.
Ça s’est fait sur un partage de DA : on a fait toute la com de l’album de Brodinski. On a essayé de retranscrire l’univers de son album en 18 images : on était partis sur une sorte de fête fantasmagorique et c’est une DA que l’on a partagée avec Adulte Adulte.
On a collaboré avec pas mal des gens différents depuis des années .
On aime ça en fait, on n’est pas du tout cloîtré, on aime s’enrichir des autres, on aime quand il y a des gens qui ramènent leurs idées. C’est hyper important de s’entourer de gens assez différents.
Bref on adore ça et de plein de manières différentes.

Quels sont vos projets à venir ?

Deux trois gros projets en DA pour Nike, des édito pour des magazines, une campagne pour un site de vente de luxe en Allemagne, plus plein de projets parallèles…

lecreative.paris


Propos recueillis par Laurent Salles
Texte CocoVonGollum

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