Dominique Bordes

Book - 15 mars 2016

À l’œuvre, on connaît l’artisan

Si cette maxime fontainienne revêt un sens quelconque en l’exception d’un discours anthropomorphique aux relents anthropocentrés et à l’aisée probité, c’est pour désigner l’œuvre de celui dont on sait qu’il a fait.
Si l’œuvre de Dominique Bordes n’est pas res publica, il est à l’image de sa production : sobre mais précis, prototypique et au rebours. Il pense et crée l’objet livre, celui dont on sait qu’il restera sérié dans le linéaire qui lui autorisera de briller. Œuvres inédites et pièces maîtresses d’une littérature incisive, le Monsieur derrière l’autre Monsieur (Toussaint Louverture) raconte, en quelques mots, ce qui fait qu’on fait.

Vous vous retrouvez sur une autre planète, et les types qui la colonisent vous demandent ce qu’est votre métier. Vous leur dites quoi ? 

Je reprendrais les mots que j’ai entendus dans la bouche d’un type très imbu de sa personne et très saoul il y a des années, alors que je me demandais comment réussir à changer, à évoluer vers autre chose qu’un petit gars en colère : « Je suis un artiste sans œuvre d’art. »

Comment on en vient à être éditeur de livres ?

Pour ma part, j’ai décidé quand j’ai découvert par hypothético déduction (j’essaie, je n’y arrive pas, j’en déduis que je ne sais pas) que je ne savais rien faire d’autre, pas jongler, pas écrire, pas peindre, pas dessiner, pas chanter, pas sculpter, par faire du land art, pas enseigner, pas compter, pas bricoler, pas parler correctement, pas réparer des mobylettes, pas souder… bref, mais que par contre, je savais quelque chose à propos des bouquins, quelque chose qui n’a rien à voir avec leurs contenus, quelque chose de difficile à définir, plus ou moins lié aux nombreux pouvoirs qu’ont les livres sur nous.

Ça fait quoi, de voir un livre pensé, réfléchi, imaginé, designé, sortir de presse ?  

Personnellement, quand il s’agit des miens, ça me stresse, ça me rend triste, je suis en colère, car je sais que si j’y regarde de trop près (souvent, même pas besoin), je vais être déçu par mon propre travail, par le fait que je n’ai pas été à un moment ou un autre ou à plusieurs moments, à la hauteur du texte qu’on m’a confié.

Pourquoi cette référence historique, Toussaint Louverture, dans le nom de Monsieur Toussaint Louverture ?

Très malhonnêtement, je voulais un blaze qui claque et pour le coup, je pense que c’est pas mal.

Un auteur que vous rêvez de rencontrer ?

Frederick Exley.

Et dans l’absolu, mort ou vivant, un auteur fantasmé, le plus grand, le plus éditable ?

Comme beaucoup, je dois beaucoup à Stephen King.

Que peut-on dire aux jeunes ou moins jeunes qui ne voient pas pourquoi ils liraient, bon dieu, au milieu de toutes ces images ?

Malheureusement, je ne suis pas un assez bon libraire pour savoir ça.

Qui sont les gens qui vous entourent dans cette aventure ?

Des bénévoles très gentils, des freelances très efficaces, quelques amis, quelques conseillers.

Quels sont vos projets ?

Faire en sorte que tout ceci reste en vie le plus longtemps possible.

Dominique Bordes, s’il n’avait pas été éditeur ; qu’y aurait-il d’inscrit sur sa carte de visite ?

S’il n’avait pas été éditeur, il y a peu de chance que, vu comme c’était parti, il ait eu une carte de visite.

monsieurtoussaintlouverture.net

 

Propos recueillis par Charles Shinaski

Share on FacebookTweet about this on TwitterEmail to someonePrint this page

Articles reliés